<?xml version='1.0' encoding='UTF-8'?><?xml-stylesheet href="http://www.blogger.com/styles/atom.css" type="text/css"?><feed xmlns='http://www.w3.org/2005/Atom' xmlns:openSearch='http://a9.com/-/spec/opensearchrss/1.0/' xmlns:georss='http://www.georss.org/georss' xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'><id>tag:blogger.com,1999:blog-5752254582634115856</id><updated>2011-07-30T18:29:59.648+02:00</updated><category term='Chroniques ulmiennes'/><category term='Vie et fantaisies de Thomas Lermand'/><category term='http://www.blogger.com/img/blank.gif'/><category term='Rumeurs d&apos;outre-monde'/><category term='Critiques'/><category term='Fictions autonomes'/><title type='text'>L'âme échancrée  :::  La mèche encrée</title><subtitle type='html'>Dévouée à l'aurore et à l'appel des flots, portée par les rouleaux de la brise marine, debout, je levai l'encre et larguai les âmes-art...</subtitle><link rel='http://schemas.google.com/g/2005#feed' type='application/atom+xml' href='http://lineyl.blogspot.com/feeds/posts/default'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5752254582634115856/posts/default?max-results=100'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lineyl.blogspot.com/'/><link rel='hub' href='http://pubsubhubbub.appspot.com/'/><author><name>Lineyl</name><uri>http://www.blogger.com/profile/08702051490416808257</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='24' height='32' src='http://4.bp.blogspot.com/_bRhjJ6DG46M/SYtsm_bPGFI/AAAAAAAADPQ/wnVyeVb8bPY/S220/DSCF5997.JPG'/></author><generator version='7.00' uri='http://www.blogger.com'>Blogger</generator><openSearch:totalResults>21</openSearch:totalResults><openSearch:startIndex>1</openSearch:startIndex><openSearch:itemsPerPage>100</openSearch:itemsPerPage><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5752254582634115856.post-3479065188133409268</id><published>2011-07-10T19:33:00.004+02:00</published><updated>2011-07-10T19:41:09.691+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Rumeurs d&apos;outre-monde'/><title type='text'>ROM - Delirium tremens (juin 2011)</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify; color: rgb(0, 0, 153);"&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;font-size:100%;" &gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;La Morphée&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;L’écluse aérienne était encombrée ce matin. La masse glougloutante des véhicules s’écoulait lentement depuis l’échangeur routier et cahotait à coups de pétarades puantes et de crissements de freins parmi les tours du centre administratif. À quelques centaines de mètres du sol, un bruit de succion se propageait de capsule en capsule, ronflant et s’apaisant au rythme nauséeux de la circulation. Perché dans une des cabines du métro, je retins un haut-le-cœur. J’avais l’impression d’être digéré par un intestin géant. La tête me tournait. Une suée froide me poissait les paupières, ajoutant à l’irréalité du spectacle, dehors, de la ville moisie de brume et hérissée de gratte-ciels. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;La rame 26B parvint enfin à son terminus. Depuis l’ascenseur bondé, j’avisai les hauteurs de la Clinique. Immaculé, le bâtiment possédait plusieurs baies vitrées qui le trouaient de part en part et laissaient entrevoir, en coupe, de longs couloirs donnant sur des salles vides. Je pénétrai dans le hall. Tout était silencieux. La femme, à l’accueil, m’adressa un sourire éteint, mais j’eus l’impression qu’elle s’adressait à quelqu’un d’autre. Je me retournai vivement et ne vis, dans l’ombre molletonnée du salon, que le grand miroir et mon visage tiré de fatigue. Je me trouvai l’air étrange. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;Je gravis les trois étages qui me séparaient de mon bureau et, saisissant ma blouse d’une main, m’habillai prestement en commençant ma tournée d’inspection. Sept heures sonnèrent au gong électrique de la Tour Chine, à plusieurs kilomètres de là. Je croisai un collègue et le saluai. J’entrai dans le premier dortoir des Rêveurs. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;– Bonjour, docteur Armenthe.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;Valérie avait un sourire d’une blancheur incroyable. J’esquissai en retour un pitoyable rictus, résultat de nuits d’insomnie ravageuses. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Trois mois&lt;/span&gt;... Trois mois qu’éreinté, je me traînais d’un bout à l’autre de ma vie, basculant dans une douce hébétude. Il était temps que le sommeil cesse de me fuir.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;– Bonjour, Valérie. Quelque chose de nouveau, cette nuit ? &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;– Comme d’habitude, la livraison de l’aube... Ils sont là-bas. Ça fait trois, ce matin.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;Je la remerciai d’un signe de tête, pris les maigres dossiers qu’elle me tendait et me dirigeai vers les lits indiqués. Le long bruissement des respirations était presque imperceptible. Autour de moi, des centaines d’individus reposaient, blafards et rigides, suspendus on ne savait trop comment sur le fil ténu de la vie. Je m’arrêtai devant les nouveaux venus – une femme et deux hommes. La femme était encore belle, malgré les rides qui lui couraient au coin des paupières. Je passai un doigt sur sa joue fanée. Les hommes paraissaient d’une grande banalité. Tous trois, cloîtrés dans une palpable immobilité, étaient sensiblement absents. Ils offraient le spectacle d’une mort qui trichait et à laquelle je n’étais toujours pas habitué. Hors de ces enveloppes corporelles désormais inutiles, ils devaient jouir de visions incroyables et arpenter les limbes d’un monde époustouflant, sans commune mesure avec mon univers désinfecté. Me penchant davantage vers la femme, je perçus des relents d’alcool et de luxe. Les traces d’une nuit de débauche sensorielle marquaient nettement son corps : pupilles rétrécies et assombries, comme mortes, veines saillantes d’une riche couleur rose au creux du coude. Et toujours cette étrange désincarnation par laquelle l’esprit semblait avoir définitivement quitté la chair. Soudain, comme cela arrive parfois, les trois Rêveurs exhalèrent un souffle lourd où s’épanouit le parfum entêtant de la Morphée. Je fus pris d’un douloureux vertige et dut me retenir aux montants du lit pour ne pas m’affaisser sur la patiente. Je tentai de maîtriser une angoisse familière où la fascination se mêlait à la répugnance. Me revenaient à l’esprit, assourdis, les propos du Mentor lorsque j’étais encore novice à l’École : &lt;span style="font-style: italic;"&gt;« La Morphée est bien plus qu’une drogue : c’est la porte ouverte sur le monde de l’esprit et du désir. Vous serez médecins, et pourtant vous serez tentés. Vous désirerez ces espaces inconnus où les émotions, les sensations, la vie même, sont démultipliées. Il y a quelque chose de divin dans l’extase que vous procure la Morphée. Mais ne vous y risquez pas, ou cette extase sera votre éternelle prison. Allez voir les Rêveurs, les grands comateux de la Clinique. Ceux-là sont perdus à tout jamais. » Perdus.&lt;/span&gt; Face à l’ordonnancement parfait de mon quotidien naissait quelquefois en moi le désir d’une perte irrémédiable.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;Les dossiers ne m’apprirent pas grand-chose sur les trois patients. Riches comme les autres, évidemment, pour avoir pu se payer une quantité de Morphée susceptible de provoquer une overdose. 45 ans pour la femme, 50 et 56 pour les deux hommes. Admis à la Clinique vers quatre heures du matin. Inévitablement, c’était à cette heure-là que les jeux dangereux des nuits friquées accouchaient de leurs fruits pourris. Chaque aurore apportait son lot de comateux, délivrés par hélico dans de longs brancards blancs que l’on rangeait méticuleusement les uns à côté des autres. Ils étaient de plus en plus nombreux – les médias parlaient déjà d’épidémie. Aucun Rêveur ne quittait jamais la Clinique.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;Abandonnant ma ronde, je me rendis au quinzième où l’on m’avait bipé pour un patient difficile. L’ascenseur faisait des siennes, j’empruntai la cage d’escalier et grimpai, suspendu au-dessus du vide grisâtre de la cité. La pollution moutonnait en noirs crachats et ne laissait filtrer du soleil que de minces rayons fadasses. Je fermai les yeux, imaginant la lumière chaude et pleine, la lumière vive de mes années d’enfance à la Périphérie. Je sentais l’ocre brûlant coulant sur ma peau, enivrant. Mon cœur se mit à faire des bonds précipités dans ma poitrine comme pour se jeter dans les profondeurs du ciel qui s’ouvrait sous moi. Reprenant mes esprits, je pris conscience du poids glacial qui pesait sur mon torse et expirai maladroitement, presqu’affolé. Ces apnées incontrôlées se faisaient de plus en plus fréquentes. Chacune d’elles m’offrait un moment d’évasion intense, au bord de la rupture. Mais j’étais conscient des risques et, plus encore, des rumeurs qui commençaient à circuler parmi le personnel de la Clinique. Hier encore, je m’étais effondré dans mon bureau, sans souffle ; je n’avais dû la vie qu’à l’intervention de ma secrétaire. Étrangement, je ne m’inquiétais pas outre mesure. Je décidai toutefois de consulter. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;Poussant la porte à double battant du service des urgences, j’entrai dans un monde tout différent. Ici, la Morphée n’avait pas complètement vaincu et s’agitait encore pour ravir définitivement l’esprit qui lui résistait. L’odeur me prit à la gorge, saturée de relents âcres de sueur et d’urine. Les râles et les hurlements fusaient dans le couloir principal plongé dans l’ombre pour réduire les troubles liés au sevrage – les Morphéeux étaient très sensibles à la lumière. Le docteur Borel m’attendait. Sur le lit, un certain M. Choss se tordait de rage, roulant des yeux, le menton noyé de bave et le visage agité de tics. Son vêtement déchiré laissait voir une peau crayeuse tachée de brun comme un fruit blet, exhalant des remugles de pourriture. Sur le crâne, déjà, saillaient des veines violettes qui ondulaient comme des serpents furieux. La crise était grave. Un regard de Borel confirma mes craintes.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;– &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Delirium tremens&lt;/span&gt;, niveau 5, souffla-t-il, aidant les deux infirmières à maîtriser le patient. Une rechute... il est là depuis une semaine. Je voulais votre... votre avis.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;Son visage rubicond se tordait sous l’effort.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;– Quelle dose pour une crise si violente ? La dernière fois...&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;La dernière fois&lt;/span&gt;. La dernière fois, c’était Lincia, la femme du Préposé aux Transports – autant dire un cas délicat. J’avais assisté le responsable du service tout au long du sevrage. Lincia avait d’abord présenté de nombreux signes de rémission, s’adaptant relativement bien à la privation graduée de drogue. Bien sûr, il restait dans ses yeux quelque chose d’indéfiniment absent et ses capacités intellectuelles avaient été gravement atteintes. Mais nous avions l’espoir de ramener cette fille de vingt ans du côté des vivants, de l’arracher au purgatoire éternel de Morphée. Un soir, Lincia avait fait une rechute. Son cœur, malmené par des semaines de sevrage, s’était tout à coup emballé. J’avais vu de mes propres yeux son corps encore souple, malgré les ravages de la drogue, se briser comme une brindille sous l’effet des convulsions. C’était horrible. Une révulsion de la chair, une lente agonie qui la laissait tremblante de souffrance, fiévreuse et défigurée. Consultés dans l’urgence, les médecins du service avaient préconisé l’injection d’une dose relativement faible de Morphée, afin de ne pas ruiner trois semaines de traitement qui, jusque-là, avaient largement porté leurs fruits. Je m’étais opposé à cette solution, pressentant que dans ce corps tressautant, broyé et déchiré de l’intérieur, quelque chose allait se rompre à tout jamais. Sur ce coup-là, nous ne pouvions vaincre la grande déesse. Je sentais avec une terrible angoisse que nous n’arracherions de ses griffes rien d’autre qu’un pantin de chair déserté. Deux jours plus tard, les convulsions avaient cessé. Lincia, les yeux définitivement blanchis par la douleur, n’avait plus jamais prononcé un mot. Hébétée, absente, idiote même, ce n’était plus qu’un légume qu’on avait rapidement rendu à sa famille. Elle avait grossi la masse des Absents qui, dans notre société de morts-vivants, attestaient du carnage de la Morphée. En ville, chaque fois que je croisais l’un de ces handicapés victimes d’un sevrage raté, je pensais à elle. À tout prendre, autant devenir un Rêveur : ceux-là, au moins, on pouvait croire qu’ils vivaient, ailleurs, une vie effrénée de plaisirs. Mieux valait cela plutôt que de se perdre, à force de souffrances, sur le chemin ramenant du nirvana sensoriel à la réalité. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;Je hochai la tête en direction de Borel : &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;– Non, pas comme la dernière fois. Donnez-lui 10 mg. Ne prenons pas de risque.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;Le lendemain, dans le bureau de mon chef de service, on me servait des remontrances amères nourries de lourds reproches. C’était irréel. Oscillant imperceptiblement dans le fauteuil capitonné, je me sentais planer, irréductiblement en dehors de moi, insensible à l’emportement des autres. On me faisait énergiquement valoir le risque que j’avais pris en prenant seul une telle décision, on brandissait la menace d’une comparution devant le Conseil et d’une radiation définitive de l’Ordre... À côté du gros Dr Gerbeaud, un autre docteur, un certain Allègre, et un autre, un certain... &lt;span style="font-style: italic;"&gt;et un autre... et quelques dizaines d’autres visages, et des bouches sans lèvres et sans gencives, des claquements de dents sans mots, tout silence, le soir qui fond dans la lueur des néons, je veux passer dans la lumière nue... Je&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;– Armenthe, réveillez-vous ! &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;Je sursautai violemment.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;– Votre geste est d’une extrême gravité ! Vous serez sanctionné. Qu’avez-vous à dire pour votre défense ? &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;Je ne répondis pas, cherchant avec peine à comprendre le sens des mots qu’on m’adressait. J’avais la plus grande difficulté à me concentrer.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;– Bon Dieu, Armenthe, songez à ce pauvre M. Choss !&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;Égaré, je songeai à &lt;span style="font-style: italic;"&gt;ce pauvre M. Choss&lt;/span&gt; et ne me rappelai qu’un visage congestionné, traversé de spasmes, un visage de cauchemar qu’une simple injection avait relâché, embelli, illuminé... &lt;span style="font-style: italic;"&gt;comme un retour au réveil après un mauvais rêve... Pourquoi s’acharnent-ils à arracher ces êtres à leur bonheur solaire, pourquoi... les faire tomber, malgré eux, dans notre monde absurde... absurde... &lt;/span&gt;Les hommes qui me parlaient se mirent à dresser leurs mains crochues. Ils les agitaient méchamment vers moi. Leurs voix indistinctes jaillissaient tour à tour de leurs gorges et crissaient contre les palais. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;– Ce n’est pas la première fois que vous vous retrouvez mêlé à de telles complications... Prescrire une dose si forte ! Comment avez-vous pu y songer ?... Souhaitez-vous faire de tous nos Morphéeux des comateux ?!... Vous avez condamné ce pauvre homme ! Nous sommes ici pour soigner ces gens !... En agissant ainsi, vous faites le jeu de la Morphée, vous lui livrez ses victimes...&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Le jeu de la Morphée, le grand jeu existentiel&lt;/span&gt; – mes pensées brûlantes me trouaient les chairs comme des aiguilles chauffées à blanc. Ma chemise collait sur ma peau moite, je lançai mes doigts en l’air pour attirer l’attention et me raclai la gorge, mais &lt;span style="font-style: italic;"&gt;je ne pouvais plus parler&lt;/span&gt;. Un couinement ridicule se faufila entre mes lèvres. Il me semblait, sur ma droite, apercevoir des photographies de famille au bord de mer, la mer &lt;span style="font-style: italic;"&gt;se mouvait réellement&lt;/span&gt; et je pouvais du doigt remuer les minuscules grains de sable sur la plage. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Je... &lt;/span&gt;je tournai à nouveau la tête et je n’étais plus là. Ils n’étaient plus là. Il n’y avait plus de &lt;span style="font-style: italic;"&gt;là&lt;/span&gt;. Mes paupières étaient collées mais je voyais une lueur floue. Je mis ma main droite près du cœur et attendis le prochain battement. J’attendis. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=" font-style: italic;font-family:arial;" &gt;J’attendais.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=" font-style: italic;font-family:arial;" &gt;Les rumeurs du métro parvenaient du fond comme des... éclats... de... voix. Lincia me faisait un signe vague en riant à pleine gorge et m’attirait vers le fond des vagues, les vagues de brume et l’écume brune de la ville. J’agrippai la rambarde avec joie, l’enthousiasme bouillonnait dans mes veines roses, ROSES, j’enjambai le parapet...&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;Une poigne griffue me secoua l’épaule. J’ouvris les yeux avec peine. Devant moi, Borel gesticulait et tentait de me dire quelque chose. J’étais au quinzième, à nouveau. Je ne savais plus comment j’étais venu là. L’alarme se mit à rugir et des brancards passèrent en trombe dans le couloir. Borel s’éloigna à grands pas. Il avait rétréci, il se perdait maintenant dans ses longues chaussures de croque-mort... &lt;span style="font-style: italic;"&gt;les touffes de cheveux s’échappaient de la semelle&lt;/span&gt;... Je me mis à trembler et essuyai d’un revers de main la sueur qui me coulait du front. Je me sentais mal, je voulais me secouer la tête et remettre mes idées en place. Je vérifiai mes poches : mon bipeur et ma convocation devant le Conseil, demain 15 heures. Je ne me souvenais pas. Des visions de corps torturés me sautaient à la gorge. J’entendais les chirurgiens s’affairer tout près. Je ne parvenais pas à sortir de ce &lt;span style="font-style: italic;"&gt;cauchemar – couche Mar-Marie couche-moi, Marie&lt;/span&gt;... une comptine d’enfance me martelait les méninges et piétinait ce qu’il me restait de conscience. Je dévalai les marches quatre à quatre et m’assis sur le palier, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;m’assis seul perdu dans la nappe étincelante du carrelage blanc&lt;/span&gt;. J’essayai de me souvenir de quelque chose de stable, mais le monde se dérobait. Tout fuyait. Je regardai le soleil se coucher à toute vitesse de l’autre côté des baies, poussé au cul par les éperons incandescents de la nuit. Je tremblai de fièvre. Une soif irrésistible me prit. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Il fallait que je me réveille&lt;/span&gt;. Je me mis debout malgré la douleur lancinante qui me tordait les entrailles. Mes bras, agités de spasmes, étaient deux excroissances inutilisables qui pendaient lâchement de chaque côté de mon tronc comme des antennes mortes. Je me dirigeai cahin-caha vers les &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Grands Rêveurs rêveurs d’univers&lt;/span&gt; qui requéraient mon attention, j&lt;span style="font-style: italic;"&gt;e ne sais plus pourquoi, il fallait observer. Observer leur beauté, leur bonh...&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;– Température constante chez les deux hommes. La femme présente quelques signes intéressants.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;Valérie s’éloigne comme une ondée d’automne sur la face riante d’un &lt;span style="font-style: italic;"&gt;soleil rouge, soleil des jeux de l’oie sous les couche Mar-Marie couche-moi, Marie berce-moi... &lt;/span&gt;Je me bouche les oreilles et gémis plaintivement. Les internes me regardent étrangement. Étrangement, ils ont des yeux de chats, fendus comme des lunes. La femme aux joues fanées, devant moi, a des lèvres et des veines roses. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Elle &lt;/span&gt;a des lèvres qui m’appellent. Je me penche un moment, dilué par un nouveau vertige, et je sens, inévitablement, le dernier battement de mon cœur s’étendre dans la durée infinie qui sépare la fin du rêve du réveil. Les choses autour de moi s’effacent comme des traînées de songe sur le fond clair d’une aurore, la ville entière tournoie et &lt;span style="font-style: italic;"&gt;moi je voudrais – me réveiller ! &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=" font-style: italic;font-family:arial;" &gt;Les autres. Les Rêveurs. C’est moi qui rêve. Nous sommes les rêveurs. Je veux – basculer&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;Je veux &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;Morphée&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Elle &lt;/span&gt;me tend ma dose. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Elle &lt;/span&gt;me sourit. Je ne respire plus. Je plonge dans l’apnée, à contre-courant je remonte le cours vers son sourire. J’enfonce l’aiguille dans mon bras. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;Je garde les yeux fermés pour voir.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5752254582634115856-3479065188133409268?l=lineyl.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lineyl.blogspot.com/feeds/3479065188133409268/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://lineyl.blogspot.com/2011/07/rom-delirium-tremens-juin-2011.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5752254582634115856/posts/default/3479065188133409268'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5752254582634115856/posts/default/3479065188133409268'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lineyl.blogspot.com/2011/07/rom-delirium-tremens-juin-2011.html' title='ROM - Delirium tremens (juin 2011)'/><author><name>Lineyl</name><uri>http://www.blogger.com/profile/08702051490416808257</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='24' height='32' src='http://4.bp.blogspot.com/_bRhjJ6DG46M/SYtsm_bPGFI/AAAAAAAADPQ/wnVyeVb8bPY/S220/DSCF5997.JPG'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5752254582634115856.post-4363461255788418810</id><published>2011-07-10T19:28:00.003+02:00</published><updated>2011-07-10T19:32:59.840+02:00</updated><title type='text'>Concours de nouvelles (2011), thème : Un mensonge</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify; color: rgb(51, 51, 51);"&gt;&lt;div style="text-align: center; font-weight: bold;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;Un procès&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;C’était le premier jour du procès. Pour Prés-Bas, fruste bourgade semée de fermes grossières et de cultures, engourdie dans ses mœurs rustiques et pleine d’une campagnarde suffisance, un tel événement était plus qu’une nouveauté : c’était une révélation. À la surface d’une vie quotidienne rythmée par le travail des champs, un vague tremblement avait couru ; quelques rumeurs d’abord, puis un embrasement de foule fiévreuse s’étaient rué sur les terres emblavées et cette marée fébrile, par vagues successives, avait ébranlé la tranquille province des marges du Royaume. Une ancienne soif de sang resurgissait à la faveur du crime, perçant sans peine une carapace séculaire de ferveur simple, épaisse et lourde. Les bouches se déliaient ; d’anciennes histoires quittaient l’enfouissement profond où elles avaient langui et folâtraient au coin du feu, revigorées par des langues dérouillées prises d’une subite frénésie de conter. Réveillant à force de mots ses criminels, ses fous et ses vicieux, le peuple de Prés-Bas ranimait un long et beau passé de faits divers. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;Il faut dire que le crime était grandiose. En tant que médecin officiant dans le bourg le plus proche, j’avais été mandé sur les lieux dès la découverte du cadavre. En compagnie du bourgmestre et de ses agents, j’avais pénétré dans la métairie, une ferme quelque peu isolée à un kilomètre de la route. Suivant un long couloir maculé de terre et d’excréments, nous avions débouché dans la pièce commune et aperçu, au milieu d’un fouillis de paille taché de flaques sanglantes, un homme qui nous souriait. On avait prolongé ses lèvres de deux plaies rouges et dessiné un sourire cruel jusqu’au coin des paupières. Je distinguai des chicots noircis dans la bouillie de chair qui, déjà, prenait une teinte brunâtre. Les bras étaient légèrement écartés, les mains entrouvertes, le torse détendu. En-dessous, un gouffre béant où germait une pousse plus claire qui, à notre effarement, prenait rapidement ses aises et vaquait librement hors du corps du malheureux, serpentant dans la pièce entière et marbrant de lacets rosâtres la terre battue. Le criminel avait éviscéré sa victime et disposé avec art les entrailles dans le décor. Des tourbillons de tripes pendaient ça et là, certains fixés à mi-hauteur du mur, d’autres enfoncés dans la glaise répugnante comme si l’on s’était servi des boyaux pour creuser des sillons à même le sol. Après quelques haut-le-cœur mal contrôlés et des notes prises à la va-vite dans la puanteur suffocante, le bourgmestre m’ordonna de procéder au rapatriement des organes dans le corps de la victime. Je ne pus alors m’empêcher d’observer une fois encore, avec une pointe d’admiration, la macabre disposition des viscères. Je rafistolai grossièrement le corps. J’obtins une sorte de poupée au ventre anormalement gonflé, au sourire effrayant et aux membres étrangement disposés. Une voiture de police du comté achemina le cadavre jusqu’à mon cabinet. Quatre jours plus tard, l’enquête était bouclée. Comme tous les habitants de la région, l’annonce de l’arrestation me fut un grand soulagement.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;En ce matin cireux noyé de brouillard, Prés-Bas s’apprêtait gaiement, décidée à faire une belle performance pour son premier drame judiciaire. Une même impatience prenait le village aux tripes ; on voyait sur la place de braves paysans imbibés de vin rouge, les cheveux hérissés de paille, dont les propos charriaient la houle chantante du patois, et des groupes de femmes fortes et rouges, en tabliers sales, qui corrigeait des gamins ravis d’échapper à la classe ou aux champs. En effet, il restait quelques jours avant les moissons, mais on les désertait sans regret. Pour la première fois depuis des lustres, la terre de Prés-Bas dût attendre que la faveur des hommes lui revînt. Tous se réunissait autour de la « mairie », nom pompeux qui désignait une vulgaire masure hissant sa toiture difforme au-dessus des bicoques voisines comme un bossu cherchant, malgré sa difformité, à dominer son monde. Là communiait silencieusement la foule ; elle consommait avec chaleur l’hostie sanglante. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;Ce matin, alors que se pressaient dans la salle d’audience les corps à l’odeur rance de sueur et d’urine, je percevais si bien cette effervescence sauvage que je ne parvenais pas à échapper à son emprise. Mes longs doigts, habitués aux minutieux travaux de chirurgie, étaient pris de tressaillements. Derrière moi, les bancs s’étageaient dans l’ombre sordide de la pièce qui n’était guère taillée pour ce genre de rassemblements. On s’entassait sans ménagement, rustres sur rustres, avec une brusquerie et une impudeur crasses. Ici un jupon relevé, là des braies crottées esquissaient un spectacle rebutant. Les mômes se calaient à plat ventre sous les bancs. Je serrai contre moi mon long manteau de laine.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;Devant, sur la gauche, de profil par rapport à l’auditoire, un homme d’une quarantaine d’années montrait un visage hâve, mangé de barbe, et des cernes violacés, presque carmins. Les yeux agités, en perpétuel mouvement, tachaient d’un bleu laiteux ces auréoles boursouflées. Le front, largement dégarni, était lisse et singulièrement luisant. Sous le nez insignifiant, un mauvais rictus retroussait deux lèvres exsangues sur des ratiches brunes. Henri Bernaud n’était pas un accusé sympathique.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;Le greffier, sec et rachitique, nous gratifia d’une lecture mélodieuse des charges retenues ; sa voix très pure, étonnamment musicale, modulait avec habileté les longueurs du laïus administratif. Néanmoins, le faisceau de preuves rassemblées par les agents de police était accablant et pointait, tout hérissé de détails macabres, vers M. Bernaud. L’accusé habitait une ferme située à quelques centaines de mètres du domicile de la victime ; les deux hommes, assez proches, se voyaient fréquemment et partageaient le même cercle d’amis. On les croisait plus souvent sur les bancs de la taverne, panses tendues et vestes débraillées, bramant des obscénités et remâchant des griefs immémoriaux que dans les essarts, outils à la main et sueur au front. Pourtant, tout le monde s’accordait à dire que Bernaud et Mornon, l’infortuné éviscéré, n’en étaient jamais venus aux mains, même par ces soirs de longues beuveries crépusculaires. La question du mobile intriguait – bien plus, elle désemparait. On la considérait sous tous les angles, on la tripotait et on la triturait si violemment qu’après avoir été malaxés par des dizaines de cervelles épaisses, les faits, pourtant clairs, ne laissaient plus qu’une écœurante sensation de confusion. On avait relevé sur les lieux du crime des empreintes de grosses semelles striées semblables à celles des sabots de l’accusé ; on avait d’ailleurs retrouvé ces preuves accablantes chez Bernaud lui-même, encore rouges de terre battue et d’amas sanglants mêlés de cheveux. Non loin de là, froissés dans un épouvantable désordre, traînaient des vêtements sales. L’un d’eux était moucheté de salissures brunes. Enfin – et ce point suffisait généralement à faire taire les doutes –, c’était un couteau de boucher appartenant à Bernaud qui avait servi à vider la victime comme une simple volaille.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et pourtant... pourtant, on ne se résignait pas au règlement de comptes entre ivrognes. L’éviscération méticuleuse de la victime, le soin minutieux avec lequel on avait déroulé et disposés les entrailles ne collait pas avec une rixe avinée entre deux copains de taverne. Le juge lui-même, se trémoussant du haut de son estrade, en éprouvait des désagréments semblables à de douloureuses constipations. Il entreprit d’interroger l’accusé sur ses faits et gestes le soir du crime. Bernaud reconnut s’être rendu à la métairie un peu avant vingt heures mais affirma avoir découvert son camarade déjà mort, écartelé et pris dans la toile sanguinolente de sa propre tripaille :&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;— Une bête, l’bide explosé par tout plein d’sang et découpé comme du gros bétail, m’sieur l’Juge. Une vraie boucherie, toute salopée, j’vous l’jure !&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;Mais ses propos, ponctués de jurements du plus mauvais effet, comportaient de fâcheuses incohérences. Il prétendait s’être précipité pour prévenir le bourgmestre et avoir confié son funèbre message à un voyageur de passage, manteau long et capuche, qui se dirigeait à cheval vers le bourg – mais il n’avait pas vu son visage. Il disait être retourné ensuite chez Mornon pour « tâcher d’voir c’que j’pouvons faire pour l’malheureux, m’sieur l’Juge » – mais le père Ramone l’avait aperçu derrière sa haie aux alentours de vingt heures, courant comme un dératé et dissimulant sous un bras une étoffe tachée. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;— Vous preniez la fuite, M. Bernaud, vous preniez la fuite ! s’énerva le juge.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;À mesure que progressait, cahotante, la reconstitution des faits, le magistrat s’échauffait dangereusement, étranglé par l’impatience, convulsant et postillonnant davantage à chaque affabulation de l’accusé. À sa  figure cramoisie et quasi asphyxiée s’opposait le visage décomposé de Bernaud, aux pupilles tremblantes, effarouchées, oscillant maladivement dans le blanc de l’œil comme prises elles aussi de syncopes. Je scrutai ces iris enragés, fasciné par ce regard où la fièvre – à moins que ce ne soit la peur – mettait une buée malsaine. C’était le regard d’un fou ; or, seul un fou avait pu commettre ce crime.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;L’interrogatoire tourna rapidement court. Le juge fit venir à la barre quelques témoins dont l’ignorance quant à la chose était trop manifeste pour qu’on les retînt là bien longtemps. Ce fut enfin mon tour.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;— Docteur, vous avez fait les constatations sur les lieux du crime et procédé à l’autopsie. Pouvez-vous  nous exposer vos principales conclusions ?&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;Je résumai le rapport que j’avais déjà transmis aux agents du bourgmestre. Le babil ambiant s’atténua. Dans les procès criminels, l’expert a toujours le beau rôle : magicien des corps, on attend de lui des preuves irréfutables d’où tirer une condamnation bien propre, sans états d’âme, inéluctable. Je sentais cette lourde attente de foule échauffée peser sur mon thorax et m’étouffer sous une chape de silence. Les mots ne cessaient de jaillir d’entre mes lèvres mais mes pensées, à la dérive, m’arrachaient à mon propre corps ; je croyais me tenir au fond de la pièce, avec les autres, et joindre mes regards voraces aux leurs qui, emplis d’une sombre ardeur, se jetaient sur moi et me raclaient le dos. Dans ma poche, je serrai la chevalière à m’en faire blanchir les jointures, cherchant par ce geste rituel à vaincre l’irrésistible angoisse que j’éprouvais toujours à m’exprimer en public. Mon anxiété était telle que je sortis la bague de mon vêtement et continuait de la triturer en décrivant les blessures observées sur le cadavre.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;Les iris enragés de Bernaud cessèrent de papillonner. Sa mâchoire se décrocha, ouvrant un gouffre puant dans l’ovale hagard du visage. Sa voix éraillée jaillit comme un rugissement animal :&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;— C’est la bague d’Mornon, cré, la bague d’ce pauvr’Mornon ! Diable, c’est toi, docteur, qui l’as tué ! T’l’as tout découpé avec tes outils d’l’enfer !&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;Il écumait et braillait comme un porc égorgé. Ses hurlements de bête ne s’arrêtaient pas. J’étais abasourdi. La phrase que j’avais entamée s’effilocha dans l’air, sans que je parvienne à la rattraper. Le juge se retint pour ne pas craquer et tenta de couvrir les cris de Bernaud de ses propres beuglements. Le public s’esclaffa et quelques têtes, ravies du coup de théâtre, se fendirent de grands sourires. Je crus que certains allaient applaudir. La colère me tordit le ventre. J’étais outré de cette bouffonnerie. J’interpellai le rustaud avec haine : &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;— Qui êtes-vous Bernaud, pour mettre en cause mon honnêteté dans une affaire de meurtre ? Pour tacher de votre bave répugnante mon innocence et ma bonne foi ? Tout ceci est d’une absurdité navrante ! Je suis ici pour éclairer la cour sur les données scientifiques du crime, pas pour me voir ridiculisé par des accusations délirantes ! Je demande à Monsieur le juge le droit de me retirer. Je ne saurai endurer davantage de la part d’un malotru qui, me semble-t-il, n’est pas en position de proférer de tels mensonges !&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;J’avais mis trop de hargne dans ma repartie – mais j’étais hors de moi ! Le juge, rappelé à son devoir, nous invita au calme. Mon aigreur et l’agressivité de mes propos avaient allumé une inquiétante étincelle dans ses yeux de fouine. Avant de me libérer, il lança, sur le ton badin de la confidence : &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;—  Bien sûr, docteur. Entre nous, à qui d’autre que vous pourrait appartenir cette chevalière ?&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;Les plis de la bouche se relevèrent en une moue rieuse ; le regard mi-sérieux, mi-amusé, n’appelait pas de démenti. Me déridant, je hochai à peine la tête, offrant un visage affable où l’innocence le disputait à la connivence. Le sourire espiègle du juge explosa en un franc éclat de rire que les paysans reprirent en chœur, se frappant les cuisses avec fougue comme s’il se fût agi d’une bonne blague. Moi-même je lâchai quelques ricanements, soulagé de sentir la tension se relâcher et d’échapper à l’attention générale.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;— Docteur, l’accusé est-il selon vous coupable des charges retenues contre lui ?&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;Les mots du juge glacèrent mes émouvantes retrouvailles avec la sérénité. Toute la salle reporta ses regards sur l’accusé, calé dans une encoignure et défiguré par l’ombre. Avec toute la gravité que réclamait la question, je déclarai : &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;— Compte tenu de la nature des blessures et de l’état mental de l’accusé, je suis intimement convaincu qu’Henri Bernaud est coupable d’homicide volontaire sur la personne de Paul Mornon.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;Je ne vis guère davantage du procès. Épuisé par l’épreuve de la barre, je rentrai chez moi peu après ma déposition. Le trajet à cheval, dans l’air pur d’une belle journée d’été, me fit le plus grand bien. Le soleil de fin d’après-midi baignait d’une clarté doucereuse l’étendue des plaines. Passant le pont Saint-Marc, je ralentis, songeur. Des reflets incandescents s’agitaient sur l’onde. Je devais prendre mes précautions.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;Je lançai la chevalière dans l’eau claire du ruisseau.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5752254582634115856-4363461255788418810?l=lineyl.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lineyl.blogspot.com/feeds/4363461255788418810/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://lineyl.blogspot.com/2011/07/concours-de-nouvelles-2011-theme-un.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5752254582634115856/posts/default/4363461255788418810'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5752254582634115856/posts/default/4363461255788418810'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lineyl.blogspot.com/2011/07/concours-de-nouvelles-2011-theme-un.html' title='Concours de nouvelles (2011), thème : Un mensonge'/><author><name>Lineyl</name><uri>http://www.blogger.com/profile/08702051490416808257</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='24' height='32' src='http://4.bp.blogspot.com/_bRhjJ6DG46M/SYtsm_bPGFI/AAAAAAAADPQ/wnVyeVb8bPY/S220/DSCF5997.JPG'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5752254582634115856.post-1773369993428633793</id><published>2011-07-10T19:20:00.005+02:00</published><updated>2011-07-10T19:41:23.449+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Rumeurs d&apos;outre-monde'/><title type='text'>ROM - Faites vos jeux (mars 2011)</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify; color: rgb(51, 102, 102);"&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;&lt;br /&gt;Je poussai le large panneau de chêne incrusté d’ébène. Derrière, un alignement vague de fauteuils défraîchis aux bras rehaussés d’or bordait d’éclats un long couloir baigné d’ombre et de poussière. Il n’y avait personne mais le lieu bruissait d’une étrange présence ; les tentures de moire tombaient en larges flaques sur le parquet vieilli, arborant des reflets sournois qui jaillissaient sous les chandelles ; le son d’un luth, derrière les cloisons, mourait en brefs échos sonores au pied des coffres marquetés, négligemment ouverts sur des gueules obscures. Un clair de lune peureux tombait à regret des croisées et jetait des gouttes laiteuses à mes pieds. J’avançai parmi ces perspectives irréelles, je devinai les boiseries et les fresques écaillées avec le sentiment de pénétrer dans un domaine gorgé de nuit à l’haleine lourde de ténèbres. Mes pas arrachèrent un cri aux lattes usées, immédiatement étouffé par les velours épais des causeuses et des bergères. Je scrutai le sol pour éviter de m’empêtrer dans les vieilleries entassées contre le mobilier – des boîtes à musique, des rubans et des dentelles débordant de coffrets ouvragés, quelques reliures au cuir fatigué et un grand nombre de cornets à dés, jeux de cartes et gros sous maculés d’empreintes –, lorsque j’aperçus une simple porte de bois clair, sans poignée, qui nimbait d’un halo pâle le point de fuite de la galerie. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;Secouant la tête pour sortir de l’hébétude qui me gagnait progressivement, je parvins en quelques enjambées au battant que je poussai du bout des doigts. Il céda sans bruit à ma pression. Derrière, on jouait.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;Des tables tendues de rouge, de vert et de bleu s’étageaient par dizaines dans les profondeurs d’une ancienne chapelle. Les vitraux, badigeonnés de noir, montraient des yeux crevés dont les pleurs fantômes, grisâtres, oppressants, se mêlaient aux volutes paresseuses des fumerolles que soufflait l’encens presque consumé. La seule clarté provenait d’un lustre en fer forgé, perdu dans les hauteurs de la nef, sous une rotonde condamnée. Mais l’éclat des cierges, comme s’il se fut affadi en tombant de si haut, se noyait dans le grain sale des draperies et des brocarts. Une semi-pénombre aplanissait les formes, vêtant de gaze maladive les êtres et les choses.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;Malgré tout, on jouait. Dans le transept, des silhouettes se groupaient autour des tapis, lançaient des jetons de vieux cuivre et suivaient avec une tension perceptible le ballet muet des cartes ; les dés passaient de mains en mains, avec une brusquerie discrète, une violence frémissante. Les gestes des joueurs, empreints d’une sourde retenue, déployaient dans le jour spectral des arabesques vibrantes, prêtes à craquer. Une lourde pulsation, rauque comme le raclement des dés dans les cornets, pesait sur les corps, courbait les dos, brisait les doigts. On eût dit le poitrail fumant d’une bête monstrueuse qui pesait sur nos têtes et soufflait une buée malsaine. Étouffant, je sentis mon pouls s’affoler ; j’inspirai à plusieurs reprises l’air corrompu, luttant contre l’angoisse. La lourde masse du tombeau s’entrouvrit. Ma respiration s’accorda bientôt au lent roulis des corps devant moi.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;Je quittai le nimbe charbonneux du porche et descendis quelques marches en direction des tables. Ma grande carcasse glissa sur le marbre. Une douce indifférence, comme une euphorie nue et glacée, coula au creux de mes reins, collant à mes paumes écartées. Je goûtai le calme sépulcral. Le désir du jeu me mordit les entrailles ; la brûlure, dans mon ventre, nourrit mon sang transi. Je fus pris d’une passion glaciale comme les mourants par le trépas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;Arrivé près des joueurs, je pus distinguer, sous les chevelures brouillées en sombres auréoles, des visages cireux. Les lèvres, pâles et brillantes, mettaient sur tous ces masques une phosphorescence d’outre-tombe ; tournées vers le jeu qui se poursuivait en un vivant tournis de pièces, elles arboraient des moues tordues, s’entrouvrant parfois sur deux rangées de nacre avant de trouer d’un sourire d’ombre une chair malade. C’était les reflets troubles d’une même grimace. Je sentis mes crocs percer à travers ma bouche. Saisi d’une joie sinistre et enivrante, je me penchai vers la première table. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;Je perçus brutalement la houle murmurante du jeu ; des sifflements rauques, éructés douloureusement, formaient des nombres sans suite ; les trachées se tordaient pour cracher des phrases énigmatiques qui claquaient dans l’air en mourant. S’y mêlaient les injonctions imperceptibles du croupier et le crissement des ongles ramassant les mises. J’étais hypnotisé par cette étrange cacophonie aux limites de l’audible. Ma poitrine se soulevait en d’écœurants haut-le-cœur au son des mâchoires qui craquaient et des chairs fripées. Mes bras, pris d’une rigidité soudaine, heurtèrent le panneau de bois et de métal. Je m’y retins, accablé d’une pesante faiblesse. Je posai des griffes noueuses sur le tapis vert. Tout se figea.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;Les dés, arrêtés dans leur course, vacillèrent le long d’une trajectoire improbable, dessinant dans l’air une traîne blanchâtre. Les cartes parurent frémir et se tordre sous l’effet d’une pression malfaisante. Les écus flamboyèrent. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;Ils me regardaient tous.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;Ils me fixaient de leurs orbites vides. Ils tendaient leurs museaux rongés et tiraient leurs chairs gangrénées où perçait l’os. Leurs gosiers exhalèrent un souffle de sépulcre. Lentement, leurs serres décharnées cliquetèrent et rythmèrent le branlement des carcasses sous les capes miteuses. Le martèlement se mut en cadence nerveuse, en fatale impatience. En interrogation pressante.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;À ma droite, un dé accrocha un chatoiement macabre.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;Je m’en saisis.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5752254582634115856-1773369993428633793?l=lineyl.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lineyl.blogspot.com/feeds/1773369993428633793/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://lineyl.blogspot.com/2011/07/je-poussai-le-large-panneau-de-chene.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5752254582634115856/posts/default/1773369993428633793'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5752254582634115856/posts/default/1773369993428633793'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lineyl.blogspot.com/2011/07/je-poussai-le-large-panneau-de-chene.html' title='ROM - Faites vos jeux (mars 2011)'/><author><name>Lineyl</name><uri>http://www.blogger.com/profile/08702051490416808257</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='24' height='32' src='http://4.bp.blogspot.com/_bRhjJ6DG46M/SYtsm_bPGFI/AAAAAAAADPQ/wnVyeVb8bPY/S220/DSCF5997.JPG'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5752254582634115856.post-8380789046423993363</id><published>2010-06-27T19:08:00.001+02:00</published><updated>2010-06-27T19:10:13.693+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='http://www.blogger.com/img/blank.gif'/><title type='text'>ROM - Sur le fil (juin 2010)</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify; color: rgb(0, 0, 0);"&gt;&lt;div style="text-align: center; font-weight: bold;"&gt;La Trame&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Sur toutes les planètes que j'ai visitées, j'ai rencontré des diseuses de bonne aventure, des voyantes, des oracles. Où qu'il soit dans l'univers, l'être humain ne peut se passer du réconfort de la superstition. Depuis des millénaires, l'Empire terrien tisse sa toile ésotérique aux quatre coins de la galaxie. Mais je ne sentais rien en moi, mon cœur était vide. Il avait soif de profondeur. Je décidai d'arpenter les terres de croyance. Je voulais me mêler aux obscurs réseaux de la foi, entendre des langues, voir des visages, toucher des mains qui priaient, craignaient, espéraient. Je suis parti vêtu de l'humble habit du pèlerin, anonyme, pour rejoindre un courant plus vaste.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'ai parcouru des sentiers tracés par d'anciennes confréries dévouées aux mystères de l'esprit humain. Je me suis mêlé aux foules en liesse sur les pages de Hodfu, sous les déluges d'astéroïdes mourant dans la mer, et j'ai partagé leur ferveur. Dans les dédales des marchés de Kern, j'ai senti vibrer sous mes pieds les catacombes et leurs monstres ; j'ai côtoyé leurs légendes. On m'a parlé de dieux et de démons, d'anges et de nymphes. Des gourous, des prêtres, des chamans, des poètes m'ont reçu dans leurs palaces ou leurs taudis. La plupart étaient des charlatans, mais certains rayonnaient d'une certitude qui me semblait autant folie que sagesse. Quelque chose dans leurs yeux m'attirait.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'ai fini mon périple dans les cabanes suspendues de Roöd où des hôtes aux visages indifférents me nourrirent en silence avant de me laisser dormir. Sous les étoiles, je voyais les branches de l'Arbre s'entremêler, à peine frémissantes, et sertir comme des vitraux les éclats du ciel. Dans la plaine, plus loin, les pas légers des chasseurs faisaient bruire la nuit. Des arcs se tendaient, des traits partaient dans la brume et des bêtes, haletantes, se couchaient pour mourir. Il me semblait que ce court trajet de la vie à la mort était la seule chose dont je pus être certain. Le sommeil tardait à venir. J'observai le temps suspendu sur les crêtes des montagnes, les bras croisés au bord du vide. Des corps simiesques dévalaient en couinant les branches et les broussailles. Une demi-lune, striée par les feuillages, jetait un rayon pâle. Je refusais d'accepter que j'avais terminé ma route, que tout ce que j'avais trouvé, c'était ce glissement furtif du soir entre les arbres et ce peuple nocturne silencieux, vaquant à ses occupations sans s'occuper du monde. Il me fallait plus que cette simplicité.&lt;br /&gt;L'air était tiède. Des grains de pollen s'accrochaient à l'écorce des troncs. J'appuyai ma tête contre une paroi de la cabane et m'endormit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je fis des songes troublants. Dans une clarté laiteuse, des visages m'apparaissaient, voilés. Plus je tentais de les approcher, plus leurs formes s'effaçaient, laissant autour de moi des masques aux traits gommés. J'avançai dans un paysage de formes estompées. Les chemins, sous mes pas, ne menaient à rien d'autre qu'un horizon blanc et inerte. Des lignes s'y agitaient, d'abord grises, puis de plus en plus lumineuses, jusqu'à devenir d'un éclat insoutenable. Je détournai la tête mais mon regard se brûla à d'autres enchevêtrements étincelants. Tout autour de moi rayonnaient ces courbes mouvantes. Je ne comprenais pas leurs dessins. Elles m'enserraient davantage, frôlant ma peau, m'hypnotisant. Je m'aperçus qu'elles traversaient les corps fantômes autour de moi. De mon propre cœur jaillissait un rai de couleur blanche. Mon pouls affolé projetait des secousses lumineuses dans ce réseau de fils impalpables qui se déplaçait avec les déambulations des silhouettes. Je fis quelques pas, cherchant à me calmer. La toile de lumière enveloppa mes membres, se formant et se reformant au moindre de mes gestes. Chacun de mes mouvements la modulait d'une autre façon. Certains nœuds brillaient davantage que d'autres. Le tout semblait presque vivant. Au fond de mon sommeil, je sentis quelque chose naître en moi. À mon réveil, je quittai Roöd.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette année-là, plus de deux cents sectes nouvelles s'établirent dans l'Empire. En dix ans, sept religions avaient rejoint le panthéon hétéroclite de la foi terrienne. La Flotte avait colonisé deux planètes, dont l'une possédait une atmosphère euphorisante qui attirait scientifiques et drogués. En l'an 9 998, Rune tomba aux mains des prêtres rouges. Il y eut des massacres, puis la paix revint. On célébra enfin le dixième millénaire de l'Empire, à coups de processions et de prières.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quant à moi, après ma nuit à Roöd, je parcourus la Trame. Je passai d'abord deux ans dans les glaces lunaires à appréhender la puissance et l'étendue de la toile lumineuse qui s'était révélée à moi. Mes rêves, de plus en plus réels, se muaient en transes qui duraient plusieurs jours. Je me déplaçais en esprit sur le réseau lumineux, apprenant à suivre un chemin jusqu'à sa disparition, à remonter de nœud en nœud, à m'orienter dans ce labyrinthe mental. J'y découvrais des images et des souvenirs. Mes souvenirs. La Trame était très dense autour de mon corps. Elle frémissait et je suivais ces secousses imperceptibles pour remonter le cours de ma propre vie. Je compris que j'accédai à la structure cachée de ma présence au monde. Durant mes longs sommeils, je marchais sur le fil de mon existence. Le temps n'était plus linéaire : il était cet enchevêtrement même de possibles, il se fragmentait le long de toutes ces directions envisageables. Chacune de mes décisions remodelait l'ensemble. Le passé et l'avenir étaient à ma portée. Mon futur, cependant, me restait imprécis.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je repris contact avec l'humanité dans une chambre d'hôtel du quartier pauvre de Lohr. J'avais ramené une fille, ni belle ni laide, entre deux âges. Après nos ébats silencieux, elle s'endormit et, au contact de ses cheveux d'ébène, mes mains crépitèrent comme parcourues d'électricité. Je fermai les yeux. La Trame m'apparut, plus vivante, plus nette que jamais auparavant. Elle se mouvait au rythme des respirations de la jeune femme. Mes doigts scintillaient au-dessus du front rêveur. Pour la première fois, je pénétrai dans le réseau d'une autre vie que la mienne. M'arrivèrent en foule des visages brouillés, comme des photos de famille floues, et quelques joies. Beaucoup de larmes. Je vis la misère d'une existence ordinaire, sans espoir de changement. Je déambulai des heures dans les méandres de cette vie autrefois inconnue, que désormais je connaissais par cœur. Mon esprit accélérait le long de ces filaments blanchâtres, se propulsant d'un nœud à l'autre. Je me laissais guider, sentant, à l'éclat diminuant des courbes, que j'approchais d'une fin. Une odeur de poudre me suffoqua. Je manquai d'ouvrir les yeux, mais tins bon. Un voile plus sombre que les écrans blanchâtres de mes visions s'estompa peu à peu. J'aperçus un corps inanimé, la tête en sang, le pistolet à la main. Je sentis la Trame se rétracter, quittant douloureusement la silhouette allongée sur le plancher. Les lucioles s'éteignirent une à une. Chaque disparition m'arracha un cri muet de souffrance. Je sortis de ma transe meurtri et perclus de fatigue. La fille dormait, dans la même position que la femme suicidée sur le plancher.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En l'an 10 005, je m'installai sur Orbanne, petite lune insignifiante, à la périphérie du territoire de l'Empire. C'était une planète rongée de tristesse et de superstition. Y vivait un peuple rêveur à l'espoir déçu. Je tenais une échoppe miteuse dans une rue où abondaient librairies ésotériques, salons de voyance, dortoirs de rêve. Dans les faubourgs, des femmes vendaient du plaisir à peu de prix. Ici, nous vendions de la foi au rabais.&lt;br /&gt;Je monnayais mes prédictions et acquis rapidement une certaine célébrité dans le quartier. Mais la Trame était ma demeure maudite. Je voyais le destin de ceux qui venaient me consulter, mais surtout, je voyais leur mort. Je sentais la Trame s'effacer après chaque vie arrivée à son terme. C'était toujours une torture. Les fils, d'étincelants, devenaient ternes, puis disparaissaient. La Trame se reformait, laissant dans l'oubli les êtres qui étaient partis. Bientôt, l'épuisement me gagna et l'acuité de mes visions diminua.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À cette époque de ma vie, lorsque l'homme entra dans ma boutique, je ne saisissais plus de la Trame que quelques fulgurances, éclats trop vite éteints sur un fond blanc. L'inconnu, de grande taille, avait les traits tirés et les orbites creusées. Sans un mot, il s'assit à la table et je fermai les yeux. D'abord, je ne distinguai rien. Derrière mes paupières closes, rien ne s'agitait. La Trame n'était plus là. Je paniquai, m'exhortant intérieurement au calme. Ce vide me terrifiait. Puis je remarquai des formes brouillées, sombres, qui s'imprimaient et s'agençaient sur le fond clair. Elles dessinaient des visages qui m'étaient familiers. De lents courants enfumés passaient de l'une à l'autre. Les volumes gonflaient et se tordaient autour de moi. Ils m'englobaient dans leurs esquisses trop compliquées à mes yeux, et pourtant familières. Tout à coup, je sentis une présence habiter ces ombres. L'homme aux yeux cernés se déplaçait sur la mosaïque de fumée et s'avançait vers moi. Il dansait d'une forme à l'autre, habilement, sans hâte, choisissait une arabesque, contournant une rosace. Je ne comprenais pas les ressorts de cette trame d'un autre genre, si paresseuse, si sombre – pourtant si dense. Mes doigts brassaient le vide, chassant des vapeurs noires qui se remodelaient instantanément ailleurs.&lt;br /&gt;C'était d'une beauté incroyable. Mais ce n'était plus la Trame que j'avais connue. J'ouvris les yeux. L'inconnu, en face, avait les siens fermés. Ses traits se contractèrent l'espace d'une seconde, tirés par la douleur. Il me fixa de ses prunelles d'or et me sourit tristement.&lt;br /&gt;– C'est pour bientôt, dit-il simplement.&lt;br /&gt;Et il disparut dans un claquement de cape.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5752254582634115856-8380789046423993363?l=lineyl.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lineyl.blogspot.com/feeds/8380789046423993363/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://lineyl.blogspot.com/2010/06/rom-sur-le-fil-juin-2010.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5752254582634115856/posts/default/8380789046423993363'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5752254582634115856/posts/default/8380789046423993363'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lineyl.blogspot.com/2010/06/rom-sur-le-fil-juin-2010.html' title='ROM - Sur le fil (juin 2010)'/><author><name>Lineyl</name><uri>http://www.blogger.com/profile/08702051490416808257</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='24' height='32' src='http://4.bp.blogspot.com/_bRhjJ6DG46M/SYtsm_bPGFI/AAAAAAAADPQ/wnVyeVb8bPY/S220/DSCF5997.JPG'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5752254582634115856.post-6445977132578555304</id><published>2010-06-27T18:51:00.003+02:00</published><updated>2010-06-27T19:08:47.322+02:00</updated><title type='text'>ROM - Sacré Graal (mai 2010)</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify; color: rgb(153, 0, 0);"&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Miroir&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(153, 0, 0);"&gt;Erald quitta la ville à l'aube. Une chaleur épaisse et moutonnante suait des larges plaines de blé rouge couchées sous les murailles. Le Pays, nonchalamment, bâillait, et la langue rose du matin lapait l'horizon humide. Le jeune homme, sourire d'enfant et cheveux d'or, s'élança aux côtés de sa monture, laissant d'abord celle-ci allonger quelques enjambées de titan, avant de s'y hisser agilement. Sous leur course fougueuse s'ébrouait la crinière rousse des plaines. La cuirasse gris pâle de la bête miroitait sous les rayons, et ses halètements de feu, par endroit, faisaient craquer la terre. Au son des trompettes lointaines de la citadelle, le dragon prit son envol ; son corps fuselé et puissant, s'agrippant aux courants chauds, monta en flèche vers le ciel. Ses battements d'ailes, par moments, frôlaient les derniers rubans pâles des brumes nocturnes. Erald, relâchant sa prise, sentit son cœur battre au rythme de ces lents crissements d'écailles sur l'air pur du matin.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(153, 0, 0);"&gt;Superbe journée en perspective, ouverte sur des horizons déserts. Vers le Sud, les rivières de sable leur indiquaient la route. Cette troisième année de quête touchait à sa fin, et Erald percevait, sensation nouvelle, qu'il approchait enfin de quelque chose. Un soupçon d'insouciance se mêlait à son enthousiasme. Il se sentait l'âme épique, quoi qu'on en dise. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(153, 0, 0);"&gt;La nuit arrivée, ils avaient trouvé refuge dans les hauteurs d'une forêt, couchés contre le ventre du ciel, aimait à penser Erald. Son dragon, Lory (c'était une femelle), était pendue aux branches basses et ronflait. Notre voyageur avait, lui, atteint les cimes. Visage d'or penché sur les frondaisons, il dominait le monde endormi. Il parcourut à grandes enjambées le tête frissonnante des arbres, imperceptible, levant la sienne vers les étoiles. Pourtant, il trouvait quelque chose d'angoissant à cette nuit sereine, splendide, et n'osait fermer les yeux. Des falaises grises dressaient leur haute stature à quelques kilomètres ; en jaillissaient, porté par la brise, de doux murmures, et parfois un rire. Les bois ployaient dans cette direction, prêtant hommage à ces géantes de pierre. C'était sans doute stupide de croire tout cela magique, mais voilà ce que ce se disait Erald, magique... Tant d'étrange élégance faisait naître en lui une sourde plainte. Mais le sommeil s'empara si vite de lui ! Son corps s'évanouit dans les feuillages, léger comme une plume, et atterri dans un grand buisson de gui. Car la fatigue sait se montrer brutale et quelquefois, comme la mort qui ne s'annonce pas, elle vient chercher son dû.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(153, 0, 0);"&gt;Erald rêvait déjà avant d'atteindre sa couche végétale. Il rêvait des visions divines, chuchotées par d'immortelles lèvres. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(153, 0, 0);"&gt;Des ruisseaux pourpres se ruent à l'assaut d'un marbre noir. Erald vibre d'excitation, la main sur la garde de son épée. Son périple touche à sa fin. Graal de tous les Graal, son destin, la raison de ces rêves innombrables... Le même palais de cendres, qu'il rêve depuis des années, se dresse comme un puits de nuit sur la surface du monde, néant irrésistible. Dans les clairs obscurs du songe, il tente de distinguer, à l'intérieur, ce qui peut l'attendre : un objet légendaire, une révélation, une rencontre ? &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(153, 0, 0);"&gt;Rien qu'un soupçon de rouge dans cette mer d'onyx, rien d'autre. Le fil écarlate d'une vie sur une toile d'ombre. Coulure de sang chaud – des pleurs dans la nuit froide.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(153, 0, 0);"&gt;Au réveil, il était nuit encore. Lory grondait en bas, affamée. Erald haletait, secoué de frissons ; une main glaciale agrippait son esprit. Au fond de sa gorge, pour la première fois, le goût amer de la peur. Il cria à sa bête, d'une voix plus forte qu'il ne l'aurait voulu :&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(153, 0, 0);"&gt;– Allez, va chasser et on décolle !&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(153, 0, 0);"&gt;Repas englouti, ils reprirent la route. Le cours escarpé de l'Ondine, d'en bas, les guidait, perdu dans l'ocre des plateaux. Plus loin encore, on décelait l'éclat ténu des Mers de Jade. Mais là n'était pas leur destination. Il leur faudrait, derrière les portes du monde, en rejoindre le reflet inconnu. Ils se rendaient en Miroir. Cette terre sans habitants, ni vivants, ni morts, simple ébauche d'un monde possible, était peu accueillante. Elle n'aimait pas qu'on cherche à la remplir et expulsait la plupart de ceux qui, orgueilleusement, s'y engageaient. Aventuriers, exilés, armées... : on avait retrouvé, aux frontières du Miroir, des hommes vieillis de dizaines d'années, vivant des rêves dont ils ne pouvaient plus s'échapper, fous pour la plupart, l'âme flétrie d'ancestrales tristesses. Certains cependant ne revenaient pas.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(153, 0, 0);"&gt;Erald savait qu'on l'y laisserait entrer. Il avait été appelé.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(153, 0, 0);"&gt;Lory et lui voyagèrent encore quelques jours, accompagnés par la course du soleil vert et les rosaces des météorites. Le jeune homme était fébrile et épuisé. Lory même montrait moins de fougue, battait lourdement des ailes. Puis les couleurs se mirent à fuir des deux côtés du jour. Des étincelles blanches se mêlèrent à la poussière charriée par le vent. On arrivait en Miroir. Les voyageurs passèrent la porte Sud, depuis longtemps abandonnée – reste de civilisation au bout du monde. Au-delà une mer de brume mouvante s'étendait à l'infini et dissimulait le sol. Les perspectives s'y diluaient. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(153, 0, 0);"&gt;Toute la nuit, ils survolent cette impalpable terre. Il leur semble approcher d'un lieu incroyable qui les attire à lui et cherche à dévorer l'univers. Il fait de plus en plus froid. Pour la première fois depuis des années, Erald ne rêve pas.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(153, 0, 0);"&gt;Nouvelle caresse du jour, rêche et mordante. Erald vacille. Lory, à bout de forces, peine à maintenir sa trajectoire. À l'horizon des crêtes dentelées, dents d'ivoire dans une mâchoire bleue, ceinturent le monde. Qu'y a-t-il au-delà ?, songe Erald.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(153, 0, 0);"&gt;Ils chutent. Lory tourbillonne. Ses pauvres ailes, collantes de poussière et brisées de fatigue, flottent inanimées dans ce long sillage de vent qui s'échevèle derrière eux. Ils tombent dans la poussière qui tombe, en fine pluie, du ciel. Ce sont les larmes de Miroir. Ils plongent dans l'onde nuageuse. Ça ne fait pas de bruit. L'aube desséchée, au Nord, jette un rayon sanglant sur la plaine immense où ils disparaissent tous deux.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(153, 0, 0);"&gt;La forteresse noire tend sa bouche béante au-dessus des dunes, irradiant d'une beauté insoutenable. Erald fait face au palais de ses visions. Il ne sait ce qui a arrêté sa chute. Il a les mains en sang et la peau arrachée. Il avance. Un pas. Encore. Il entre. La gorge d'ombre déglutit. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(153, 0, 0);"&gt;Le hall est d'obsidienne nue. Des flammes de nacre en lèchent les murs. On dirait le mausolée d'une ancienne dynastie, la demeure splendide de l'éternité. Les courbes de la pierre, élégantes et raffinées, esquissent le récit d'une histoire sublime et inexplicablement cruelle. Erald pénètre dans un couloir aux ogives d'onyx. Il a la nausée ; entre ses lèvres brûlées passe un air coupant comme une lame. Épuisé, il titube jusqu'à une chambre tapissée de brocart noir. Des miroirs fumés entourent un lit funèbre où brûlent des larmes écarlates.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(153, 0, 0);"&gt;Des larmes.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(153, 0, 0);"&gt;Deux grands yeux noirs, des cils qui ne battent pas. Ses lèvres froides sur un baiser d'adieu. Daphné. La pierre elle-même murmure son nom. Un autre vient s'y mêler dans la litanie du deuil. Erald. Les échos de destins tragiques échouent sur les murailles et refluent vers la chambre. La percussion des siècles. Elle est vêtue de soie noir, sur le lit. Erald s'approche du corps mourant, fasciné par ce regard si vaste noyé de larmes rouges. L'éternité quitte cet être, maintenant qu'il est là. Elle l'a appelé et lui transmet son flambeau.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(153, 0, 0);"&gt;Erald comprend qu'il n'est qu'un maillon d'une chaîne immense, nouée de génération en génération. Dans l'écarlate incandescente qui baigne la couche, il s'allonge auprès de Daphné qui respire à peine. Est-ce un sacrifice ? Il sait qu'il doit souffrir pour que d'autres puissent vivre, qu'il lui faut embrasser cette douleur et la contenir en lui pour qu'elle n'absorbe pas le monde. Il paiera de sa vie le tribut de l'humanité, gardien de ce lieu jusqu'à ce qu'un autre à nouveau, appelé, désiré par lui, ne vienne l'en délivrer. Qui aurait pensé que Miroir fût si semblable à notre monde ?, songe-t-il. Le cœur de sable de ce pays bat sous la peau du désert, il pleure ses disparus. Tout a un prix, même le bonheur.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(153, 0, 0);"&gt;Prisonnier de ces révélations, Erald prend dans sa main celle de sa princesse morte, se noie dans un étouffant carmin. Des reflets gris teintent la salle. Seule une larme rouge, encore, attache à son esprit la conscience du monde. Mais il est né pour en sauver d'autres, et se perdre lui-même.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(153, 0, 0);"&gt;Et si personne n'en savait jamais rien ?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5752254582634115856-6445977132578555304?l=lineyl.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lineyl.blogspot.com/feeds/6445977132578555304/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://lineyl.blogspot.com/2010/06/rom-sacre-graal-mai-2010.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5752254582634115856/posts/default/6445977132578555304'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5752254582634115856/posts/default/6445977132578555304'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lineyl.blogspot.com/2010/06/rom-sacre-graal-mai-2010.html' title='ROM - Sacré Graal (mai 2010)'/><author><name>Lineyl</name><uri>http://www.blogger.com/profile/08702051490416808257</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='24' height='32' src='http://4.bp.blogspot.com/_bRhjJ6DG46M/SYtsm_bPGFI/AAAAAAAADPQ/wnVyeVb8bPY/S220/DSCF5997.JPG'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5752254582634115856.post-1804422681288606616</id><published>2010-03-11T15:23:00.003+01:00</published><updated>2010-03-11T15:28:07.754+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Rumeurs d&apos;outre-monde'/><title type='text'>ROM - La science des rêves (mars 2010)</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: center; color: rgb(255, 102, 0);"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Quelque chose mange la nuit&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; color: rgb(255, 102, 0);"&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Je mange la nuit, à petits pas, j'y découpe des ombres sous l'ivoire de mes dents. Je mange la nuit et ses abîmes, et goûte son noir. Quand l'aube s'ébroue dans deux auréoles claires, je me retire. Tout est lisse et entier à la surface.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Journal de bord&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;1er jour&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Aujourd'hui, la vue d'un petit globe blond jaillissant des ténèbres m'a redonné vie. Derrière les baies de l'astronef, Umar, terre vierge, m'a tendu les bras, nue dans sa poussière d'or, immaculée. Monde de déserts, vaste langue de sable qui irrite, de son atmosphère rouge, le bleu d'encre de l'espace : c'est le lieu que l'Ordre a élu pour abriter sa renaissance. Mes frères et moi avons mis fin à notre exil.&lt;br /&gt;Ce soir, je m'endors, plein d'espoir et de gratitude, déjà, pour cette terre. Il me semble qu'elle résonne de nos souffles pieux, et respire avec nous des rêves d'avenir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;7e jour&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les travaux d'aménagement de la vallée avancent rapidement. Du lever au coucher des deux soleils, les scaphandres, par dizaines, s'agitent sous le trouble éclat du jour. Je prend part à l'exploration du territoire proche ; d'autres construisent des habitations provisoires, ou ébauchent des routes. Le manque de matériaux nous oblige à dépecer la carcasse déjà rouillée du vaisseau. C'est que jamais nous n'aurions imaginé atterrir sur un monde si &lt;span style="font-style: italic;"&gt;nu&lt;/span&gt;. Rien, il n'y a rien. Où que le regard se porte, ce ne sont qu'étincelantes perspectives, gigantesques aplats d'ocre doré, sans relief ou presque. Les griffures du vent ne sauraient perturber le doux visage d'Umar : il y a, dans ces quelques dunes qui font jaillir des nez et des pommettes d'une peau friable, des secondes d'éternité. J'ai le sentiment d'arpenter l'intemporel.&lt;br /&gt;Ici, rien ne s'oppose à notre projet. Bâtir une civilisation conforme à notre foi et nos préceptes. Jouer aux apprentis dieux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;12e jour&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La nuit est dorée, sur Umar. Du sol sourd une ocre opalescence. Une lueur irisée, comme papillonnante, tombe du ciel endormi. C'est à croire que quelqu'un, là-haut, saupoudre des sorts sur nos sommeils. Le jour, cette planète affiche l'indifférence ; la nuit, elle est envoûtée.&lt;br /&gt;Je sors marcher sous cette pluie de rouille. Les articulations de mon scaphandre grincent, enrouées de sable. J'entends, derrière les cloisons de métal, les songes troublés de mes frères. Certains pleurent ou gémissent. Les nuits d'Umar, trop longues, trop présentes, malgré leurs chatoiements étranges, imprègnent nos esprits d'une inquiète langueur. J'ai le cœur pénétré de noir.&lt;br /&gt;C'est pourquoi je marche, le front bordé d'ombre. Je toise l'horizon froid et pâle, tout au bout de la nuit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;13e jour&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Après m'être rendormi, j'ai été assailli de rêves éprouvants. Je ne me souviens qu'avec confusion d'éclats de feu et de détonations bruyantes. Une incroyable souffrance, descendue du ciel, m'a traversé avant de mourir sur la terre, de meurtrir notre terre. Ces images de mort m'escortent depuis le réveil. J'ai la nausée.&lt;br /&gt;Les regards que je croise, au campement, ajoutent à mon inquiétude. Ils sont fuyants, nerveux. Les cauchemars ont peine à s'effacer, même dans cette lumière crue. Ils trainent sous les orbites creusées en cernes sombres. Tous, nous sentons que le sourire d'Umar s'est refroidi. Son désert sans vie nous oppresse. Il pulse douloureusement en nous.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;15e jour&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette nuit, le silence d'Umar s'est empli de cris de douleur. Comme mes frères, je me suis noyé dans des songes sanglants. J'ai le sentiment de vivre la destruction d'un peuple dont j'ignore tout, mais qui ne cesse de mourir en moi. Mes rêves sont hantés.&lt;br /&gt;Noir brillant, odeur de poudre et d'excréments. Des blocs de marbre translucides tombent des édifices, éclatent et brûlent dans des tourbillons ocres – Umar en ébullition. La fumée ronge le décor qui s'effrite sous mes doigts. Avec d'autres soldats, je me faufile parmi les ruines de la cité. D'en haut, à intervalles réguliers, tombe une mitraille verte qui troue les corps, les bâtiments, et le désert domestiqué autour. Des signaux, sur ma visière, m'avertissent que l'ennemi s'apprête à tirer une nouvelle salve. Je me jette à terre.&lt;br /&gt;Le sable est gris et collant, mêlé à la sueur de mon peuple. Notre terre n'est plus qu'un tapis de cendre taché de sang. Je me relève plein de hargne, hurlant des injures, brisé par la douleur. L'explosion a rendu mon bras inerte, mon arme s'accroche au bout. Je vomis. Tremblements de terre, tourbillons de haine. Je suis seul, la patrouille s'est repliée. Dans le déferlement de l'Apocalypse, seul, je me dresse face au ciel d'où viennent les voleurs de planètes. Ils nous extermineront pour avoir Umar, et nous les mènerons au tombeau. Un même linceul pour deux ennemis : la peau granuleuse du désert.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Soir&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un de nos frères est mort. Torturé par le cauchemar, il a pleuré des larmes de sang ; les veines ont sailli de ses bras et tordu ses membres. Une autre forme, un autre être a voulu émerger de son corps souffrant. J'ai reconnu une silhouette entraperçue une nuit, au détour de portiques éventrés, sous des iridescences vertes, une créature que j'ai tenue au bout de mon canon, dont j'ai entendu les suppliques terrifiées, avant d'abattre un corps de plus le long des haies de cadavres.&lt;br /&gt;Le crépuscule hérisse le désert, en détache des crêtes couleur miel. Je marche, hagard, les joues creusées, les yeux brûlants. Ma tête éclate. Mes frères hébétés piétinent frénétiquement alentour. Notre ballet morbide veut fixer les deux bouches de lumière au-dessus de la plaine nue. Retarder l'obscurité. Ne pas dormir.&lt;br /&gt;Au lieu du noir, c'est le vert qui se lève au loin et exhale son souffle. Une poudre émeraude, suffocante, tombe en pluie. Pris de panique, je lève ma mitraillette. Un tir, un seul, troue l'équilibre du soir. Un instant, l'irréel se fraie un chemin jusqu'à nous. Le rêve nous serre la nuque. Puis tout disparaît. Umar s'allonge, indifférente, dans son berceau gris.&lt;br /&gt;Quelque chose mange la nuit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Jour&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je suis parcouru de tics et de tremblements. La peur me défigure, il dévore la conscience que j'ai de cette planète rousse et duveteuse. Ma vision trouble abrite tantôt des scènes de massacre, tantôt la courbe imperturbable  de l'horizon.&lt;br /&gt;Je ne sais ce qui s'est passé sur cette terre avant notre arrivée, quels furent les péchés de ces êtres pour qu'ils soient punis de la sorte. Maintenant, c'est notre tour de rejouer la pièce. Umar délire, nous sommes pris dans sa mémoire fracassée, dans ses déchirements de planète morte. Je crois que ce monde rêve, que moi-même je ne suis plus qu'un de ses fantasmes. Je vis un cauchemar qui n'est pas le mien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Chaleur – soleils, feu. Silence, rafales. Miroitement du sable, éclairs des combinaisons. Calme et destruction, j'avance. Au travers des déserts éternels, je progresse. Nouvelle victime. Monde bâti de cadavres. Solitude infinie, tout résonne.&lt;br /&gt;Je vois des hommes que j'ai un temps connus arpenter les hauteurs du sable. Comme moi agiter leur bras frêles et leurs armes. Je vois une armée aux bombes asphyxiantes, et une civilisation qu'on dépèce.&lt;br /&gt;Grimace entre deux sursauts de cauchemar.&lt;br /&gt;Avance. Tire.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5752254582634115856-1804422681288606616?l=lineyl.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lineyl.blogspot.com/feeds/1804422681288606616/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://lineyl.blogspot.com/2010/03/rom-la-science-des-reves-mars-2010.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5752254582634115856/posts/default/1804422681288606616'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5752254582634115856/posts/default/1804422681288606616'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lineyl.blogspot.com/2010/03/rom-la-science-des-reves-mars-2010.html' title='ROM - La science des rêves (mars 2010)'/><author><name>Lineyl</name><uri>http://www.blogger.com/profile/08702051490416808257</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='24' height='32' src='http://4.bp.blogspot.com/_bRhjJ6DG46M/SYtsm_bPGFI/AAAAAAAADPQ/wnVyeVb8bPY/S220/DSCF5997.JPG'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5752254582634115856.post-7777529407564551630</id><published>2010-03-01T16:24:00.002+01:00</published><updated>2010-03-01T16:29:04.863+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Rumeurs d&apos;outre-monde'/><title type='text'>ROM - Paint It Black (janv. 2010)</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify; color: rgb(0, 0, 153);"&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Nevedius&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Sur le monde inconnu d'Anathor était une mystérieuse cité. Peu d'hommes y pénétrèrent jamais, mais ceux qui foulèrent cette terre légendaire ne le firent qu'en rêve ; car les plus secrètes féeries n'ont nul besoin de châteaux et de dragons pour se dérober à nos curiosités. Elles habitent la face cachée de nos nuits, logées au creux de nos songes et nourries de nos sommeils troublés.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nevedius était la première cité de la Ligue, plus riche qu'Azur, ville portuaire toute de bleue vêtue et peuplée de sirènes, plus puissante que Nuée, métropole des airs au corset d'argent baigné de nuages, et plus célèbre qu'Auror coiffée d'or, mère des artistes et des poètes. Et rien, pas même les souterrains de la ténébreuse Gouffre, hantés de sortilèges avortés, ne suscitait plus de crainte et de fascination que ce lieu. Joyau architectural d'Anathor, création délirante d'un architecte de génie qui, de la palette du peintre, avait fait une ville, Nevedius était toute de couleurs. On la surnommait l'Arc-en-Ciel.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Qui se mettait en route vers ce lieu fantastique n'apercevait d'abord, sur la courbe douce de l'horizon, qu'un tourbillon d'éclats et de formes. Pris de vertige, il voyait les perspectives bousculées par cette présence trouble, ce brouhaha que seul saisissait le regard. Chimère urbaine, Nevedius absorbait toute lueur et avalait les couleurs du monde.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À l'intérieur, cependant, le malaise né de cette profusion s'estompait. Des mosaïques de couleurs esquissaient à l'infini le lent dégradé de l'arc-en-ciel. Les teintes, conjuguées, contrastées, mélangées, semblaient se déhancher gracieusement sur la rondeur des pierres. À chaque édifice, l'extase visuelle était renouvelée. Les rues se remplissaient de promeneurs qui rêvaient la tête en l'air. Là, on longeait un quartier résidentiel aux villas jaune citron, soutenues par des terrasses safran, on passait près de jardins aux reflets roux, d'allées de marbre pâle et de statues d'ivoire. Plus loin, des ruelles d'un rose vif menaient vers de petites échoppes en torchis vert, fleurant bon la pistache. Sur les façades, des poutres d'un noir brillant soulignaient la silhouette des bicoques vendant jouets et friandises. À quelques pas, la Tour Coquelicot dressait sa grande masse de pierre rouge, bordeaux, et prune ; d'en haut, le quartier marchand paraissait serpenter comme une onde fraîche, passant du vert d'eau au turquoise, puis à l'indigo. Le flâneur aux hasardeuses déambulations découvrait encore le Palais Royal, tapissé d'or et de vermeil, ses toits d'argent et ses bassins de cristal, et la Cathédrale d'onyx, ses gothiques tourelles rehaussées de gargouilles métalliques et ses frontons d'améthyste. Le quartier du jeu et de la luxure célébrait, lui, la couleur bleue : dans de larges atriums, nimbés de la fumée bleue du tabac, des femmes à la peau luisante vous donnaient des baisers d'azur. Mais c'est à la périphérie que Nevedius cachait ses pauvres, dans une fange boueuse d'où la couleur, à force de douleurs et de privations, avait presque fui.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les légendes sur l'origine de Nevedius étaient légion. La plus célèbre d'entre elles attribuait cette grandiose création à l'exaspération de dieux qu'on avait délaissés. Anathor s'était gavée de pouvoir et, parvenue au faîte de sa prospérité, s'était benoîtement assise sur ses richesses et ses certitudes ; son peuple avait brisé ses idoles en ricanant, renié ses croyances, fermé ses temples et ouvert des lupanars. Et il y en eut, quelque part dans l'Ailleurs, que cette désinvolture irrita. Ils rappelèrent aux hommes leur toute-puissance et, en une nuit, changèrent la face du monde. Là où n'était rien fut Nevedius. La fabuleuse cité trôna désormais au cœur de la Contrée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce prodige ramena les hommes à leur ancienne foi, et, quelque temps, la leçon fut retenue. Des pèlerins vinrent des quatre continents d'Anathor déposer des offrandes sur les jeunes autels de l'Arc-en-Ciel. Soutenue par un peuple à la ferveur renouvelée, entièrement dévouée au culte des couleurs par lesquelles le ciel avait béni les hommes, Nevedius prospéra.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais les siècles passèrent sur la terre du miracle. Les jeunes générations chassèrent les vieilles, et leur cœur ne vibra plus au chatoyant contact de cette demeure qui les accueillait avec la bienveillance d'une mère. L'émerveillement s'usa, tout comme la foi et l'amour. Mécènes et artistes cherchèrent à embellir ce lieu qu'autrefois on disait parfait. Un alchimiste, entre autres, poussa l'hérésie plus loin : il prétendit avoir découvert la couleur divine dont l'homme, jusqu'ici, avait été privé. Et pour prouver ses dires, il brandit face à la foule assemblée pour l'écouter une pierre à l'éclat si aveuglant que tous, un instant, crurent avoir perdu la vue. Mais le rayonnement s'affaiblit et le silence se fit sur Nevedius. D'un seul geste, les hommes se prosternèrent devant leur nouvelle idole.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Que l'alchimiste eût véritablement découvert, à force de machinations et de magie noire, une couleur jusque-là hors d'atteinte du génie créateur de l'homme, ou qu'il eût manipulé les habitants de Nevedius, nul ne le sait avec certitude. Mais l'enthousiasme que sa provocante démonstration fit naître ne connut bientôt plus de bornes. Les mauvais peintres s'acharnèrent, par des mélanges de teintes douteux, à tenter de pâles copies de cette couleur qu'on n'osait pas nommer. Rapidement, tous les bâtiments s'en vêtirent, au moins partiellement ; mais bien souvent, il ne s'agissait que d'ersatz aux pigments de mauvaise qualité, qui vieillissaient mal et corrompaient l'agencement originel des couleurs de Nevedius. Le résultat fut une cacophonie horrible à contempler. La cité-mère aux attributs célestes fut mutilée par le geste orgueilleux de ses fils, qui se voulurent les égaux des dieux. Elle n'arbora plus qu'un hideux travestissement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ils furent peu nombreux à craindre les représailles du ciel. Pourtant, un soir, un violent orage secoua la ville. Le même cauchemar visita tous les dormeurs : Nevedius s'affaissait sous le poids de cette couleur qu'ils avaient honorée et devenait débris. Saisis d'effroi, tous se précipitèrent aux fenêtres et passèrent le reste de la nuit à redouter la colère des dieux. Mais au lever du jour, rien ne semblait avoir changé. Alors ce ne fut qu'un long éclat de rire qui hérissa la ville entière et se répercuta de foyer en foyer ; le peuple, ricanant, jouissait d'un soulagement inespéré. Ce fut la dernière fois qu'il eut matière à rire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le lendemain, certains remarquèrent que la rose des vents du dôme du Palais avait perdu sa belle couleur dorée. Ne restait qu'une armature de ferraille légèrement rouillée. Malgré tous les efforts qu'on fit pour couvrir à nouveau de feuilles d'or l'emblème du pouvoir, ce dernier demeura noir et triste au sommet de la ville.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce fut le commencement d'un lent effritement. Une morne pesanteur s'abattit sur Nevedius ; on n'entendit plus de rires dans les cours des écoles, plus de rumeurs au coin des cafés, plus de cantiques dans le chœur des églises. Les rues, devenues vides, se drapèrent d'ombre. Une vague de poussière submergea la ville. Les teintes se ternirent, certaines même furent reléguées au royaume des souvenirs et ne laissèrent sur les murs que des traces de peinture écaillée. Les clochers se noircirent, comme si le don que les hommes n'avaient su recevoir fuyait d'abord des hauteurs de la ville pour rejoindre le ciel. La marée grise descendit le long des colonnes, quitta les toits pour recouvrir fenêtres et balcons. Ce fut un souffle asphyxiant, un frisson sur la colonne du monde. Les canaux à l'onde autrefois miroitante arborèrent une couleur de poix dans laquelle rien ne se reflétait plus, et arrachèrent aux lieux qu'ils traversaient les restes de leurs parures d'antan. Au spectacle de leur cité vieillie et dénaturée, les habitants de Nevedius se rappelèrent un ancien rêve. Ils se penchèrent sur leurs miroirs et y virent leurs peaux se dessécher, leurs yeux se voiler et leurs lèvres devenir grises.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il fallut du temps pour que Nevedius quittât définitivement sa robe de joie et de lumière. Mais il arriva un jour où les porches eux-mêmes baignèrent dans l'obscurité. De loin, nul n'aurait su voir la cité promise et son vertige lumineux ; il n'y avait plus à l'horizon qu'une masse informe et sombre, une verrue agrippée aux plaines de la Contrée. Dans la ville déchue, les hommes erraient tels des spectres, décharnés, inconscients, maudits. La pourriture rongeait leurs maisons et leurs rêves. Tout empestait la longue souffrance de l'agonie. Le noir, partout, scandait cette marche funèbre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un matin sans soleil, car le soleil ne se levait plus pour Nevedius, la bruine s'abattit sur la ville. Les gouttes sales balayèrent sa carcasse, se frottèrent aux lambeaux de sa splendeur passée. Les silhouettes et les formes s'engourdirent sous ces caresses et se firent floues. Translucide, la cité, à genoux, trembla sous ce dernier assaut. Diluée par la pluie qui ne cessait pas, elle s'effaça du monde telle une buée sur un miroir humide. Et il n'y eut plus jamais, sur le monde inconnu d'Anathor, de ville du nom de Nevedius.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5752254582634115856-7777529407564551630?l=lineyl.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lineyl.blogspot.com/feeds/7777529407564551630/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://lineyl.blogspot.com/2010/03/rom-paint-it-black-janv-2010.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5752254582634115856/posts/default/7777529407564551630'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5752254582634115856/posts/default/7777529407564551630'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lineyl.blogspot.com/2010/03/rom-paint-it-black-janv-2010.html' title='ROM - Paint It Black (janv. 2010)'/><author><name>Lineyl</name><uri>http://www.blogger.com/profile/08702051490416808257</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='24' height='32' src='http://4.bp.blogspot.com/_bRhjJ6DG46M/SYtsm_bPGFI/AAAAAAAADPQ/wnVyeVb8bPY/S220/DSCF5997.JPG'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5752254582634115856.post-2677649329027929685</id><published>2010-03-01T16:12:00.007+01:00</published><updated>2010-03-01T16:23:22.122+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Rumeurs d&apos;outre-monde'/><title type='text'>ROM - Metamorphosis (nov. 2009)</title><content type='html'>&lt;div  style="text-align: justify; color: rgb(0, 0, 0);font-family:arial;"&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Edward, au sommet du monde&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Edward avait trente-cinq ans, les cheveux gris, la peau blanche, et une vingtaine de dossiers à traiter dans l'après-midi. Le bureau sur lequel reposaient les piles de factures portait pour tout ornement une demi-douzaine de traces brunes faites à la va-vite par un buveur de café pressé. À certains endroit le liquide avait bavé, déformant les cercles en ellipses hasardeuses qu'une mouche s'entêtait à parcourir depuis une heure. Son bourdonnement aléatoire, reprenant toujours lorsqu'Edward avait enfin fini par oublier l'insecte, se heurtait à la machinerie complexe du plan de travail – ordinateur vieux jeu, planches à hologrammes, câbles et voyants – pour produire un crissement strident qui vous rongeait l'âme. Edward soupira.&lt;br /&gt;Sa main s'abattit ; le plastique beige résonna mollement ; la mouche s'en fut visiter les vitres jaunes, jamais baissées, qui donnaient sur l'autoroute en contrebas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La minutie du fourmillement humain qu'accueillaient les locaux était fascinante. Une profusion de gestes simples, répétés à l'envi – main cherche trombone, soulève combiné ; stylo cherche post-it ; œil cherche dossier – quadrillait le lieu qu'Edward, depuis cinq ans, considérait comme son habitat naturel. Une faune de costumes gris perle, froissés au dos des vestes et serrés au ventre, de tailleurs courts portés par des jambes liposucées, déambulait nonchalamment, inconsciente d'elle-même. La flore des meubles agglomérés, parasités par des massifs de chiffres, de papiers et de cartons, paraissait survivre seule, nourrissant les vivants des morts, accouplant des machines pour en créer d'autres, évoluant sur le vaste échiquier informatique que finissait par devenir l'étage.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La main crispée sur un stylo qu'il avait de plus en plus de difficulté à tenir – son corps lui faisait mal, à se raidir comme ça –, Edward sentait tout cela se mouvoir autour de lui, en lui, sans qu'il eût besoin de bouger, de hasarder un œil dans le couloir ou d'interpeller quelqu'un pour savoir ce qui se passait. Il était comme un organe parmi d'autres, concourant au bon fonctionnement du corps, dans le but d'avancer toujours plus vite, plus loin, vers où ? Ce n'était pas important. Les mousses ne tiennent pas le gouvernail.&lt;br /&gt;D'ailleurs la mer, crasseuse, alourdie d'écume noire, frémissait en contrebas sous les voies aériennes : pas plus d'agitation de ce côté-là qu'à l'intérieur de l'immeuble. Edward se coulait dans cette volupté routinière, étrangère aux à-coups, ignorant les imprévus. Ses dossiers, l'un après l'autre, rejoindraient l'entassement des affaires classées. On les verrait dégouliner sur le lino en feuilles éparses avant que quelqu'un d'autre, sans visage, sans nom, ne les déplace à nouveau, ailleurs, peu importe.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La lumière fuyait vers le coin de jour encore allumé sur l'horizon, balafré de rouge. Les bureaux continuaient de vibrer sous des pas identiques, s'emplissaient des dernières sonneries de la journée. Edward, étourdi par la douleur qui l'élançait à la main, ne percevait plus que les sons saccadés et métalliques par lesquels communiquaient tout à la fois les employés, les machines et le reste du monde. Un grand fourre-tout hybride, mi-virtuel mi-réel, au bord duquel on s'accrochait pour ne pas tomber.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Faisant quelques pas pour dissiper le mal qui lui tordait les doigts – ils étaient rigides, sombres et rigides dans la demi-obscurité du soir, et ne se pliaient plus qu'en grinçant – Edward faillit s'affaisser. Ses jambes étaient si faibles qu'elles peinaient à le supporter. Il leur jeta un coup d'œil, et la nuit qui tombait l'empêcha de voir autre chose que des membres malingres auquel collait le pantalon, et sur lesquels des muscles durcis ne pouvaient presque plus bouger.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'était son corps entier qui se figeait avec le repli du soleil. Tétanisé, Edward posa son front contre la fenêtre pour plonger ses regards dans l'océan urbain qui baignait les immeubles. Le contact froid du verre ne le fit pas sursauter, car lui-même s'était vidé de toute chaleur. Ses pieds, son dos et la peau de ses joues se rigidifiaient, formant une surface polie et miroitante. Il ne parvint pas à sourire en apercevant dehors, au détour d'une fuite nuageuse, le parc pour enfants où l'avait parfois emmené sa mère. Sa bouche pendait en une moue absente, les lèvres à peine entrouvertes chassaient de minuscules bouffées de buée contre la vitre. Aucun mot n'aurait pu sortir.&lt;br /&gt;Il tenta de se masser les phalanges pour dissiper l'engourdissement de ses mains, mais seuls d'aigus crissements naquirent de ce geste. De l'extérieur, les phares des engins et les projecteurs faisaient naître dans la pièce des rubans blanchâtres, mélange d'échos lumineux nés du crépuscule et d'une brume légère, montée des abîmes où se vautrait la mer pour envahir les habitats humains.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il fait maintenant un froid glacial.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Edward s'habitue à la douleur. Il lui semble vivre un rêve qu'il aurait fait des centaines de fois : s'y trouvent des déclins de fin du monde et des visions de métamorphoses s'égrenant sous une clarté métallique, où des membres sans hôte se meuvent lentement, le long de tracés éternels.&lt;br /&gt;Il se détache de la vitre, quitte le panorama noirci pour rejoindre sa place. Les bureaux vibrent d'une lumière pâlotte, projetée par des globes évanescents qui flottent dans les allées. Le travail continue, bordé d'obscurité. Il n'y a pas d'ailleurs.&lt;br /&gt;Des formes élancées, habillées d'argent, évoluent dans les couloirs, pianotent devant les écrans, font des photocopies. La répétition suit son cours irrémédiable. Les pinces cliquètent. Les voix ne sont que grésillements.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Zoom arrière.&lt;br /&gt;Edward est une carcasse courbée comme les autres. Ses doigts, de longues tiges grises, s'attèlent à la tâche, rectifient les rapports, corrigent les chiffres. Mais il n'y a plus rien derrière le front lisse, derrière la camisole de métal qui lui emprisonne l'âme.&lt;br /&gt;Rien, sauf peut-être un reste de souvenir, qui dessine au coin d'un œil sans paupière une larme qui ne coule pas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5752254582634115856-2677649329027929685?l=lineyl.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lineyl.blogspot.com/feeds/2677649329027929685/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://lineyl.blogspot.com/2010/03/edward-avait-trente-cinq-ans-les.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5752254582634115856/posts/default/2677649329027929685'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5752254582634115856/posts/default/2677649329027929685'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lineyl.blogspot.com/2010/03/edward-avait-trente-cinq-ans-les.html' title='ROM - Metamorphosis (nov. 2009)'/><author><name>Lineyl</name><uri>http://www.blogger.com/profile/08702051490416808257</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='24' height='32' src='http://4.bp.blogspot.com/_bRhjJ6DG46M/SYtsm_bPGFI/AAAAAAAADPQ/wnVyeVb8bPY/S220/DSCF5997.JPG'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5752254582634115856.post-462402298966095173</id><published>2010-03-01T16:00:00.001+01:00</published><updated>2010-03-01T21:21:07.372+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Rumeurs d&apos;outre-monde'/><title type='text'>ROM - Conte à rebours (oct. 2009)</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify; color: rgb(0, 51, 0);"&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;&lt;span class="blsp-spelling-corrected" id="SPELLING_ERROR_0"&gt;Écran&lt;/span&gt; noir. Partie&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;&lt;br /&gt;Je recommencerai. Je t’aurai, saloperie ! J’ai toutes les vies devant moi…&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Écran noir. Fin de partie.&lt;br /&gt;Le fourmillement de la mort achève de me dévorer les circuits. Merde, encore foiré. Ma marche funèbre se déroule au rythme des insultes que j’adresse, pathétiquement, au promontoire au-dessus de moi. Les radiations qui s’en échappent m’arrachent la peau, je ne suis plus &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_1"&gt;qu&lt;/span&gt;’un mort en sursis et pourtant je trouve encore la force de penser : quelques mètres de plus et j’aurais atterri là-haut. J’aurais gagné. Fini la chasse à l’homme, l’odeur de la sueur sur la peau brûlée et la peur qui vous bouffe le ventre.&lt;br /&gt;Malheureusement, il y a quelques secondes, je me suis vautré dans le Canyon. Mon corps s’est encastré dans le revêtement de la voie &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_2"&gt;NBX&lt;/span&gt;-24 – j’ai senti contre moi des membres qui m’appartenaient et avaient fait bande à part, et des membres qui ne m’appartenaient pas et s’étaient pris d’affection pour moi. Mon sang giclait joyeusement, baignant ma musculature, désormais défectueuse, de cristaux liquides et artificiels. D’immenses tours de verre s’élevaient de l’autre côté du Canyon, face au promontoire. Le précipice où j’étais tombé se gorgeait de la puanteur presque palpable de la chair en décomposition. Mon lit de mort était en vérité un charnier de belle taille, mêlant le béton défoncé aux cadavres de forme humanoïde, aux carcasses métalliques et aux composants électroniques d’une autre époque. Tout ce qui, comme moi, avait loupé son baptême de l’air. Sous le soleil vert de &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_3"&gt;Tuntur&lt;/span&gt; mijotait cette vallée macabre.&lt;br /&gt;La confusion me serre le crâne, dont la partie droite a d’ailleurs abandonné la gauche pour une vie longue et heureuse dans les décombres poussiéreuses de mon atterrissage raté. Entre deux souffles rauques se glissent des bribes de mémoire. Mon histoire me revient en pointillés…&lt;br /&gt;L’air collant de &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_4"&gt;Tuntur&lt;/span&gt;, la chaleur empoissant mes membres au moment où je m’élance dans le vide. Ma trajectoire est presque parfaite. Presque. La &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_5"&gt;plateforme&lt;/span&gt; du Centre Orbital, d’où j’ai sauté, résonne derrière moi des éclats du verre &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_6"&gt;qu&lt;/span&gt;’on éclate à coup de crosse &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_7"&gt;électro&lt;/span&gt;. Ces &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_8"&gt;enculés&lt;/span&gt; de &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_9"&gt;Röstr&lt;/span&gt; essayent encore d’avoir ma peau.&lt;br /&gt;Ils ont des raisons de m’en vouloir. Ils se sont bercés de douces illusions – me descendre avec élégance, un tir de laser dans la gueule, une fléchette &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_10"&gt;biotech&lt;/span&gt; dans la trachée. Mais je n’ai pas respecté les règles. La &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_11"&gt;course-poursuite&lt;/span&gt; est devenu mon sport favori. Bien obligé. Les &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_12"&gt;Röstriens&lt;/span&gt; m’ont traqué deux heures dans l’ancienne usine d’hélium, en contrebas du Centre. Mes sens bourdonnent encore des échos de la destruction… L’embrasement du hall principal, la grande flamme bleue venue percuter la verrière, et les gouttes de verre liquide trouant les combinaisons. Avant ça, les couloirs spongieux, pleins d’une odeur fétide et le son atténué des sabres à &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_13"&gt;infraondes&lt;/span&gt;, dégainés dans l’obscurité. Le sifflement sordide des poumons artificiels qui rendent l’âme. Les vagissements des &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_14"&gt;Boursoufflés&lt;/span&gt;, hideux esclaves des &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_15"&gt;Röstriens&lt;/span&gt;, qui agonisent, les entrailles dans la pince. Le souterrain par lequel j’ai atteint l’usine s’effondre, il éventre l’esplanade synthétique autour. Les deux pans de matière bleue plastique se soulèvent, gondolés comme les bords d’une plaie &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_16"&gt;qu&lt;/span&gt;’on aurait oubliée de refermer.&lt;br /&gt;Mais d’abord… D’abord la fuite. Je déboule sur le monde de &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_17"&gt;Tuntur&lt;/span&gt; par une porte &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_18"&gt;nukh&lt;/span&gt; de ma planète natale. On me suit. Sans ce passage dimensionnel inespéré, j’aurais rendu l’âme – et les armes – dans les plaines d’&lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_19"&gt;Efrel&lt;/span&gt;, au cœur du maquis. Là, les broussailles ondulent, elles ne sont plus que flammes. Les &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_20"&gt;Röstriens&lt;/span&gt; appellent des renforts. Je vois leurs escadrons de combat, cette boue noire et brillante, approcher de ma joue blessée comme le doigt de la mort. Le bruit des détonations me rend sourd. La colère et la terreur bouillonnent en moi, ce sont deux geysers de feu blanc qui lacèrent le paysage.&lt;br /&gt;Je ne me souviens pas avoir connu un jour de paix.&lt;br /&gt;Le début de mon combat n’existe plus. Mes souvenirs se perdent dans le gargouillis d’une agonie pas franchement sympathique. Mais il reste encore le jour de mes dix-neuf ans, le passage en revue des armes dans le manoir familial, sur &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_21"&gt;Efrel&lt;/span&gt;… Un tir ennemi que j’évite de justesse, pour avoir le privilège de continuer à fuir pendant les dix années suivantes.&lt;br /&gt;Il paraît que je suis un héros, un élu, ou quelque chose comme ça. &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_22"&gt;Quelqu&lt;/span&gt;’un censé sauver le monde. Et bien ce &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_23"&gt;quelqu&lt;/span&gt;’un est en train de crever. Peu importe, on murmure que je reviens toujours.&lt;br /&gt;Pour l’instant, sous mes paupières sanglantes, rien &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_24"&gt;qu&lt;/span&gt;’une frénésie d’images, celles d’avant ma cavale, d’avant &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_25"&gt;Tuntur&lt;/span&gt; et le Canyon. Douceur des caresses maternelles, chaleur de l’&lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_26"&gt;Œuf&lt;/span&gt; originel… Flottement dans lequel se love un organisme en formation. &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_27"&gt;Œil&lt;/span&gt; vigilant du Maître, qui choisit nos destins.&lt;br /&gt;Et avant ?&lt;br /&gt;Écran noir, début de partie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Bienvenue sur &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_28"&gt;ElsewhereGame&lt;/span&gt;. Chargement en cours…&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;— Ouais, j’arrive M’man ! Juste une dernière. Faut vraiment que j’réussisse à passer ce putain de Canyon !&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5752254582634115856-462402298966095173?l=lineyl.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lineyl.blogspot.com/feeds/462402298966095173/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://lineyl.blogspot.com/2010/03/rom-conte-rebours-oct-2009.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5752254582634115856/posts/default/462402298966095173'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5752254582634115856/posts/default/462402298966095173'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lineyl.blogspot.com/2010/03/rom-conte-rebours-oct-2009.html' title='ROM - Conte à rebours (oct. 2009)'/><author><name>Lineyl</name><uri>http://www.blogger.com/profile/08702051490416808257</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='24' height='32' src='http://4.bp.blogspot.com/_bRhjJ6DG46M/SYtsm_bPGFI/AAAAAAAADPQ/wnVyeVb8bPY/S220/DSCF5997.JPG'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5752254582634115856.post-2844670377366261396</id><published>2009-04-25T12:39:00.000+02:00</published><updated>2009-04-25T12:40:21.621+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Vie et fantaisies de Thomas Lermand'/><title type='text'>Thomas Lermand, 6. "Un grand barbu et une jolie rouquine. L'ogre et le petit chaperon rouge, qui sait..."</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;&lt;span style="color:#330099;"&gt;&lt;em&gt;Résumé des épisodes précédents :&lt;br /&gt;Nous sommes toujours en Italie, près du village de Santa Cristina où s’est rendu Thomas. Notre héros, à la poursuite de ses fantômes, est revenu sur les lieux de l’assassinat de Karl, un camarade d’enfance. Il a retrouvé Bambi, son amie de toujours, et a fait la connaissance de sa compagne, Laora.&lt;br /&gt;Et c’est Bambi que nous suivons désormais, au cœur d’une nature sauvage et oppressante.&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’autoradio refuse de s’allumer, sans doute par égard pour les grillons. Ces petits monstres invisibles fredonnent avec ardeur leur inlassable refrain, se réjouissant de la belle acoustique, tissée de chaleur et de sécheresse, que leur procure le ciel bombé. Le crissement des pneus dans la poussière ponctue de notes criardes le chant des insectes ; de brusques arabesques de couleur, jaunes et blanches, jaillissent devant le pare-brise.&lt;br /&gt;Alertée par un éclair métallique zébrant les bosquets, Bambi écrase brutalement la pédale de frein. Un 4x4 Mercedes, roulant toutes vitres ouvertes et la musique à fond, surgit de la droite. Dans un vrombissement rageur, il pile à quelques centimètres du capot de la Fiat rouge. Un chapelet d’injures fuse de derrière le tableau de bord et quelques coups de klaxons applaudissent aux dizaines d’obscénités que l’individu à barbe noire parvient à articuler en quelques secondes avant que…&lt;br /&gt;— Putain Bambi, c’est toi ?! Nom d’un p’tit lutin mafieux ! Fais gaffe un peu ma belle, les ongles manucurés et les volants, ça fait pas bon ménage ! Pour un peu j’réduisais ton pot d’yaourt en un tas d’plastique directement prêt pour l’recyclage. Ça m’aurait franchement fait chier d’abîmer ta jolie frimousse. C’est pas comme si les gens ignoraient que, bon, d’accord, j’roule comme un sportif ! Ou un danger public, à toi d’voir…&lt;br /&gt;Un rire tonitruant conclut cette déclaration enfiévrée et Bambi, se dégageant enfin de la masse de mots dont elle vient d’être submergée, et de sa ceinture de sécurité qui joue les rebelles, descend de voiture pour faire face à son interlocuteur.&lt;br /&gt;Il pourrait sortir tout droit d’Harry Potter, façon Hagrid, mais en un peu plus jovial. Et en un peu moins grand, certes, même si là, au milieu de la piste, campé sur ses deux jambes massives, accoudé négligemment à la portière de son bolide tout aussi massif, il faut bien avouer que Marco prend toute la place. C’est bizarre comme toute la scène semble changer de perspective sous les yeux rieurs de Bambi ; l’Italie apathique, au dos boursoufflé par les reliefs des Monts Lattari, sort soudain de sa torpeur pour darder d’incrédules regards sur la silhouette du mastodonte humain venu, insolemment, occuper le devant de la scène. Non mais pour qui se prend cet individu bruyant et vulgaire ? Y’en a qui dorment, là !&lt;br /&gt;Les grillons n’émettent plus que des chuchotements interrogatifs. Sur ce bruit de fond parasite finit par se détacher, rauque mais léger, le rire de Bambi.&lt;br /&gt;— Marco… prononce-t-elle enfin, avec un sourire mi-fâché mi-amusé. Incorrigible…&lt;br /&gt;— Et fier de l’être, mam’zelle !&lt;br /&gt;— Dis-donc, on ne devait pas se retrouver là-haut ? demande-t-elle en pointant le doigt vers les crêtes poussiéreuses pailletées de conifères. Et d’ailleurs, ajoute-t-elle d’un ton taquin, tu n’as pas l’impression d’être un peu en retard ? Tu devais aller repérer les lieux avant que j’arrive !&lt;br /&gt;Elle brandit sa montre accusatrice sous le nez du barbu qui continue à s’esclaffer.&lt;br /&gt;— T’inquiète, ma douce. J’connais un raccourci.&lt;br /&gt;Bambi secoue la tête, mimant un air affligé. La malice pétille dans ses iris démesurément agrandis par la forte luminosité.&lt;br /&gt;— Me dis pas que tu vas passer par ce raccourci.&lt;br /&gt;À une centaine de mètres, en contrebas de la route, on aperçoit une piste dont les sinuosités se perdent dans la végétation alentour. Des roches ocre et des broussailles en parsèment le tracé entre deux fossés d’ombre verte.&lt;br /&gt;— Marco, on a du boulot cet aprèm’, et changer les pneus de ton gros bébé de 4x4 parce que t’auras voulu tenter un dérapage non contrôlé entre deux ravins n’est pour l’instant pas inscrit au programme !&lt;br /&gt;— Te bile pas, hé ! Je pilote comme un chef et ce p’tit bolide, il est tout neuf, il demande qu’à plaire. Allez, monte. Tu s’ras pas là-haut avant une demi-heure avec ta poussette rouge, là.&lt;br /&gt;La jeune fille, nouant ses cheveux roux au creux de sa nuque, pousse un soupir résigné. Une brise exténuée traîne sur le paysage, sans apporter de fraîcheur. Avec cette chaleur, rouler dans la Fiat sera épuisant. Pas de clim’, pas de musique non plus. Et puis tout le matériel – appareils photos, boissons, chaussures de randonnée – est dans la voiture de Marco.&lt;br /&gt;— On se décide à suivre le prince charmant ? balance Marco comme la jeune fille s’installe à l’avant, côté passager.&lt;br /&gt;— Ouais, c’est ça Marco. T’as plus qu’à allumer ton bel étalon V12 et faire chauffer le carrosse, et la princesse sera tienne !&lt;br /&gt;Bambi lance un clin d’œil à son collègue. Marco répond, charmé et charmeur:&lt;br /&gt;— Peut-être même qu’avec un peu de chance, nous vivrons heureux et nous aurons beaucoup d’enfants…&lt;br /&gt;— Oh là là ! Un seul suffit pour l’instant !&lt;br /&gt;Oui. Au fait. Marco est le père de Giuliano. Le gamin qui babillait dans les bras de Bambi, à l’épisode précédent. Vous vous souvenez ?&lt;br /&gt;Ces détails familiaux, certes émouvants, n’empêchent pas la Mercedes de vrombir joyeusement et de se ruer à travers la campagne italienne avec la fougue de la jeunesse.&lt;br /&gt;Et on n’oublie pas d’attacher sa ceinture.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cela fait presque trois ans que Bambi et Marco travaillent ensemble pour le magazine Il passeggiatore (Le Promeneur), un journal écologique spécialisé dans le reportage de terrain. Les grands parcs italiens, les littoraux italiens, les reliefs italiens : voilà ce qui intéresse le journal (italien) et sa direction (italienne, bien sûr). Le sujet du mois, c’est le parc national Monti Lattari et les menaces liées aux milliers de randonneurs qui, chaque année, apportent leur sueur, leurs appareils photo, et surtout leurs déchets, sur les flancs des montagnes.&lt;br /&gt;Voilà ce que se répète Bambi, voilà à quelles certitudes rassurantes elle essaie de se raccrocher. Mais au fur et à mesure que l’aiguille se déplace sur le cadran, elle voit le fil de sa vie se carapater bien trop vite devant ses yeux, et remonter bien trop loin dans le passé. Cela a peut-être à voir avec le fait que la vitesse, les brusques changements de direction et les cahots de la voiture semblent indiquer la fin prochaine de cette existence à laquelle, finalement, quand elle y pense, Bambi tient énormément.&lt;br /&gt;Après vingt minutes d’oscillation entre les deux bords dangereusement rapprochés d’une piste ridiculement étroite, entre les deux extrêmes si prompts à se rencontrer que sont la vie et la mort, le 4x4 s’immobilise. Ses deux passagers en sortent rapidement. Un grand barbu et une jolie rouquine. L’ogre et le petit chaperon rouge, peut-être. Qui sait…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ils marchent depuis plus d’une heure. La chaleur du début d’après-midi s’est muée en une moiteur grisâtre. Des nuages bas tapissent la panse terne du ciel, et une légère bruine s’en échappe à regret. C’est Marco qui, le premier, brise l’épais silence dans lequel s’englue le paysage.&lt;br /&gt;— Qu’est-ce qui va pas, Bambi ? T’as l’air à côté d’tes pompes. Sans déc’, t’as le visage tout chiffonné.&lt;br /&gt;Bambi demeure songeuse, son regard balaie le tapis d’aiguilles qui hérisse le sentier. Marco insiste :&lt;br /&gt;— On en a encore au moins pour une demi-heure, jusqu’au refuge. Ok, là-haut, bière et interview… Mais d’ici là, y’a qu’ta passionnante conversation qui pourra m’distraire ! Alors j’attends…&lt;br /&gt;Bambi sourit malgré elle et lève les yeux vers Marco. La vue de son visage généreux, parcouru de fines rides qui se meuvent à chaque fois qu’il éclate de rire, la rassure un peu.&lt;br /&gt;— C’est à cause de Thomas, tu sais, mon ami d’enfance. Je t’en avais parlé… Et bien, il est revenu.&lt;br /&gt;Une pause, un soupir. Marco se tait, il laisse les confidences éclore à leur rythme.&lt;br /&gt;— Il ne m’a pas dit pourquoi, mais je sais que c’est à cause de ce qui est arrivé à Karl.&lt;br /&gt;— Mais ça fait plus de dix ans, maint’nant. Et puis, d’après c’que tu m’as dit, l’enquête est close. Y’a plus rien à déterrer de c’côté-là !&lt;br /&gt;— C’est… C’est un peu plus compliqué.&lt;br /&gt;La voix de Bambi se voile. On n’entend plus qu’un murmure rauque à travers ses lèvres pâles.&lt;br /&gt;— Thomas a été vraiment perturbé par cette histoire. Il a été suivi par un psy pendant deux ans après le meurtre de Karl. Je ne crois pas qu’il ait jamais réussi à s’en remettre. Et Laora m’inquiète aussi.&lt;br /&gt;— Attends, c’est quoi le rapport avec Laora ? Vous deux c’est la belle vie, non ? Et maintenant que j’me suis mis en quatre pour que vous ayez vot’ p’tit Giuliano, en plus… J’ai payé d’ma personne, moi !&lt;br /&gt;Marco sourit et attrape Bambi par l’épaule. Elle se laisse aller dans les bras de son ami.&lt;br /&gt;— Ça va, t’inquiète. Seulement Laora n’a pas voulu que je dise à Thomas qui elle était. Je croyais qu’il la reconnaîtrait, mais c’est vrai que ça fait tellement longtemps… J’ai…&lt;br /&gt;Elle réprime un sanglot.&lt;br /&gt;— J’ai l’impression qu’elle me cache quelque chose. Tu comprends, moi je veux juste oublier, j’ai tourné la page, j’ai surmonté ça. Et eux deux, ils sont là, encore en train de chercher à comprendre, comme si on pouvait comprendre quoique que ce soit à… Putain, c’était horrible ! C’était inhumain. Et ça ne leur suffit pas ?! Il faut qu’ils remuent tout ça encore, pour que ça vienne nous péter à la gueule comme un cauchemar ? Nous bousiller à l’intérieur ?!&lt;br /&gt;Marco la serre plus fort contre lui. Il chuchote doucement dans ses longs cheveux roux.&lt;br /&gt;— Mais pourquoi Laora… ?&lt;br /&gt;Il laisse son interrogation flotter dans l’air humide. La clarté blanchâtre qui sourd du ciel habille de brume les flancs des monts. Bambi arrête d’avancer ; elle s’assied sur un rocher dont la proéminence noire déforme le sol comme une grosse verrue. Sous ses semelles roulent des gravillons par dizaines. Des éclats orphelins arrachés à la terre italienne.&lt;br /&gt;— Laora a connu Thomas à cette époque, continue Bambi, même si Tom ne s’en souvient pas. Ça ne m’étonne pas d’ailleurs. Il était en état de choc, et on l’envoyait deux fois par semaine voir le Dr. Anceschi, pour, tu sais… pour une thérapie.&lt;br /&gt;La jeune fille saisit un caillou plus gros et le soupèse au creux de sa main. Puis, d’un geste brusque, presque nerveux, elle l’envoie se perdre dans les fourrés rachitiques et les ornières de terres sèches. On l’entend dégringoler longtemps ; sa chute, en pointillés, laisse une trace insoupçonnée qui s’imprime into the wild.&lt;br /&gt;— Et bien sûr qu’elle était là, Laora. Timide comme tout, avec ses boucles brunes. Effrayée par ces horreurs, fascinée par Tom. Obsédée comme lui par ce maudit signe. Bien sûr… puisque c’était sa fille, au docteur. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5752254582634115856-2844670377366261396?l=lineyl.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lineyl.blogspot.com/feeds/2844670377366261396/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://lineyl.blogspot.com/2009/04/thomas-lermand-6-un-grand-barbu-et-une.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5752254582634115856/posts/default/2844670377366261396'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5752254582634115856/posts/default/2844670377366261396'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lineyl.blogspot.com/2009/04/thomas-lermand-6-un-grand-barbu-et-une.html' title='Thomas Lermand, 6. &quot;Un grand barbu et une jolie rouquine. 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"Berceuse italienne."</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;&lt;span style="color:#6633ff;"&gt;&lt;em&gt;&lt;u&gt;&lt;br /&gt;Résumé des épisodes précédents :&lt;br /&gt;&lt;/u&gt;Thomas, après avoir pris congé de sa cousine Anthéra, a arpenté les rues de Paris… Devant un café, au téléphone avec son amie d’enfance Bambi, il a aperçu un signe tracé sur un mur : un cercle rouge, traversé par une cicatrice. Le même signe que celui laissé autrefois sur les lieux de son crime par le meurtrier de Karl, leur ancien camarade de jeu.&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une chanson démodée tourne en boucle dans les haut-parleurs ; le rythme assourdi bat la mesure sur laquelle les avions, derrière les vitres, décollent. Des meutes de pardessus, de valises et de bambins se pressent dans les salles d’embarquement ; leurs contours glissent sur le lino. La nuit défend chèrement son royaume contre le petit-matin et Roissy prend l’allure d’un champ de bataille peuplé, dès l’aurore, de cadavres et de fantômes… Un cimetière noyé dans la grisaille.&lt;br /&gt;Thomas résiste à cette langueur mi-rêveuse mi-hébétée. Les écouteurs sur les oreilles, il s’isole au cœur de la matrice impersonnelle, éternel lieu de passage, transition sans conclusion. Patiemment, il tente de dompter ses pensées. Mais une seule image l’obnubile, celle d’un cercle rouge, au travers duquel passe une cicatrice. Des questions tremblantes fusent en échos dans le vide de sa conscience, comme des sanglots d’enfant. Qui a tracé le Signe, encore une fois ? Pourquoi ce message, revenu des limbes d’une jeunesse perdue ? Est-ce un avertissement ? Est-une menace ?&lt;em&gt; Putain mais qu’est-ce que c’est que ce bordel ?!&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;Thomas n’a rien inventé, tout ceci est bien réel, il en est sûr, il a vérifié… Se méfiant de son imagination, il s’est approché du mur et a touché le liquide rouge. Il était chaud sur le flanc glacé de la neige.&lt;br /&gt;Secouant la tête sans trop croire aux vertus bénéfiques – pour son mal de crâne – d’un tel geste, Thomas songe à Anthéra. Elle n’a pas tenté de le retenir, lorsqu’il lui a annoncé son départ. Il n’était pas nécessaire qu’elle parle pour lui faire sentir la solitude qui déjà, croissait en elle, à l’idée qu’il s’en aille, loin. Thomas lui a parlé de choses et d’autres, coincé entre les quatre parois de plexiglas d’une cabine téléphonique crasseuse, luttant contre la nausée qui le gagnait dans le compartiment étroit. On aurait pu concevoir un au-revoir plus romantique. Mais ça lui avait suffit, à Thomas, de causer avec &lt;em&gt;elle&lt;/em&gt; de choses insignifiantes… De choses rendues si signifiantes par le souvenir de ces yeux clairs où baignent tant de rêves en attente d’être rêvés.&lt;br /&gt;La voix de l’hôtesse, étrangement enrouée, appelle les passagers du vol 756 à destination de Naples à se rendre à la porte d’embarquement numéro 18. Une heure plus tard, l’appareil traverse le lainage distendu des nuages. Thomas, mal assis dans le siège à l’odeur de lessive, bascule dans les cumulus du songe. Sur la tablette, devant lui, traîne un post-it. Un gribouillis y indique : Ambre Hébert, 2 vicolo Rossini, Santa Cristina.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La petite place, pavée de pierres d’un gris doré, se prête joyeusement aux clichés des guides touristiques ; un soleil à peine voilé embrasse les toits et les porches, un unique café arbore quelques chaises en terrasse, et l’église au toit délabré ronfle gentiment dans la sérénité de midi. Nous sommes au début de décembre, mais l’Italie typique, en ce village de Santa Cristina, se joue des normales saisonnières et de l’hiver tout proche.&lt;br /&gt;Thomas, un sac volumineux à l’épaule, s’approche de la fontaine qui gargouille au milieu de la place. Un vieil homme, à la peau grêlée de verrues et de rides, fume une pipe, assis sur la margelle.&lt;br /&gt;— Sa dov’è per favore ? demande Thomas en brandissant son post-it.&lt;br /&gt;Le vieux, d’abord, ne comprend pas – l’italien de Thomas a dû se dégrader depuis toutes ces années – puis finit par regarder le papier jaune au-dessus duquel s’agite frénétiquement l’ongle du jeune homme. L’avant-bras à la peau brunie se tend en direction d’une ruelle bordée d’ombre. Thomas remercie et s’y engage d’un pas décidé. Au-dessus de sa tête des carrés bruns de linge, oscillant sans bruit, découpent des carrés bleus dans l’étoffe du ciel.&lt;br /&gt;Thomas essaie de ne pas trop penser, de ne pas s’attarder sur l’absurdité de sa démarche. Décider, après plus de dix ans, comme ça, de reprendre la route, &lt;em&gt;back to hell&lt;/em&gt;… Agir sur une intuition, ou plutôt sur une pulsion d’horreur, laisser le Signe, victorieux par sa réapparition subite, lui dicter sa conduite… C’était peut-être ce qu’on attendait de lui, qu’il revienne sur les lieux du crime. Peut-être était-ce par pur sadisme qu’on le forçait à tout remettre en question, encore une fois, à émettre les mêmes doutes, à côtoyer les mêmes incertitudes, à craindre les mêmes vérités. Thomas avait l’impression d’être un pion qu’on déplaçait à sa guise sur la trame trompeuse du temps passé et à venir. Un peu comme un pantin sur le cadavre duquel Festoient les vampires psychiques de Dan Simmons.&lt;br /&gt;Levant une main pour se protéger du soleil qui pointe le museau, par intermittence, entre les maisons de couleur ocre, Thomas songe qu’il aurait dû appeler Bambi, &lt;em&gt;vous savez&lt;/em&gt;, pour la prévenir. Ce sont des choses qui se font. Mais il ne l’a pas fait. Quelle importance ? Il avait besoin de revenir ici. Même s’il n’a plus grand espoir de découvrir autre chose, même si l’assassin de Karl n’est probablement qu’un fantôme de plus usant ses membres frêles sur les rues cahoteuses du village, Thomas avait besoin de revenir ici. Le Signe l’avait appelé. Et c’était justement les vieux fantômes que Tom était venu combattre.&lt;br /&gt;2 vicolo Rossini. La porte en bois est peinte d’un bleu clair sur lequel un motif noir se détache. Les babillages d’un gamin se font entendre à l’intérieur. Thomas pousse résolument la porte déjà entrouverte, avec une conviction qui ne lui ressemble guère. Derrière un rideau de perles, un petit salon aux couleurs claires sert de décor à un spectacle touchant. Une jeune femme aux cheveux très roux donne le sein à un bébé encore chauve, dont les grosses joues tètent goulûment. La nuque courbée, elle murmure une berceuse à l’enfant. Sa voie est grave et rauque.&lt;br /&gt;— Bambi ?&lt;br /&gt;La jeune femme relève la tête. Sur son visage la joie succède à la surprise.&lt;br /&gt;— Thomas ! Mais… Mais qu’est-ce que tu fais ici ? Je… Attends… Laora ? Tu peux venir s’il te plaît ?!&lt;br /&gt;Avant que Thomas ait pu répondre à la question de Bambi (et qu’aurait-il pu dire ?), une belle brune d’une trentaine d’années entre dans la pièce. Bambi lui tend l’enfant, qu’elle prend délicatement au creux de ses bras satinés. Puis, remarquant la présence de Thomas, elle interroge son amie du regard. Bambi sourit ; deux fossettes se creusent sur ses joues, affleurant avec douceur sur sa peau hâlée.&lt;br /&gt;– Laora, je te présente Thomas. Thomas, voici Laora. Une amie, ajoute Bambi avec malice.&lt;br /&gt;Thomas, même s’il n’est pas toujours au courant des affaires de ses (rares) amis, et encore moins de leurs péripéties amoureuses, n’ignore pas les préférences de Bambi. Il se demande depuis combien de temps les deux femmes habitent ensemble dans ce pavillon où la &lt;em&gt;dolce vita&lt;/em&gt; semble avoir élu domicile.&lt;br /&gt;– Enchanté, dit Thomas, surpris par l’apparition. Il pensait pouvoir parler seul avec Bambi. L’heure des explications attendra.&lt;br /&gt;De toute façon, Bambi ne semble pas étonnée. La lueur d’interrogation qui brillait dans ses yeux s’est éteinte brusquement, comme si elle savait. Son regard apaisant semble lui épargner la peine de parler. Alors Thomas s’avance, embrasse son amie d’enfance, et se blottit à côté d’elle sur le canapé. Il jette un regard de biais à Laora, alanguie sur le tissu orange. Le gamin gazouille gaiement contre sa poitrine. Thomas détaille ses cheveux sombres, légèrement ondulés, qui lui descendent jusqu’à mi-dos, les nombreux percings qu’elle porte au visage, et le tatouage étonnement discret au creux de son coude.&lt;br /&gt;— Cela fait longtemps que je t’attends, Tom, prononce enfin Bambi. Pourquoi maintenant ?&lt;br /&gt;— Il y a du nouveau, souffle-t-il, sans en dire davantage.&lt;br /&gt;Le silence s’épaissit, retenu par les amples tentures qui tapissent les murs.&lt;br /&gt;— Peu importe. Tu restes ici aussi longtemps que tu veux, bien sûr, ajoute Bambi.&lt;br /&gt;Son sourire est chaleureux, naturel. Si Thomas y réfléchissait davantage, il trouverait cette situation complètement surréaliste. Heureusement pour lui, le voyage l’a laissé quelque peu amorphe et à côté de ses pompes, ce qui a l’avantage de le rendre tout à fait incapable de penser de façon cohérente. Laora le fixe de ses grands yeux verts, un peu bridés, à la brillance striée par les battements des cils. Thomas ne peut s’empêcher de remarquer la grâce des courbes de son visage, si pures dans la lumière blanche que découpent les carreaux, ondulantes comme des danses mystiques dans la moiteur du jour… Harassé par la fatigue, il ferme les yeux ; les rires pétillants du bébé, à côté, forment les notes esseulées d’une berceuse qu’on ne lui a plus chantée depuis longtemps. Berceuse italienne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le déjeuner fut très agréable. Thomas découvrit les talents de cuisinière de Bambi. On but un vin léger, dont le liquide rougeoyait sur le bord des verres, trempé par les rayons du soleil tombant sur la terrasse. Bambi parla de son boulot – elle était journaliste dans un magazine écologique et faisait un reportage sur le parc national Monti Lattari, non loin de Santa Cristina. Laora ne dit grand-chose, mais sa voix, aussi chantante et sucrée que celle de Bambi était écorchée et tranchante, charma Thomas. Les deux femmes ne parlèrent pas de leur vie commune, mais les gestes tendres qu’elles laissaient échapper – une main sur un genou, une épaule que l’on frôle – ne laissaient aucun doute. Thomas se demanda comment des vies aussi différentes que la leur et la sienne pouvaient coexister à la surface du même petit globe bleu. Il n’envisageait pas qu’une telle sérénité, qu’un tel bonheur puissent un jour être les siens.&lt;br /&gt;On n’évoqua pas les souvenirs d’enfance et &lt;em&gt;le&lt;/em&gt; &lt;em&gt;bon vieux temps&lt;/em&gt;, sans doute parce qu’alors on aurait dû s’en remémorer la fin, cette rupture sanglante sur le seuil du passé. Mais Thomas retrouva malgré lui l’insouciance d’&lt;em&gt;avant&lt;/em&gt;, dans l’air empli des bavardages des grillons, dans les giclées de syllabes bruyantes, roulées, &lt;em&gt;irrésistiblement&lt;/em&gt; italiennes, surgies des fenêtres, dans les dos courbés des maisons semées sur la colline. Il avait vécu là jusqu’à ses douze ans, ses parents ayant quitté la France pour l’Italie – Par idéal ? Par passion ? Par folie ? Il avait grandi ici, partagé des amitiés naïves avec les gamins du village, surtout avec Bambi et Karl, eux aussi des expatriés prénataux. Deux ans après l’assassinat de Karl, Thomas et ses parents étaient partis. Ç’avait été plus une fuite qu’un retrait.&lt;br /&gt;Bambi avait à faire, l’après-midi. Giuliano, c’était le nom de l’enfant, faisait la sieste auprès de sa nourrice, à l’étage supérieur. Thomas ne savait que faire. Dans la langueur de ces heures lourdes que connaissent tous les pays méditerranéens, il ne comprenait plus l’angoisse, la peur, la haine, qui l’avaient conduit sur les rails d’une enquête improbable. La clarté l’éblouissait. Il clignait des yeux trop vite, chassant les papillons de lumière voletant devant ses paupières. Le jardin respirait par à-coups, au bord de l’endormissement.&lt;br /&gt;Thomas sursauta lorsqu’une main se posa sur son épaule.&lt;br /&gt;– Tu veux qu’on aille se balader, ou tu préfères rester là ?&lt;br /&gt;Laora était penchée sur lui, assombrie sur le fond pâle du ciel. Elle ajouta :&lt;br /&gt;– Je propose juste… Bambi en a pour l’après-midi entière, alors…&lt;br /&gt;– Euh, non, c’est pas… Enfin, oui, d’accord, bonne idée.&lt;br /&gt;Thomas se leva précautionneusement, luttant contre l’engourdissement dont il sentait pris la plupart de ses membres. Laora le précéda, avançant d’une démarche fluide, rythmée par les déhanchés des feuillages sur le son de la brise. Ils sortirent par le portillon ouvert, au fond du jardin. La campagne était blanchie par le soleil, teintée d’un vert tendre, et parsemée de bicoques aux tuiles rouges. Vêtue des couleurs de l’Italie.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5752254582634115856-6041322830550143760?l=lineyl.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lineyl.blogspot.com/feeds/6041322830550143760/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://lineyl.blogspot.com/2009/03/thomas-lermand-5-berceuse-italienne.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5752254582634115856/posts/default/6041322830550143760'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5752254582634115856/posts/default/6041322830550143760'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lineyl.blogspot.com/2009/03/thomas-lermand-5-berceuse-italienne.html' title='Thomas Lermand, 5. &quot;Berceuse italienne.&quot;'/><author><name>Lineyl</name><uri>http://www.blogger.com/profile/08702051490416808257</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='24' height='32' src='http://4.bp.blogspot.com/_bRhjJ6DG46M/SYtsm_bPGFI/AAAAAAAADPQ/wnVyeVb8bPY/S220/DSCF5997.JPG'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5752254582634115856.post-2658275363489857029</id><published>2009-02-10T22:20:00.007+01:00</published><updated>2009-03-14T16:25:35.603+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Critiques'/><title type='text'>Grangé, Le vol des cigognes</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;a href="http://www.decitre.fr/gi/70/9782253170570FS.gif"&gt;&lt;/a&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;Jean-Christophe Grangé n’a plus à faire sa réputation. Si, en lui-même, le nom de l’écrivain n’éveille pas toujours d’écho auprès de nos chers normaliens – et je parle d’expérience – pourtant des titres comme &lt;em&gt;Les Rivières pourpres, Le Concile de Pierre&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;L’Empire des Loups&lt;/em&gt; ne laissent jamais indifférent. Certes, cela tient peut-être aux adaptations cinématographiques de ces œuvres, films français à grand public, portés par les visages familiers de Jean Reno, Vincent Cassel ou Monica Bellucci. Pourtant, ce succès en salles ne dit pas tout, car c’est avant tout dans les livres que le style et l’univers de Grangé se révèlent. Seule la lecture, exclusive et obsessionnelle comme savent la rendre les thrillers et les romans policiers, peut faire naître cette fascination mêlée d’horreur, ce dégoût mêlé de frénésie que connaissent bien ceux qui, ayant un soir entamé « un Grangé », harassés par des lectures plus… « universitaires », n’ont pu se détacher des péripéties glauques et sanglantes que l’auteur, en virtuose, déroulait devant leurs yeux.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;p align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;Publié en 1994, &lt;em&gt;Le vol des cigognes&lt;/em&gt; est le premier roman de Jean-Christophe Grangé et inaugure de façon grandiose l’ensemble de l’œuvre à venir. Le narrateur, Louis Antioche, représente ce que nous pourrions bien voir dans la glace dans quelques années : un doctorant venant d’achever sa thèse et qui, après s’être enfermé dans le monde aseptisé des idées et des bibliothèques, ne rêve que de redécouvrir un réel non dégrossi auquel se frotter, voire se heurter. Il est contacté par Max Böhm, ornithologue passionné par les cigognes, qui le charge de suivre la migration de ses chers oiseaux, bagués et chouchoutés, jusqu’au terme de leur parcours – l’Afrique – pour découvrir pourquoi nombre d’entre eux ne sont pas rentrés de la terre noire à la saison précédente. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;Dès les premières pages, l’engrenage s’enclenche. Certes, la mort de Böhm, ironique s’il en est – son cadavre est retrouvé gisant dans un nid de cigognes et déjà bien entamé par les volatiles – semble clore dès le début la possibilité d’un développement ultérieur : le décès est naturel, crise cardiaque. Pas de crime, pas d’enquête. Seul inquiète peut-être un peu ce cœur transplanté, dans la poitrine de l’ornithologue, et qui, apparemment, n’aurait rien à faire là. Mais Antioche, personnage typiquement grangéien et dont le passé est lourd de traumatismes, en décide autrement. Oui, &lt;em&gt;le crime est son affaire&lt;/em&gt;, et cet acharnement à poursuivre la mission qu’il s’était vu assigner va l’amener à un véritable voyage, lutte pour la vérité et combat à mort.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;p align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;En effet, la fantastique maîtrise de Grangé mêle trois trames différentes, dont les thèmes s’interpénètrent pour former une symphonie dont on a le sentiment, dès le départ, qu’elle ne peut s’achever que dans une apothéose de cauchemar. Le premier fil de l’histoire est, à proprement parler, ce « vol des cigognes » qui surplombe, depuis le titre, le roman tout entier. Notre enquêteur amateur entreprend de suivre, à travers les terres d’Europe de l’Est, du Moyen-Orient, puis d’Afrique, la migration de ces oiseaux, et déjà il semble en route pour une seule destination : l’enfer. On est bien loin des romans policiers et policés anglais, du détective en chambre à la Poe, et des &lt;em&gt;whodunit&lt;/em&gt; classiques à la Doyle ou à la Christie. Dans &lt;em&gt;Le vol des cigognes&lt;/em&gt;, l’auteur nous entraîne vers d’autres terres, pauvres ou en guerre, mais toujours blessées, dont la nature est brutale, fière et orgueilleuse. Mais de quel crime s’agit-il réellement dans cette histoire ? D’une simple disparition de cigognes ? Et ce « vol » dont il question, ne pourrait-on le comprendre autrement ? Que cache la passion du vieux Böhm pour ses animaux ? Car tout le monde sait qu’on ne tue pas pour une paire d’ailes en noir et blanc…&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;Une deuxième trame, qui manie le gore avec adresse, tend rapidement à nous détourner de conclusions un peu trop gentillettes. Car le crime initial, c'est-à-dire l’élément énigmatique dans lequel l’enquête trouve sa raison d’être, réside peut-être plutôt dans le mystère qui obscurcit la vie (désormais achevée) du défunt Böhm. Et s’il y a un cœur de trop, il y a aussi des cœurs qui manquent, comme ceux dont on a dépouillé les cadavres mutilés qu’Antioche rencontre sur sa route. Ce vide, dans le thorax des victimes torturées avec une bestialité sans nom, et dont la mort n’intéresse personne, c’est l’image de la terrible vérité qui échappe encore à Antioche, et que celui-ci est prêt à arracher à n’importe quel prix.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;p align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;Mais surtout, au bout de la lecture, au bout de cette course-poursuite en terre étrangère et de cette série morbide de corps, se trouvent deux réalités inextricablement liées. D’une part – et même si l’heure du règlement de compte sonne en Inde, dans les taudis de Calcutta – l’Afrique : continent sans limites, terre rebelle sans aucun doute, où tout, même le plus invraisemblable, même les raffinements les plus aboutis de l’horreur, peut arriver. D’autre part, Antioche, son passé, son identité. Car notre héros est loin d’être un gentil naïf ignorant de la loi de la jungle. Bien au contraire, nous sommes étonnés de la rapidité avec laquelle il s’adapte à sa nouvelle condition d’enquêteur, puis de combattant. Le simple désir de renouer avec la concrétude des choses est un mobile insuffisant. Si Antioche n’en a pas conscience, nous savons, nous lecteurs, que ce n’est pas une simple curiosité qui le pousse à se lancer ventre à terre dans les traces du macabre. Non, ce qui le presse, c’est son passé perdu, les six premières années de sa vie qui ont disparu de sa mémoire après la mort de sa famille, en Afrique, dans un incendie dont il garde à jamais la trace : deux mains brûlées, cousues de cicatrices, et insensibles. Est-ce un hasard si ses recherches le mènent en Centrafrique sur les lieux du massacre de son enfance ?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;Grangé sait parfaitement jouer de ces différentes trames. Sous sa plume au style tranché, sans compromis, tout culmine en un point unique : la terre d’Afrique, la terre du passé, la terre du premier crime. Et l’on peut être sûr que le pire est à venir. C’est sans doute pour ça qu’on aime. &lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5752254582634115856-2658275363489857029?l=lineyl.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='related' href='http://www.jc-grange.com/' title='Grangé, Le vol des cigognes'/><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lineyl.blogspot.com/feeds/2658275363489857029/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://lineyl.blogspot.com/2009/02/grange-le-vol-des-cigognes.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5752254582634115856/posts/default/2658275363489857029'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5752254582634115856/posts/default/2658275363489857029'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lineyl.blogspot.com/2009/02/grange-le-vol-des-cigognes.html' title='Grangé, Le vol des cigognes'/><author><name>Lineyl</name><uri>http://www.blogger.com/profile/08702051490416808257</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='24' height='32' src='http://4.bp.blogspot.com/_bRhjJ6DG46M/SYtsm_bPGFI/AAAAAAAADPQ/wnVyeVb8bPY/S220/DSCF5997.JPG'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5752254582634115856.post-5537711140891372424</id><published>2009-02-06T17:04:00.003+01:00</published><updated>2009-02-06T17:08:57.870+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Vie et fantaisies de Thomas Lermand'/><title type='text'>Thomas Lermand, 4. "Et les yeux bleus ont disparu."</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:arial;color:#3366ff;"&gt;Des notes rieuses s’échappent d’un clavier et, chatouillant les plis des rideaux, tombent en cascades insouciantes qui éclaboussent, en bas, Thomas et son sourire tardif. Sourire que, d’ailleurs, il est rare de lui voir porter. Ses yeux sombres, bordés de cils las, balaient sans les voir les lignes du trottoir et les perspectives chancelantes du paysage urbain, véritable scène de crépuscule, beau lundi soir de décembre… Les gouttes de pluie, mêlées de neige, strient les vitres des autobus dont les ventres de ferraille sont gonflés de visages absents. Thomas avance en lentes enjambées, bien régulières. Il profite de la sérénité de cette journée qui s’apprête à disparaître, se repaît du souvenir d’un jeu d’enfant et d’un jeu d’adulte, au point d’ôter aux échos de ces bonheurs toute réalité. Mais, alors que les visages d’Anthéra et de Ben s’effacent peu à peu, il reste un petit rien qui oscille en hauteur et qui, presque innocemment, vient couronner en halo brillant le visage sérieux de Thomas. C’est probablement cet au-revoir sans déchirures, cet adieu simple et sincère dans l’encadrement de la porte. C’est sans doute ce baiser qu’ils partagèrent, sur le seuil, avec les courants d’airs et les grincements de l’ascenseur. C’est sûrement cette étreinte qui leur coupa le souffle et leur insuffla la force de continuer, pour se revoir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Quand reviens-tu, Thomas ?&lt;br /&gt;— Bientôt… Quand Ben se sera entiché d’un nouveau déguisement.&lt;br /&gt;— Ce sera sûrement pire la prochaine fois. J’ai peur qu’il ne nous oblige à nous barricader dans la salle de bain et à nous battre avec des gousses d’ail !&lt;br /&gt;— Mais ce sera un plaisir de lutter avec toi contre les vampires.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;— Quand reviens-tu, Tom ?&lt;br /&gt;— Bientôt, Théra. Bientôt.&lt;br /&gt;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;Thomas tourne à l’angle d’une rue peu fréquentée. Il lève ses paumes vers le ciel et sent le picotement désagréable que font les flocons, en tombant, avant d’être happés par la tiédeur des chairs. Il rentrera à pied : il ne pourrait supporter de mêler son corps aux désordres du métro. La neige, ravie de cette préférence, redouble de vigueur pour protéger la retraite de notre héros au cœur des rues parisiennes. Son blouson noir se tisse de blanc. Son ombre devient trop claire pour qu’on la distingue sur le gris du trottoir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un troquet d’un autre siècle trône fièrement à une intersection. Quelques fumeurs, sous l’auvent, tirent compulsivement sur leurs cigarettes, vite, plus vite, pour se gorger d’une chaleur illusoire. La sonnerie d’un téléphone gémit plaintivement. Thomas regarde son vieux Samsung : appel entrant. Ambre Joniathe, une amie d’enfance. Bambi pour les intimes. Thomas hésite à répondre. Certes, Bambi est l’une des rares personnes avec lesquelles il apprécie de parler, mais sa voix rauque et le timbre guttural qui écorche les mots lui rappellent des souvenirs douloureux.&lt;br /&gt;— Vous prendrez quoi ?&lt;br /&gt;Thomas est entré et s’est assis à une table à peine sale. Le serveur, peu amène, ne cache pas son impatience face à la confusion où, visiblement, s’empêtre Thomas. Ce dernier, oscillant sur le seuil de la décision sans jamais le franchir, garde les yeux fixés sur le portable qui continue de sonner et de clignoter faiblement.&lt;br /&gt;— Ouais, c’est ça, je reviens…&lt;br /&gt;Le ventre à bière et l’odeur de café froid s’éloignent. Thomas respire, ouvre le clapet du téléphone. Des « Allô » résonnent à vide, on les entend à peine. Presque malgré lui, Thomas place l’objet près de son oreille.&lt;br /&gt;— Allô, Thomas ? Aaallllllôôôôôô ?!!&lt;br /&gt;— Euh, Bambi… Salut.&lt;br /&gt;— Tu foutais quoi ? Enfin, Thomas dans la Lune, c’est pas pour rien qu’on t’appelait comme ça, hein ? J’suis contente de t’entendre.&lt;br /&gt;— Moi aussi, Bambi.&lt;br /&gt;C’est faux, bien sûr. Ce qu’il aime bien, chez elle, c’est sa personnalité excentrique, ses longs cheveux roux dont les pointes, noires, semblent avoir traîné par mégarde dans un pot de peinture resté ouvert. Il aime aussi les fossettes que dessinent sur ses joues des sourires toujours trop généreux. Mais il déteste sa voix. Pas en elle-même, bien sûr. Bambi a toujours eu la voix rauque, et &lt;em&gt;avant&lt;/em&gt; ça ne le gênait pas. Non, s’il ne supporte plus sa voix, c’est à cause de…&lt;br /&gt;— Alors, t’en penses quoi ? crachote Bambi dans l’écouteur.&lt;br /&gt;— Alors, le Monsieur, qu’est-ce qu’il prendra ?&lt;br /&gt;Le gros serveur ne lâche pas le morceau. Sa figure large, luisante de sueur, se penche, un sourire impertinent aux lèvres. Thomas réprime un haut-le-cœur ; l’ombre qui lui cache la lumière est trop proche, trop présente, écrasante… D’un signe de la main et d’un murmure expiré avec difficulté, Thomas indique qu’il prendra un café. Le serveur s’éloigne, emportant avec lui son corps bedonnant et l’impression d’étouffement qui submergeait Thomas.&lt;br /&gt;— Bambi, excuse-moi, tu disais ?&lt;br /&gt;Mais Thomas n’écoute pas. Il ne peut concentrer son attention sur cette voix qui lui arrache des souvenirs. Alors, tandis que les bruits incohérents qui sortent de l’appareil continuent, faiblement, à le raccrocher au temps présent, Thomas se laisse porter par des images anciennes, celles d’un cauchemar qu’il n’a jamais réussi à fuir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;Ils avaient dix ans, tous les trois. Ils avaient la joie de l’enfance brillant au bout des doigts, l’avenir à leur merci, et les rendez-vous nocturnes près de la clôture du parc, quand tout le monde dormait et qu’ils se retrouvaient à la lueur des clairs de lune. Ils avaient dix ans, tous les trois : Karl, Bambi et lui, Tom. Ils emportaient des friandises et des sacs de couchage et, dans le renfoncement que formait le vieux mur du stade avec la haie d’un jardin tout proche, ils échafaudaient des plans de conquête, embrassaient tous les possibles du monde dans des éclats de rire dont les prolongements à demi-étouffés finissaient immanquablement en bagarres affectueuses.&lt;br /&gt;Le trio inséparable s’était réuni ce soir-là comme toutes les semaines. C’était au tour de Karl de poursuivre l’Histoire, d’ajouter un chapitre à leur merveilleux récit qui faisait de Bambi une princesse en détresse, de Karl l’hériter à la Couronne, et de Tom un chevalier solitaire errant sur les routes du royaume. Mais on avait d’abord fait un cache-cache, moins pour s’amuser que pour respecter la tradition de ces rendez-vous secrets. Karl comptait avec application, sa voix claire égrenait les nombres et les sons s’élançaient, sans obstacles, dans l’obscurité des taillis. Bambi et Tom cherchaient une cachette, attentifs à ne pas froisser la toge de silence dont se drapait la nuit. Tom sentait l’excitation monter. Il avait hâte que Karl reprenne le récit. Karl était un conteur-né. Il avait un beau timbre et savait faire chanter ses phrases. Ses mots étaient simples mais porteurs d’une telle conviction qu’ils faisaient advenir des univers inconnus et donnaient vie à des choses qui n’auraient pas dû exister. Lorsque Karl confiait ses histoires aux oreilles charmées de ses deux camarades, lorsque ses yeux d’un bleu trop vif arboraient cette flamme enfiévrée qui était fascinante, lorsque ses boucles blondes se faisaient d’or sombre à la lumière des lampes de poche, alors Tom se sentait basculer de l’autre côté du miroir… Il tendait la main et frôlait, terrifié et émerveillé, sa destinée, sombre mais héroïque, vibrant du chatoiement des rêves qu’on poursuit notre vie entière, et qui toujours nous devancent.&lt;br /&gt;Un, deux, trois, quatre, cinq… Tom s’éloignait, rapide et précautionneux. Il était trop concentré sur son objectif pour remarquer la chair de poule qui lui hérissait la peau. Un instant il lui sembla percevoir un frémissement sur sa gauche, comme si l’obscurité boisée laissait échapper un soupir. Puis plus rien. L’attente, longue… Trop longue ? L’hésitation, l’incertitude qui fait s’ébranler les frontières du jeu, le noir qui prend plaisir à se durcir, pour tout recouvrir.&lt;br /&gt;Et d’un coup, ce hurlement. Rauque, écorché vif, ce cri effroyable qui vous arrache l’âme brutalement et vous transperce sans égards. Cet appel d’outre-tombe qui vous annihile et qui prend toute la place.&lt;br /&gt;&lt;/em&gt;Cette voix qui lui arrache des souvenirs et qui continue à jaillir du téléphone…&lt;br /&gt;&lt;em&gt;Cette voix qu’il connaît si bien, et qui, défigurée, jaillit de l’endroit où Karl comptait…&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;Cette voix qui n’a pas vieilli et qui, toujours, met Thomas aux prises avec son passé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;Tom court. Il court, vite, vite, il saute par-dessus les racines, écarte d’un geste les branches qui lui barrent la route. Et toujours vite, plus vite, sans qu’on le voie, sans que personne ne l’arrête, dans un élan interminable, vite, jusqu’au vieux mur, jusqu’à la masse noire que forment les sacs de couchage entassés, jusqu’à la silhouette rousse de Bambi qui hurle, vite, vite ! Qui hurle et déchire le silence de sa voix mutilée, et fait tout se fracasser… Et tout se casse la gueule, les sourires complices, l’innocence taquine, tout, la forêt sereine, l’ombre rassurante, et les bras de l’heure nocturne où l’on se berçait, tout dégringole et là, là, là ! Là c’est Karl et sa tête blonde, sa tête blonde qui devient rouge. C’est Karl et ses bras tout désarticulés, et ses lèvres bâillonnées, c’est la vie qui s’enfuit du corps de Karl par les entailles sanglantes, par ces larges bouches humides qui vomissent du sang, encore, encore…&lt;br /&gt;Là palpite le cauchemar, encore tout frais, encore rieur, et les orbites vides sont sombres, et les yeux bleus ont disparu. Ne reste sur le tronc de l’arbre qu’un cercle rouge, de taille moyenne, au travers duquel passe une cicatrice rouge…&lt;br /&gt;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;On n’avait jamais su ce qui c’était passé. Des mois durant, les interrogatoires, les uniformes bleus sombres et les questions, sans fin, jamais elles ne s’arrêtaient, et Thomas ne savait plus, il voulait oublier, il voulait oublier le signe sanglant sur le tronc, et les yeux bleus qui avaient disparu… On n’avait jamais su. Parce que l’épilogue était à venir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Voilà, café.&lt;br /&gt;A-t-il raccroché ? Thomas, revenant à lui, aperçoit de nouveau le blanc manteau que revêt la ville. Le téléphone est éteint, sur la table. La voix s’est tue. Oh, comme il voudrait qu’elle puisse vraiment se taire ! Mais non, impossible, c’est un cri d’horreur qui bat dans le cœur de Thomas, boum, boum. Ca ne s’arrêtera pas.&lt;br /&gt;Thomas porte le breuvage chaud à ses lèvres. La fenêtre se couvre de buée, il y passe la main et déblaie la vue. Sur le mur d’en face, quelque chose tache la neige. L’imprégnation court sur une bonne partie de la façade. Thomas fronce les sourcils, et regarde plus attentivement, depuis la table derrière la vitre. De loin, on dirait le symbole de la RATP, quelque chose de vaguement concentrique, traversé par une ligne zigzagante. Mais c’est rouge. La couleur dégouline un peu, c’est un travail bâclé. Thomas tente de détourner les yeux, mais il n’y parvient pas. Il lui semble que la forme, de l’autre côté de la rue, rougit davantage, à mesure qu’il la regarde. Et puis il comprend.&lt;br /&gt;Un cercle rouge, de taille moyenne, au travers duquel passe une cicatrice. Un cercle rouge sur la peau pâle de Paris. &lt;em&gt;Et les yeux bleus ont disparu…&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;Thomas se lève d’un bond et sort. Il est avalé par le vent glacé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;— Quand reviens-tu, Tom ?&lt;br /&gt;— Bientôt, Théra. Bientôt.&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5752254582634115856-5537711140891372424?l=lineyl.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lineyl.blogspot.com/feeds/5537711140891372424/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://lineyl.blogspot.com/2009/02/des-notes-rieuses-sechappent-dun.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5752254582634115856/posts/default/5537711140891372424'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5752254582634115856/posts/default/5537711140891372424'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lineyl.blogspot.com/2009/02/des-notes-rieuses-sechappent-dun.html' title='Thomas Lermand, 4. &quot;Et les yeux bleus ont disparu.&quot;'/><author><name>Lineyl</name><uri>http://www.blogger.com/profile/08702051490416808257</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='24' height='32' src='http://4.bp.blogspot.com/_bRhjJ6DG46M/SYtsm_bPGFI/AAAAAAAADPQ/wnVyeVb8bPY/S220/DSCF5997.JPG'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5752254582634115856.post-5637007670848247774</id><published>2009-01-25T22:13:00.007+01:00</published><updated>2009-01-25T22:25:20.477+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Fictions autonomes'/><title type='text'>Hugo. "On peut rêver quelque chose de plus terrible qu’un enfer où l’on souffre, c’est un enfer où l’on s’ennuierait."</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:arial;color:#330033;"&gt;Jérémy s'ennuyait. Cette constatation si simple et si terrible emplissait ce qui lui restait de conscience, habitait ses pensées à la dérive au point d'en déterminer les méandres inéluctables. Il était assis sur le vieux canapé, dans le salon, son corps un peu gras affalé sur le tissu aux fleurs fanées. Dehors, l'orage couvait, quelques grondements sourds, comme des râles retenus, grattaient derrière les volets. On était en fin d'après-midi, où les heures sont bâtardes, filles du jour et de la nuit, et où la lumière se meurt en grisaille. La petite vitre au-dessus de la porte d'entrée laissait encore passer les derniers sursauts du soleil prêt à plonger sous les hauts toits de Paris.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il était assis. Entre « assis » et « allongé », dans cet intermédiaire médiocre et dégoûtant où le corps humain prend des allures de larve ou de pâte dentifrice, comme si toute l'ossature du squelette avait fondu dans les chairs. Jérémy croisa son propre reflet dans la glace près du vestibule. De loin, son cou semblait avoir disparu, et sa tête reposer directement sur ses épaules rondes. De même, son ventre reposait sur ses genoux, et l'intervalle du bassin et des cuisses avait été gommé de l'image par un peintre farceur. Le jeune homme se redressa. Vaine tentative pour imprimer un sens à ce repos sans but qu'il ne pouvait quitter ; comme si, assis dignement sur son divan plutôt qu'affalé, Jérémy redevenait un homme, un vrai, un animal raisonnable, doué de pensée et de raison, comme si alors il devenait impossible qu'il ne sache pas du tout pourquoi il restait assis là.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il y avait bien dû y avoir une raison, un motif, une trace d'explication qui pourrait rendre compte, moins pour la postérité que pour lui-même, de ce qu'il faisait là, dans le salon, sans rien faire, rien espérer, rien attendre. Sa mère avait téléphoné, il avait laissé le haut-parleur crachoter ses mots emmêlés et trop rapides. Il lui semblait qu'il avait pris un verre dans le placard et une bouteille dans le frigo et que, les réunissant comme le couple immuable qu'ils formaient, il s'était désaltéré. Il ne se rappelait plus avoir raccroché le combiné, comme il n'aurait plus trop su répéter ce que lui avait dit sa mère, chose qui d'ailleurs n'était pas anormale.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comment diable avait-il donc pu se retrouver sur ce canapé? La voisine du haut s'était mise au piano; Jérémy avait mis Nightwish en fond musical. Peut-être qu'alors il s'était posé là, sans réfléchir.&lt;br /&gt;Il gratta de l'index une tache qui défigurait le tissu râpé. Il lui devenait pesant de se poser sans cesse de telles questions sans queue ni tête. Cela lui arrivait de plus en plus souvent. En marchant, dans la rue, il se demandait pourquoi les gens arboraient si fièrement telle ou telle coupe de cheveux qui, c’était flagrant, leur allait si mal; il cherchait à deviner les mécanismes inconscients qui poussaient le conducteur à choisir cette place plutôt qu'une autre pour garer sa voiture remplie de marmaille; il lui était parfois essentiel de déterminer quelle profession Untel pouvait exercer, quelle histoire de cœur s'était mal terminée pour que la concierge du numéro 30 pleure à chaudes larmes dans son vieux mouchoir de dentelle rose... Pourtant, ce matin, il n'avait pas cru bon de se demander pourquoi Nathalie avait l'air triste et déterminée, étrange cocktail d'attitudes qui différait tant de son habituelle excentricité bon enfant. Il n'avait pas prévu qu'elle allait le larguer, il n'avait même pas pensé à le prévoir. Il n'avait même pas pris le temps de penser qu'il pourrait penser à le prévoir. Enfin... Il pouvait conclure cette histoire par ces mots: au final, elle l'avait toujours surpris. Et de nos jours, la capacité à surprendre autrui n'est pas négligeable, surtout quand on mesure combien l'uniformité et le mimétisme sont devenus pour tant d'entre nous de véritables règles de conduites. On les suit à la lettre, s'endormant de cet anesthésiant qui pompe nos cellules grises encore miraculeusement en activité dans nos cortex modernisés.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jérémy pensait qu'il aurait du se sentir attristé, peut-être même désespéré. Il aurait dû se tenir crispé sur son portable, à souhaiter qu'un numéro bien particulier en fasse retentir la sonnerie. Mais il n'éprouvait rien. Et rien, ce n'est pas, comme beaucoup d'auteurs ont eu le tort de le faire croire, un grand vide. Un grand vide, quand on y pense, c'est déjà quelque chose. Se sentir vidé, comme on dit couramment, c'est être creusé par la fatigue, le désespoir et l'usure de la vie; c'est reconnaître que le monde imprime sa forme sur notre corps même. On devient arc, ellipse, trou noir, chaos informe implosant d'inaudibles incendies qui nous consument. On sent qu'il manque quelque chose qui devrait être là, que ce soit joie de vivre ou soif de jouir.&lt;br /&gt;Jérémy savait ce qui prenait aux tripes dans ces cas-là. A tant de gens, il avait répondu que tout allait bien, qu'il les remerciait d'être venu et appréciait leur compassion... Au fond de lui-même il aurait voulu pouvoir crier à ces crânes chauves en costumes de deuil, à ces épouses aimantes et dignes en chemisiers de soie, qu'il ne sentait rien, qu'il s'effaçait du monde, sans le vouloir et sans s'y opposer.&lt;br /&gt;Tout était devenu futile après la mort de Lucie. Rien n'avait plus d'importance, tout valait également. Pas un mot dans une phrase qui méritât qu'il y attache plus d'attention qu'à un autre. Pas un pas dans la rue qui fût plus déterminant qu'un autre; celui qui le portait vers le portemanteau avait le même impact dans le cheminement de sa vie que l'enjambée du trottoir devant la boutique des pompes funèbres. Le même, c'est-à-dire aucun.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voilà ce que signifiait ne plus rien sentir, devenir aussi informe que le quotidien des pavés gris de Paris, aussi lisse et impalpable que le ciel de plomb qui couronne les immeubles. Mais là, c'était différent. Il était simplement assis sur ce putain de canapé, à ne savoir que faire parce qu'il n'avait pas la volonté de finir un geste, pas la force d'achever l'une ou l'autre de ces deux options: se lever, ou rester là. A dire vrai, il restait là, oui, mais il le faisait sans vraiment le décider, comme s'il se trouvait dans un temps de latence, en attente de quelque chose de décisif. Oui, il lui manquait le point d'ancrage que constitue le mot de la fin, lorsqu'on fait ce que l'on dit...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jérémy remuait tout cela dans sa tête, s'apprêtant sans en avoir conscience à faire un inventaire de la situation. Il avait décidé qu'il s'ennuyait: la preuve en était peut-être qu'il restait assis sur son canapé sans savoir pourquoi il l'avait d'abord fait, ni pourquoi il continuait à y demeurer, ni ce qui pourrait par la suite le déterminer à quitter cette place. Donc, ça, c'était l'ennui. Mais c'était différent de l'effacement du monde qui avait failli le prendre une fois. L'ennui était plus médiocre, plus bas. Rien à voir avec un mouvement pur et simple d'absence, celui du deuil ou de la prière, celui qui vous élève vers un au-delà, le passé et ses souvenirs... Jérémy se souvenait qu'Hugo avait dit, à ce propos, qu'il y aurait pire qu'un enfer où l'on souffrirait: ce serait un enfer où l'on s'ennuierait.&lt;br /&gt;Jérémy appuyait-il ces propos?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tout ce dont il se rendait compte pour l'instant, c’était que ces brouillons de réflexion lui donnaient mal au crâne. Il lui semblait être pris dans des vagues innombrables qui l'auraient balayé tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, si bien qu'il aurait fini par rester à la même place, tout le temps, mais sans être véritablement immobile, et sans pouvoir se dégager de l'emprise de cette étrange marée. Pas de barque, d'équipage, pas de timonier ni de capitaine; simplement son corps amorphe, à même l'eau tiède, ramolli et vacillant. Une immersion désagréable, trop agitée pour le repos, et trop calme pour être sublime comme les vraies tempêtes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il fut un temps, Jérémy aimait peindre, et écrire aussi. D'ailleurs, il aime toujours, c'est simplement qu'il ne prend plus le temps. Un jour, il avait ébauché sur une toile l'esquisse d'une marine, et la rencontre mortelle du récif et de l'esquif, le baiser glacial de l'eau sur deux corps sombres et sombrant. Il n'avait pas fini la toile, mais l'avait laissée dans le débarras, derrière la cuisine, sous une bâche blanche qu'il soulevait quelque fois pour admirer le chef d'œuvre en puissance, et dont il savait, sans vouloir se l'avouer, qu'il ne viendrait jamais à l'être. Une création mort-née. C'était peut-être un gâchis... Mais lui-même n'en était pas certain, personne ne pouvait l'être. Pouvait-on blâmer Monnet pour tous les tableaux qu'il n'avait pas peints? Mozart pour toutes les symphonies qu'il n'avait pas écrites? Jérémy pensait qu'il lui restait ce suprême droit de l'artiste, celui d'avoir toute maîtrise sur ses œuvres. C'était futile, bien sûr. Mais il s'en repaissait, comme d'une consolation. Cela expliquait certainement pourquoi il avait beaucoup commencé, rarement achevé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ses jambes commençaient à être engourdies. Il remua à peine, et les croisa. La droite sur la gauche. Il avait dans sa ligne de vision la fenêtre simple battue par la pluie. Il n'apercevait pas les éclairs car il faisait encore trop clair, mais il entendait distinctement les murmures rauques du tonnerre qui bourdonnaient au loin.&lt;br /&gt;Et puis, par-dessus ce brouhaha lointain, un son d’une clarté irréelle, cristalline, vint superposer sa note vibrante à la réalité fatiguée. Quelqu’un avait sonné. Jérémy ne s’en rendit pas compte. Il était aux prises avec le cyclone de ses divagations, incapable d’en sortir ni d’en atteindre l’œil. Plusieurs minutes s’écoulèrent, à peine marquées du tic-tac de l’horloge. Jérémy sortit de sa torpeur, ou plutôt, il sortit la tête un instant de la masse dense et profonde dans laquelle il était engoncé, comme pour reprendre sa respiration. Et alors seulement le tintement de la sonnette parut lui parvenir, comme si le son avait dû parcourir des distances infinies pour arriver du vestibule jusqu’à ses tympans.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et, oh fut-ce un miracle ?, Jérémy se leva, marcha calmement vers la porte, qu’il ouvrit. Il n’y avait plus personne derrière. En haut de l’escalier, une paire de chaussures, brunes, grande taille, bien cirées, demeurait sagement, sans propriétaire.&lt;br /&gt;Et malgré cette absurdité, le temps continua son cycle éternel, et Jérémy…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jérémy s’ennuyait. Il était assis sur le vieux canapé, dans le salon, et triturait d’un air absent les boulettes de pensées qu’il trimbalait dans sa tête pesante. Il lui sembla un instant qu’il s’était passé quelque chose depuis qu’il demeurait ici, assis. Un vague frémissement, le son d’un clairon dans l’air, et le bruit des gonds d’une porte qui tourne sur elle-même.&lt;br /&gt;Mais cela n’était déjà plus qu’un rêve dont les bords effilochés disparaissaient au seuil de l’oubli.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5752254582634115856-5637007670848247774?l=lineyl.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lineyl.blogspot.com/feeds/5637007670848247774/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://lineyl.blogspot.com/2009/01/on-peut-rver-quelque-chose-de-plus.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5752254582634115856/posts/default/5637007670848247774'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5752254582634115856/posts/default/5637007670848247774'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lineyl.blogspot.com/2009/01/on-peut-rver-quelque-chose-de-plus.html' title='Hugo. &quot;On peut rêver quelque chose de plus terrible qu’un enfer où l’on souffre, c’est un enfer où l’on s’ennuierait.&quot;'/><author><name>Lineyl</name><uri>http://www.blogger.com/profile/08702051490416808257</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='24' height='32' src='http://4.bp.blogspot.com/_bRhjJ6DG46M/SYtsm_bPGFI/AAAAAAAADPQ/wnVyeVb8bPY/S220/DSCF5997.JPG'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5752254582634115856.post-3740221399905918830</id><published>2009-01-21T22:34:00.011+01:00</published><updated>2009-01-23T22:45:27.635+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Fictions autonomes'/><title type='text'>L'oracle de ma vie</title><content type='html'>&lt;div align="center"&gt;&lt;span style="font-family:arial;font-size:180%;color:#336666;"&gt;Chapitre XXIV&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:arial;color:#336666;"&gt;Il y a le livre, là, devant moi. Je le connais par cœur, j’ai poli et poli de mes mains sa couverture de cuir rouge, à tel point que parfois c’est ma peau que je sens sous sa peau à lui, sous sa carapace rigide et nue. Par endroit, des accrocs se sont faits visibles, comme si des dizaines de petites dents, aiguisées, avaient mordu dans la matière même du livre, dans l’épaisseur de sa tranche, dans le rembourrage des coins qui le rend grossier, destiné à un vulgaire usage.&lt;br /&gt;Car quoi de plus vulgaire que de tenir le compte des jours que nous avons vécus, et de ceux qu’il nous reste à vivre ? Chacun d’entre nous le fait, même s’il s’en défend parfois. Nous sommes souvent taxés de narcissisme, nous les inquiets du devenir, nous qui ne pouvons nous empêcher de nous dédoubler pour mieux nous voir. Mais si l’on nous considère ainsi, c’est parce que l’on sait trop bien que ce que nous faisons peut être dangereux. Ce que nous croyons contrôler finit toujours s’emparer de nous.&lt;br /&gt;Il y a le livre, là, devant moi. Il est ouvert à la dernière page et la bougie dont la flamme dort sans bruit, à ma droite, y jette un halo feignant qui le tache de jaune. Il n’y a que moi qui ne parvienne pas à dormir. Sans doute parce que, bien que j’ai crispé mes doigts sur la plume et que j’ai serré, serré mes lignes, mes intervalles, pour qu’ils prennent moins de place, je suis arrivé tout au bout. Certes, chacune de nos entreprises a une fin, et nous la posons souvent nous-mêmes, avec soulagement, pour nous débarrasser quand nous devenons las de nos amusements d’un temps. Mais cette fois l’issue me sera dictée, et je l’accepterai sans tergiverser. J’y ai cru trop longtemps, je me suis prêtée au jeu avec trop de ferveur pour accepter qu’on me dépossède ainsi de ce que j’ai créé, de ce livre et de ce qu’il contient, toute ma vie, &lt;/span&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;&lt;span style="color:#336666;"&gt;&lt;em&gt;ce que je fus, ce que je suis, et ce que je serai.&lt;br /&gt;&lt;/em&gt;Dehors la nuit est semblable à toute obscurité de printemps, légère et insouciante. Il me reste la place de conclure mon histoire, et pas davantage. Mes doigts tachés d’encre hésitent encore, je ne sais pas pourquoi. Il n’en peut être autrement, comprenez bien, il ne reste plus qu’une page. Une page pour mettre un terme à tout ce que j’ai toujours laissé en suspens, une page pour tout laisser brusquement retomber à terre. Une page pour une fin heureuse ou le coup de poignard d’une tragédie, sombre et fatal, déchirant la soie du pourpoint d’un trait élégant et souple. C’est à moi de choisir ce qu’il en sera ; ou plutôt, c’est à moi de faire mien ce qu’on m’impose déjà, ce que je vais m’imposer, là, maintenant, comme toutes ces choses que par le passé je me suis imposé de vivre, sans penser réellement à ce que je disais, à ce que j’écrivais.&lt;br /&gt;Devant moi, donc, il y a le livre. Il y a la plume qui m’a toujours servi, et les taches sans forme et sans volume des objets autour de moi, qui n’ont pas d’importance car je ne les verrai plus longtemps. Je relis les dernières lignes que j’ai écrites, cela me semble des années et pourtant l’encre en est encore fraîche. Je fais durer mes dernières minutes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;&lt;span style="color:#336666;"&gt;&lt;em&gt;Mercredi 21 janvier :&lt;br /&gt;J’aurai une fin digne de mon œuvre. Puisque j’ai la certitude de pouvoir décider de mon devenir, je veux qu’il soit brillant, qu’il traverse la voute sans profondeur des cieux humains pour venir y loger un astre plus pur, plus intraitable que tous les autres, mon étoile, celle à laquelle je ne renoncerai jamais&lt;/em&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’ai acquis et j’ai perdu plus que je ne l’aurais jamais cru, en quelques mois, j’ai compris bien des choses. Et alors que je m’apprête à clore le chapitre de cette vie que j’aurai toujours devancée, alors que j’hésite, juste un instant, à refermer le livre, pourtant une sourde obstination me pousse encore. Il faut bien que la fin soit à l’image des débuts, pleins d’espoir et d’enthousiasme.&lt;br /&gt;Il y a le livre devant moi. Et mes mots qui viennent en rejoindre d’autres pour tracer en pointillés la fin de mon existence. Elle fut belle, il n’y a pas de doute. Et puisque tout ce que j’écris n’est rien d’autre qu’une réalité future qui viendra immanquablement à se réaliser, je décide que ma mort le sera aussi, belle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;Deb a téléphoné. Je n’ai pas décroché, parce que j’étais occupée à régler mes comptes avec moi-même, avec le livre&lt;/em&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le téléphone sonne. C’est Deb. Elle ne laisse pas de message sur le répondeur, mais c’est elle. Ce fut rapide. A mesure que mes prédictions se rapprochent de la grande question dont nous sommes tous habités, qu’y a-t-il après ?, elles se sont font plus brutales, et leur réalisation devient plus brusque. La réalité, confuse d’être ainsi à ma merci, déroutée de se voir dicter sa route par l’apprentie écrivain que je suis, se venge en hâtant les choses.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;&lt;span style="color:#336666;"&gt;&lt;em&gt;&lt;em&gt;… parce que j’étais occupée à régler mes comptes avec moi-même, avec le livre. C’est tout un, la même chose. Devant moi il y a le livre, et juste à côté, le poignard repose sagement, sa lame d’onyx ne porte pas le reflet de la bougie qui dort, à ma droite. Je saisis le manche glacé. Mes doigts l’enserrent fermement, assurent leur prise. Je regarde l’instrument de ma mort avec un sourire de sagesse aux lèvres, avec bienveillance presque. Je l’ai choisi, après tout. Il m’est un fidèle compagnon, celui qui, le dernier, assistera mon ultime soupir&lt;/em&gt;.&lt;br /&gt;Je plonge la lame, profondément, d’un geste ample, sans accélérer, sans ralentir non plus. L’entaille est large, elle barre ma poitrine d’une blessure sombre. L’humidité du sang imbibe ma chemise grise. C’est chaud. Je n’aurais pas pensé que ce soit si&lt;/em&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;&lt;span style="color:#336666;"&gt;&lt;em&gt;chaud.&lt;br /&gt;Il est venu, le temps de dire Adieu. Il me semble l’avoir déjà écrit cent fois, mais j’aime faire les choses dans les formes. Ce sera mon dernier caprice d’auteur, laisser une œuvre achevée, recherchée jusqu’aux frontières des territoires mortels.&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ca y est, je l’ai écrit. Mes doigts se saisissent brusquement du poignard. Je le veux, bien sûr, c’est moi qui l’ai décidé. Mais même si je décidais, brusquement, sans raison, d’oublier ce que j’ai appris ces derniers mois, que la volonté du livre est inévitable, je ne pourrais rien faire. Il m’est impossible d’échapper à la lame qui fend l’air comme il m’est impossible de ne pas voir l’entaille large qui barre ma poitrine d’une blessure sombre, de ne pas sentir l’humidité du sang qui imbibe ma chemise grise.&lt;br /&gt;Cette humidité si chaude.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5752254582634115856-3740221399905918830?l=lineyl.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lineyl.blogspot.com/feeds/3740221399905918830/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://lineyl.blogspot.com/2009/01/le-livre.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5752254582634115856/posts/default/3740221399905918830'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5752254582634115856/posts/default/3740221399905918830'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lineyl.blogspot.com/2009/01/le-livre.html' title='L&apos;oracle de ma vie'/><author><name>Lineyl</name><uri>http://www.blogger.com/profile/08702051490416808257</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='24' height='32' src='http://4.bp.blogspot.com/_bRhjJ6DG46M/SYtsm_bPGFI/AAAAAAAADPQ/wnVyeVb8bPY/S220/DSCF5997.JPG'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5752254582634115856.post-8180445422148576521</id><published>2009-01-19T21:26:00.006+01:00</published><updated>2009-01-20T00:23:33.971+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Chroniques ulmiennes'/><title type='text'>Chroniques ulmiennes, 3. ETIENNE: "Tout comme lui, il avait le sentiment que leur relation était née de l'Inévitable."</title><content type='html'>&lt;div  style="text-align: justify; color: rgb(102, 102, 102);font-family:arial;"&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);font-family:arial;" &gt;—&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; "Invisible sauf pour ceux qui savent &lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic; color: rgb(102, 102, 102);"&gt;déjà&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; où la chercher"? Mon cul, ouais! &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_0"&gt;J'me&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; suis baladé comme un con devant le &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_1"&gt;NIR&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt;, à écarter les doigts dans tous les sens pour la dénicher, cette foutue porte. Sans rire, j'ai l'impression d'avoir la main palmée maintenant, tellement &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_2"&gt;j'me&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; suis démené!&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_3"&gt;Laurent&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; et sa véhémence, qui fait sourire, parce qu'au fond on sait tous que ce n'est pas un mauvais bougre.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);font-family:arial;" &gt;—&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; Salut, &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_4"&gt;Laurent&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt;. La nuit a été bonne à ce que je vois?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_5"&gt;Etienne&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 0);"&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; ne lève pas les yeux du parchemin sur lequel il laisse aller ses ongles propres et ses phalanges délicates, qui, dans leur mouvement incessant, semblent lire à toute vitesse les signes tracés à l'encre noire se chevauchant sous les tâches et les déchirures des siècles. Il ne lève pas la tête, mais un mince sourire tend ses lèvres fines, suscité par une complicité qui n'a plus rien à craindre. Cela fait dix ans qu'ils ne se quittent plus, &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_6"&gt;Laurent&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; et lui; alors, non, vraiment, il n'y a plus à hésiter. La place d'ordinaire réservée aux embarras et aux maladresses a été définitivement comblée par une amitié volage, rieuse et insaisissable.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);font-family:arial;" &gt;—&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; Putain mais t'écoutes un peu ce que je dis? Tu...&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_7"&gt;Laurent&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; réprime une exclamation pourtant bien partie, et se prend en pleine gueule le regard vert sombre &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_8"&gt;d'Etienne&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt;, sa figure brune et pas rasée, et son début de sourire qui se meut rapidement en fou rire.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);font-family:arial;" &gt;—&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; Mais arrête de te foutre de...&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt;Assaillis de bredouillements inintelligibles, les deux gamins de trente ans se laissent aller à rire en oubliant la syntaxe; ils se bidonnent, appuyés sur l'imposante table en bois massif qui sent la bière et la cigarette. &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_9"&gt;Laurent&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; donne une grande tape dans le dos &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_10"&gt;d'Etienne&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt;, comme s'il pouvait par ce geste arbitraire chasser les hoquets et les rires qui parcourent le corps mince et musclé de son ami. C'est peine perdue, d'ailleurs &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_11"&gt;Laurent&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; n'a que trop besoin, maintenant, de ses deux mains pour se tenir les côtes...&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold; color: rgb(102, 102, 102);"&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Un peu plus tôt dans la matinée&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102); font-style: italic;"&gt;.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);font-family:arial;" &gt;—&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_12"&gt;Etienne&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt;! Tu dois passer à la &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_13"&gt;bibli&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt;, non? Tu viens avec moi?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);font-family:arial;" &gt;—&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; Non, je peux pas, je dois passer prendre des trucs dans mon casier...&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_14"&gt;Typhaine&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; soupire. Elle devrait se faire une raison, se résoudre à reconnaître l'inévitable inefficacité de son enthousiasme, mais elle ne peut réfréner ses envies perpétuelles de proposer des &lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic; color: rgb(102, 102, 102);"&gt;trucs&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; aux gens. Malheureusement, ledit enthousiasme étant rarement partagé, elle se voit sans cesse obligée de traiter avec de petites désillusions, insignifiantes chacune à part, mais qui, amalgamées avec la grisaille de janvier, lui remontent comme une boule dans la gorge en fin de journée. Mais elle garde la certitude d'être dans son bon droit... Cela ne se fait pas de toujours dire &lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic; color: rgb(102, 102, 102);"&gt;non &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt;à tout!&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt;Ses cheveux bouclés laissés libres de virevolter dans la brise matinale, &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_15"&gt;Typhaine&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; s'approche des portes vitrées du &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_16"&gt;NIR&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt;. Elle &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-corrected" id="SPELLING_ERROR_17"&gt;entr'aperçoit&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_18"&gt;Cléo&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; qui, pas bien chaudement vêtue, arbore un air d'inquiétude mêlée de rêverie diffuse.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);font-family:arial;" &gt;—&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_19"&gt;Cléo&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt;, ça va?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_20"&gt;Cléo&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; tourne la tête, par automatisme, murmure un vague "Bonjour" sans répondre à la question posée. Nous ne saurons jamais si elle a volontairement &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-corrected" id="SPELLING_ERROR_21"&gt;snobé&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_22"&gt;Typhaine&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; ou pas; il est trop tard pour lui demander, elle a déjà filé vers le Pot, sa carte &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_23"&gt;ENS&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; en main. Les bords plastifiées en sont déchirés et lui cisaillent les doigts.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_24"&gt;Typhaine&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; pourrait y voir un signe du destin. Elle n'a pas lu l'horoscope ce matin, mais on ne peut nier que deux abandons, même légers, en moins de quinze secondes, c'est un mauvais départ. Elle passe en coup de vent vérifier son maquillage dans la glace des toilettes, puis franchit la porte de la &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_25"&gt;bibliothèque&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt;, et monte jouer à l'apprentie archéologue, soulever des couvertures poussiéreuses, s'enfouir sous des siècles de savoir, se délecter d'un oubli bien mérité de soi-même au profit des vies illustres des autres ; elle ne sait plus rien du monde parisien qui, dehors, se dandinant pour suivre le rythme d'une vie un peu trop rapide, un peu trop leste, s'apprête encore une fois à assurer la continuité des jours en raccommodant l'aube et le crépuscule.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_26"&gt;Etienne&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; a semé &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_27"&gt;Typhaine&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt;. Il allume une clope qu'il fume lentement dans la cour du &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_28"&gt;NIR&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt;. Il cache sa silhouette bien faite dans l'encadrement d'une fenêtre et aspire avec délectation les bouffées de nicotine qui le tapissent, à l'intérieur, de chaleur et de sérénité. Il est 9h10 à sa montre. Il lui reste un peu moins d'une heure avant de retrouver &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_29"&gt;Laurent&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt;. Cette quête commence à lui peser, d'autant plus qu'il n'y a pas le moindre signe qu'elle doive finir un jour. Il craint surtout que &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_30"&gt;Laurent&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; ne parvienne pas à rester encore longtemps patient; il est sûr du moins qu'il n'attendra pas qu'ils aient épluché tous les vieux manuscrits d'ésotérisme de la &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_31"&gt;bibli&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; pour "péter son &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-corrected" id="SPELLING_ERROR_32"&gt;câble&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt;", comme il dit. &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_33"&gt;Etienne&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; n'a aucune envie de devoir à nouveau calmer son frère &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_34"&gt;ulmien&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt;, ça le gonfle de devoir toujours se montrer raisonnable alors que &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_35"&gt;Laurent&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; a le privilège de l'emportement et de la disproportion.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt;Inspiration, relâchement, expiration. La cigarette se consume au ralenti, &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_36"&gt;Etienne&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; se perd dans des souvenirs aux teintes délavées, aux contours rendus flous par les défauts de la mémoire. Promo 1998, un septembre splendide où pas un nuage ne faisait concurrence au bleu du ciel. L'excitation de la jeunesse, oui, c'était encore la jeunesse et son flottement, son alanguissement un peu vantard, parfois sérieux, parfois ridicule, mais qui faisait tellement de bien... Première soirée organisée à l'Ecole&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt;, un vendredi soir, dans le vieux gymnase. &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_39"&gt;Etienne&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; connaissait peu de monde, mais la bière déliait vite les langues et les corps qui, après deux voire trois ans de &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_40"&gt;prépa&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt;, attendait simplement le &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_41"&gt;top départ&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; pour s'élancer sur le &lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic; color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_42"&gt;dancefloor&lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic; color: rgb(102, 102, 102);"&gt; &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt;au rythme envoûtant de la &lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic; color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_43"&gt;soul&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt;, pour se mêler aux vibrations des basses et aux hurlements du rock. Très vite il n'avait plus compté les nouveaux visages et prénoms venus s'imprimer, brusquement et très vaguement, sur le front plissé de sa concentration; au final, il disait bonsoir à tout le monde, faisant mine, comme les autres, de maîtriser toutes les données de la situation, et évitait de se mettre dans des postures embarrassantes en cherchant - chose inouïe! - à appeler les gens par leur prénom. Et puis, Cendrillon étant rentrée chez elle, la salle se démenant toujours, pleine à craquer, &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_44"&gt;Etienne&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; avait senti sur son épaule se poser une main, poigne ferme, paume large. Il avait pivoté pour se retrouver face à face avec un mec à la peau pâle, &lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic; color: rgb(102, 102, 102);"&gt;au visage ovale marqué par une mâchoire fine. Pas de barbe. Regard clair, de couleur indéfinissable. Démarche assurée, tranquille, où l'on perçoit pourtant&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt;...&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);font-family:arial;" &gt;—&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; Moi c'est &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_45"&gt;Laurent&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt;, avait prononcé l'inconnu au regard perçant.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt;S'il avait bu, cela ne se voyait pas. Ses pupilles seules tremblaient un peu, mais peut-être était-ce la lumière vacillante des spots et le martèlement de la musique qui les désorientaient.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);font-family:arial;" &gt;—&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_46"&gt;Laurent&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt;? Euh...&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);font-family:arial;" &gt;—&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; T'as intérêt à t'en souvenir, vieux, parce que maintenant, toi et moi, on se quitte plus.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_47"&gt;Etienne&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt;, suant l'alcool et la fatigue, s'était tout à coup demandé ce que foutait ce ténébreux dérangé au pied de l'estrade, à lui tripoter l'épaule et à lui promettre une vie de couple pour l'éternité.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);font-family:arial;" &gt;—&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; Mais, je...&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);font-family:arial;" &gt;—&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_48"&gt;Parle pas&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt;, de toute façon t'es plus en état de dire quoique que ce soit que moi, ou n'importe qui d'un peu moins imbibé, puisse comprendre. &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_49"&gt;Epargne-moi&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; tes balbutiements, viens. Et puis, bon...&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_50"&gt;Laurent&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; l'avait regardé encore une fois dans le fond des yeux - on aurait dit qu'il l'autopsiait patiemment, séparant les chairs des os pour parvenir, &lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic; color: rgb(102, 102, 102);"&gt;&lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_51"&gt;dessous&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt;, à coincer entre deux doigts quelque chose comme une sensibilité, une personnalité.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);font-family:arial;" &gt;—&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; Bon, je te paie une bière. &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-corrected" id="SPELLING_ERROR_52"&gt;Ça&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; peut plus rien te faire, là.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt;Et voilà comment tout ça avait commencé. Quelques chopes plus loin, quelques échanges joyeux dans la poche, et ils s'étaient retrouvés à traîner ensemble leurs grandes carcasses sur la piste poussiéreuse de leur scolarité; quatre années, à peine entrecoupées de brèves escapades à l'étranger où, même s'ils étaient séparés, ils continuaient de vivre ensemble et de tout partager. Et, au final, un poste à l'Ecole pour chacun des deux. Par la suite, &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_53"&gt;Etienne&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; avait souvent demandé à &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_54"&gt;Laurent&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; pourquoi, comment, au nom de quoi il s'était permis, ce soir là, au milieu de tous les autres, &lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic; color: rgb(102, 102, 102);"&gt;alors qu'il y en avait tant d'autres&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt;, de le choisir, lui. A chaque fois, &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_55"&gt;Laurent&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; l'avait regardé avec une certaine suffisance que ses haussements d'épaules ne parvenaient pas à masquer:&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);font-family:arial;" &gt;—&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; Est-ce que je te demande pourquoi tu fais ce que ton destin te destine à faire, moi? Arrête de me demander ça... Tu sais aussi bien que moi que ça ne pouvait pas être autrement.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt;Et de fait, même si cette réponse ne le satisfaisait jamais pleinement, même si &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_56"&gt;Etienne&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; détestait les tautologies et leur petit manège circulaire et creux, il se résignait la plupart du temps à donner foi aux paroles de &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_57"&gt;Laurent&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt;. Parce que, tout comme lui, il avait le sentiment que leur relation était née de &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_58"&gt;l'Inévitable&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt;.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);font-family:arial;" &gt;&lt;br /&gt;—&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; C'était pas la peine de t'échapper comme ça si c'est pour me tomber à nouveau dessus, et cette fois me déranger dans mes apnées bibliophiles!&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);font-family:arial;" &gt;—&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; Ah, &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_59"&gt;Typhaine&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt;... Je pensais pas que tu serais dans cette salle, sinon je t'aurais accompagnée.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic; color: rgb(102, 102, 102);"&gt;&lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_60"&gt;Aïe&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt;. Bien sûr &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_61"&gt;qu'Etienne&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; n'a rien contre &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_62"&gt;Typhaine&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt;, bien sûr que ça ne l'amuse pas de la planter toujours au seuil de la &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_63"&gt;bibli&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt;, et de lui mentir en prétextant qu'il a d'autres choses à faire. Mais &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_64"&gt;Laurent&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; a été bien clair sur ce point - et d'ailleurs &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_65"&gt;Etienne&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; ne peut pas nier la pertinence de sa mise en garde : &lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic; color: rgb(102, 102, 102);"&gt;il est hors de question que quiconque vienne à découvrir ce sur quoi ils travaillent, et la raison pour laquelle ils vident progressivement, par des moyens plus ou moins légaux, la bibliothèque de ses ouvrages les plus anciens et les plus mystérieux...&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; Alors, même si cela l'oblige parfois à adopter la misanthropie intermittente de Laurent, &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_67"&gt;Etienne&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; se plie aux règles. Pourtant il l'aime bien, &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_68"&gt;Typhaine&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt;. Sa maladresse, sa douceur, et ses fossettes qui rigolent sous ses yeux sombres lui mettent du baume au coeur quand il sent la vie &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_69"&gt;s'étriquer&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; autour de lui.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);font-family:arial;" &gt;—&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; Désolé, j'ai quelque chose à emprunter, je repasse peut-être...&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);font-family:arial;" &gt;—&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; T'inquiète pas, j'ai pas l'intention de te pourchasser entre les rayonnages! D'ailleurs, si tu  ne veux pas me dire ce que &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_70"&gt;Laurent&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; et toi vous vous obstinez à chercher, c'est pas grave, ça ne me regarde pas. Simplement, ne me prends pas pour une idiote, &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_71"&gt;Etienne&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt;.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt;Maligne, l'excentrique &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_72"&gt;Typhaine&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt;. &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_73"&gt;Etienne&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; laisse un sourire affleurer sur ses lèvres. Bon, il ne lui dira rien, c'est clair, mais tout de même il peut...&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);font-family:arial;" &gt;—&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_74"&gt;Typhaine&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt;?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);font-family:arial;" &gt;—&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; Oui?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_75"&gt;Etienne&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt;, qui avait déjà fait quelques pas pour passer dans la salle 6, revient vers la jeune femme et pose ses deux mains sur le bord de la table qu'elle a recouverte, sans ménagements, de livres et de &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_76"&gt;feuilles&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; manuscrites.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);font-family:arial;" &gt;—&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; J'ai deux places pour aller voir &lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic; color: rgb(102, 102, 102);"&gt;Le songe d'une nuit d'été&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt;, à l'Odéon. &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-corrected" id="SPELLING_ERROR_77"&gt;Ça&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; te dit?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_78"&gt;Typhaine&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; cligne des yeux, son coeur se rue hors de sa poitrine comme s'il voulait se frotter au torse &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_79"&gt;d'Etienne&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt;, plus près, &lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic; color: rgb(102, 102, 102);"&gt;le frôler, sans le vouloir, sans faire exprès...&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; Elle s'entend répondre:&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);font-family:arial;" &gt;—&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; Avec plaisir! Pour une fois que tu renonces à m'échapper...&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic; color: rgb(102, 102, 102);"&gt;&lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_80"&gt;Aïe&lt;/span&gt;. &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt;Humour, humour, quand tu nous tiens. Tu es sûre que c'était nécessaire, ta blague un peu lourde, ma belle? Bon, peut importe. &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_81"&gt;Etienne&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; ne s'en embarrasse pas, regarde, il est déjà parti vers sa quête infernale, et toi, tu n'auras pas assez de toute cette journée pour te remettre de tes émotions. C'est ça, &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_82"&gt;replonge-toi&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; dans tes grimoires...&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt;Et &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_83"&gt;calme-moi&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt; ce rythme cardiaque!&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5752254582634115856-8180445422148576521?l=lineyl.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lineyl.blogspot.com/feeds/8180445422148576521/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://lineyl.blogspot.com/2009/01/chroniques-ulmiennes-3-etienne-tout.html#comment-form' title='3 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5752254582634115856/posts/default/8180445422148576521'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5752254582634115856/posts/default/8180445422148576521'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lineyl.blogspot.com/2009/01/chroniques-ulmiennes-3-etienne-tout.html' title='Chroniques ulmiennes, 3. ETIENNE: &quot;Tout comme lui, il avait le sentiment que leur relation était née de l&apos;Inévitable.&quot;'/><author><name>Lineyl</name><uri>http://www.blogger.com/profile/08702051490416808257</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='24' height='32' src='http://4.bp.blogspot.com/_bRhjJ6DG46M/SYtsm_bPGFI/AAAAAAAADPQ/wnVyeVb8bPY/S220/DSCF5997.JPG'/></author><thr:total>3</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5752254582634115856.post-5119156992687212684</id><published>2009-01-19T21:23:00.007+01:00</published><updated>2009-01-20T00:24:53.695+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Chroniques ulmiennes'/><title type='text'>Chroniques ulmiennes, 2.  CLEO: "Un vague sourire aux lèvres, le ventre noué et les pupilles tremblantes."</title><content type='html'>&lt;div  style="text-align: justify; color: rgb(51, 51, 51);font-family:arial;"&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt;Il est tôt.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt;Trop tôt pour songer à ces &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_0"&gt;choses-là&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt;, à ces enluminures de naïveté, à ces dentelles de rêveries. Les rares autochtones qui serpentent sur le circuit sont encore à moitié avachis dans leur fringues, l'air défait, les cheveux dressés sur la tête comme si &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_1"&gt;l'Ecole&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt; avait brusquement été mise en apesanteur. Du Pot s'échappent des odeurs alléchantes, café, croissant ou jus d'orange. Même ces filaments parfumés, invisibles, qui mènent les élèves par le bout du nez, les guidant miraculeusement de leur chambre jusqu'au buffet sans passer par la case Départ et sans toucher 20 000, donnent le sentiment de composer un ensemble ébouriffé et hirsute.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt;C'est le matin des endormis qui daigne se lever sur la &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_2"&gt;Courô&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt;.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt;Quelle est donc cette jeune fille qui se permet de juger de haut les réveils difficiles de ses compatriotes?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt;Derrière une vitre embuée où les arabesques de givre rappellent le flot de la fontaine frileuse, on voit un visage pâle où s'écarquillent deux grands yeux, dans lesquels tourbillonnent deux pupilles, frénétiquement, sans parvenir à dompter leur impatience.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt;Mais qui ne le serait, impatient, dans cette situation? Le beau &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_4"&gt;Laurent&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt; vient de rentrer sur le terrain. Terrain piégé, non pas tant parce que la &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_5"&gt;Courô&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt;, blanche, douce, et casse-gueule, a apprêté ses joyeuses farces et ses gamelles, mais surtout parce que &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_6"&gt;Cléo&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt;, là, derrière la vitre, a tissé les moindres recoins de la cour de ses regards clairs.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_7"&gt;Laurent&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt; ne daigne pas s'apercevoir qu'on l'observe. Cela fait des semaines qu'il ne daigne s'apercevoir de rien. &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_8"&gt;Cléo&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt; ne pense même pas à choisir le désespoir. Tant qu'elle le verra, une fois, deux fois, plusieurs fois par jour, marcher tout près... Tant qu'elle le verra, lui, sa silhouette élancée, faite pour traverser le monde vêtue d'élégance, de simplicité, de perfection... Tant qu'elle pourra se nourrir de ces brefs éclats, de ce visage aperçu au coin d'un couloir, elle continuera à porter sa croix, un vague sourire au lèvres, le ventre noué et les pupilles tremblantes.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt;Amoureuse, et fière de l'être.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt;Elle n'en perd pas une miette, la &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_9"&gt;Cléo&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt;. Ses lèvres roses, raidies par le froid, se cachent dans son écharpe. Son regard &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_10"&gt;bleu-vert&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt;, noyé dans la blancheur qui l'environne, colle aux pas de l'homme en noir, à la chemise kaki, comme pour le retenir et entraver sa marche. Il faut croire que l'insistance d'un regard peut être plus néfaste qu'on croit.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_11"&gt;Laurent&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt;, qui allait d'un bon pas contourner le bassin aux &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_12"&gt;Ernests&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt;, glisse, opère une translation non maîtrisée vers l'ovale sombre, &lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic; color: rgb(51, 51, 51);"&gt;sa main droite tentant de se rattraper à une rampe imaginaire, sa jambe opérant un décalage brusque et inhabituel&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt;... &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_13"&gt;Cléo&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt; entrouvre la porte qui donne sur la &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_14"&gt;Courô&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt;, celle à gauche quand on regarde vers le &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_15"&gt;NIR&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt;, celle en face quand on traîne près du &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_16"&gt;CEA&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt;, celle à droite quand on sort du &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_17"&gt;COF&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt;... Elle la pousse juste une seconde, le temps pour elle de lâcher un soupir, le temps pour les deux filles, à droite, de pouffer dans leurs foulards en soie, le temps pour &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_18"&gt;Laurent&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt;, en face, de maudire le Grand Architecte du monde et de lui intimer l'ordre de le laisser poursuivre, debout, et sur ses deux jambes, sa route vers la cour du &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_19"&gt;NIR&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt;.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt;Les prières sont exaucées, les injures efficaces. &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_20"&gt;Cléo&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt; laisse la porte retomber sur son visage impassible, tendu. Elle se dirige vers la &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_21"&gt;K-fêt&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt;, suivant toujours du regard, à travers les vitres, &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_22"&gt;Laurent&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt; qui, sombre, avec ce je-ne-sais-quoi d'arrogant et de mystérieux, salue vaguement un professeur, et se rend dans la salle des casiers.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt;Elle se replie au fond, près de l'entrée de la cafétéria, près de l'escalier qui mène en &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_23"&gt;K-fêt&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt;, &lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic; color: rgb(51, 51, 51);"&gt;parce que non, ce n'est pas la même chose&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt;, et le voit sortir à nouveau, se dirigeant vers elle. Que peut-elle bien lui trouver? &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_24"&gt;Laurent&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt; doit avoir une trentaine d'années, il n'est ni trop grand, ni trop petit, porte un costume sombre, une chemise kaki et une sacoche noire à fermetures argentées. Visage ovale, dont les angles sont marqués par une mâchoire fine. Pas de barbe. Regard clair, de couleur indéfinissable. Démarche assurée, tranquille, où l'on perçoit pourtant, dans le mouvement de la main droite, saccadé, &lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic; color: rgb(51, 51, 51);"&gt;énervé&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt;, une tension invisible au premier abord, quelque chose prêt à éclater.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_25"&gt;Cléo&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt; se mord les joues. Bah oui ma belle, ce sont des choses qui arrivent. A force de le filer comme ça depuis des jours, tu allais forcément finir par te retrouver sur sa route, il allait forcément finir par t'arriver droit dessus, comme ça, comme maintenant, comme le &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_26"&gt;Titanic&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt; sur son iceberg, sans pouvoir t'éviter... Tu vas te faire broyer, ma petite. Ton coeur de plume et de &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_27"&gt;gloss&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt; va gicler, pressé par le refuge d'un sourire sur ce visage qui se donnera jamais. La petite fantaisie dont tu décores pour l'instant ta vie va te coûter trop cher pour ne pas laisser de traces sur la matière molle et blanche dont tu es faite, rêveuse et pleine d'espoir...&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt;Un petit lutin tire sur la manche de &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_28"&gt;Laurent&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt;. &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_29"&gt;Cléo&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt; ne voit rien, elle a les paupières baissées, elle ne sait pas pourquoi, peut-être que ce serait trop dur de voir qu'il ne voit rien. Quoiqu'il en soit, un petit lutin tire sur la manche de &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_30"&gt;Laurent&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt;. Ce dernier s'arrête, l'humeur massacrante qui marque ses traits demeure mais on y voit surgir les élans étonnés de la surprise et de l'abasourdissement, comme des cercles concentriques venus affleurer sur sa peau pâle. Il se penche vers les carreaux opaques, ses lèvres forment des mots que &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_32"&gt;Cléo&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt; n'entend pas... Elle ne sait même pas qu'il les a prononcés. Elle triture le bas de sa manche en faisant les cent pas devant l'entrée arrière du Pot. Elle triture le bas de sa manche en attendant que quelque chose change. Elle triture le bas de sa manche en ayant peur que tout ça change.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_33"&gt;Laurent&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt; reprend sa route. Les éclairs imperceptibles d'une émotion violente parcourent son être entier, mais c'est à peine s'ils altèrent sa démarche toujours tranquille, et assurée. Pourtant, qui le connaît bien saurait qu'il &lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic; color: rgb(51, 51, 51);"&gt;n'a pas pu se tromper. Alors c'est donc cela, il aurait recommencé...&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_34"&gt;Cléo&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt; lève la tête. Il arrive. Il s'apprête à passer devant elle, elle s'apprête à le sentir plus près, encore plus près, elle pourrait presque le frôler, sans le vouloir, sans faire exprès. Il ne voit rien, il a la tête pleine d'un mirage dont personne n'a idée, et dont tout le monde se fout. &lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic; color: rgb(51, 51, 51);"&gt;S'ils savaient...&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt; Mais &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_35"&gt;Laurent&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt; pile net devant &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_36"&gt;Cléo&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt;, sans remarquer ses petites joues pâles colorées par un sourire, ses pupilles tremblantes et le bas de la manche, qu'elle triture. Non, il étouffe simplement un juron, jetant un regard noir à ce monde qui semble contrecarrer ses plans. A la gauche de &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_37"&gt;Cléo&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt;, en haut de l'escalier de la &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_38"&gt;K-fêt&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt;, une silhouette de jeune fille, cheveux roux, talons hauts, fait fuir le beau &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_39"&gt;Laurent&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt; et sa misanthropie matinale. Il fait demi-tour, brusquement, sans prévenir, &lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic; color: rgb(51, 51, 51);"&gt;sans prévenir...&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt; Elle n'avait pas prévu ça, la douce &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_40"&gt;Cléo&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt;, d'ailleurs elle ne comprend. Tout ce qu'elle a vu, c'est &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_41"&gt;Laurent&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt; avancer vers elle, se figer un instant, une rage disproportionnée plaquée sur le visage, puis partir, &lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic; color: rgb(51, 51, 51);"&gt;partir, sans raison, sans rien...&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);font-family:arial;" &gt;—&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt; Salut ma grande!&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_42"&gt;Cléo&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt; pivote. Devant elle, &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_43"&gt;Esmeralda&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt; en personne. Non, ce n'est pas une blague, elle s'appelle comme ça. Il faut croire aussi qu'elle a tout fait pour coller à son prénom. Grande, belle, naturelle, en courbes et en déhanchés, &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_44"&gt;gracieuse&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt;. &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_45"&gt;Esmeralda&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt;, qui la salue.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);font-family:arial;" &gt;—&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt; ... Salut.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);font-family:arial;" &gt;—&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt; Comment ça va? Pas trop dur?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_46"&gt;Esmeralda&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt; lui pose des questions banales, sans intérêt. &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_47"&gt;Cléo&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt; n'a plus en tête qu'un homme qui a quitté sa route, l'a snobée et réduite à l'inexistence. &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);" class="blsp-spelling-corrected" id="SPELLING_ERROR_48"&gt;Ça&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt; lui fait mal, à la &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_49"&gt;Cléo&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt;, on peut comprendre.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt;Et l'autre, là, la fille parfaite, qui pousse son baratin comme un &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);" class="blsp-spelling-corrected" id="SPELLING_ERROR_50"&gt;cadi&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt; poussif, au milieu des rayons enneigés de la &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_51"&gt;Courô&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt;!&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt;Pourtant, si &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_52"&gt;Cléo&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 0);"&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt; avait fait plus attention, elle aurait peut-être compris ce que moi j'ai compris. Si elle avait levé les yeux, regardé &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_53"&gt;Esmeralda&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt;, passé outre sa beauté, son aura, sa sensualité, elle aurait vu son regard tendu, prêt à claquer à la moindre torsion, poursuivre &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);" class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_54"&gt;Laurent&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt; jusqu'aux tréfonds du 45.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 51);"&gt;Et elle aurait alors compris que son idéal masculin avait un autre chasseur à ses trousses.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5752254582634115856-5119156992687212684?l=lineyl.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lineyl.blogspot.com/feeds/5119156992687212684/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://lineyl.blogspot.com/2009/01/chroniques-ulmiennes-2-cleo-un-vague.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5752254582634115856/posts/default/5119156992687212684'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5752254582634115856/posts/default/5119156992687212684'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lineyl.blogspot.com/2009/01/chroniques-ulmiennes-2-cleo-un-vague.html' title='Chroniques ulmiennes, 2.  CLEO: &quot;Un vague sourire aux lèvres, le ventre noué et les pupilles tremblantes.&quot;'/><author><name>Lineyl</name><uri>http://www.blogger.com/profile/08702051490416808257</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='24' height='32' src='http://4.bp.blogspot.com/_bRhjJ6DG46M/SYtsm_bPGFI/AAAAAAAADPQ/wnVyeVb8bPY/S220/DSCF5997.JPG'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5752254582634115856.post-8546086328884830614</id><published>2009-01-19T21:19:00.007+01:00</published><updated>2009-01-20T00:21:35.948+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Chroniques ulmiennes'/><title type='text'>Chroniques ulmiennes, 1. LAURENT: "L'hypocrisie en dosettes, il a toujours du mal à avaler."</title><content type='html'>&lt;div  style="text-align: justify; color: rgb(0, 0, 0);font-family:arial;"&gt;Il saute à bas du muret.&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 0);font-family:arial;" &gt;—&lt;/span&gt; &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_0"&gt;Laurent&lt;/span&gt;, tu vas où? Hé!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il bouscule un arbuste aux branches nues, manque de shooter dans un corbeau qui se dore la pilule sous une farandole de philosophes stoïques, aux visages anoblis par l'usure de la pierre. Bordel! Il a neigé ici aussi! Il manque d'aller embrasser les &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_1"&gt;Ernests&lt;/span&gt; dans l'eau stagnante du bassin, via la ligne &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_2"&gt;TGV-verglas&lt;/span&gt; qui traverse la &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_3"&gt;Courô&lt;/span&gt;. Ses talons crissent, sa main droite tente de se rattraper à une rampe imaginaire en brassant l'air glacé du matin, sa jambe opère un décalage brutal et inhabituel... Les secondes ralentissent, lui tombent une à une sur la tête comme des aiguilles de givre. Finalement tout se fige, un équilibre précaire semble lui accorder sa grâce. La gamelle a été évitée, pas le ridicule.&lt;br /&gt;Les deux poupées au teint de porcelaine, dans l'encadrement de la porte, le regardent en rigolant. Il leur ferait bouffer leurs jolies dents d'ivoire...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Considérant la mauvaise humeur comme une des attributions divines qui, de droit, lui reviennent, &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_4"&gt;Laurent&lt;/span&gt; fusille du regard le prof maussade, celui qui fume une clope depuis longtemps éteinte, en suant par tous les pores un ennui navrant.&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Non, ça, c'est à moi... T'as qu'à sourire, comme tout le monde. T'auras l'air con, j'aurais l'air de mauvais poil, mais au moins je serais le seul.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;C'est bête, parce qu'il le connaît ce prof. Du coup, sa grande tirade reste coincée au fond de sa gorge, à se débattre entre éructation et déglutition. De toute façon, les mots n'auraient pas pu franchir ses lèvres; reste de &lt;span style="font-style: italic;"&gt;self-control&lt;/span&gt; ou décongélation des cordes vocales en option? Peu importe, &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_5"&gt;Laurent&lt;/span&gt; s'avance sous le regard vicieux de la cigarette consumée; il fait un signe de tête, qui ne veut rien dire, l'essentiel étant que l'autre puisse y trouver ce qu'il y cherche. Le prof en costume fripé doit y saisir un bonjour, ou un quelconque signe de familiarité amicale.&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Mon cul, ouais...&lt;/span&gt; L'hypocrisie en &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_6"&gt;dosettes&lt;/span&gt;, il a toujours du mal à avaler.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Des microbes, des éternuements, batifolent joyeusement sur le seuil du bureau &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_7"&gt;COFien&lt;/span&gt;. &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_8"&gt;Laurent&lt;/span&gt; pratique le slalom aléatoire, il finit donc par se heurter à des pensées désagréables... Programme d'études, partiels.&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 0);font-family:arial;" &gt;—&lt;/span&gt; Salut!&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 0);font-family:arial;" &gt;—&lt;/span&gt; Salut! &lt;span class="blsp-spelling-corrected" id="SPELLING_ERROR_9"&gt;Ça&lt;/span&gt; va?&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 0);font-family:arial;" &gt;—&lt;/span&gt; Ouais, et toi?&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 0);font-family:arial;" &gt;—&lt;/span&gt; &lt;span class="blsp-spelling-corrected" id="SPELLING_ERROR_10"&gt;Ça&lt;/span&gt; va.&lt;br /&gt;A couper au montage, sans intérêt. Pas une seule lueur d'attention dans les flaques fatiguées des iris. Les gens s'en foutent, alors pourquoi leur jeter à la face leur propre médiocrité? Non, &lt;span class="blsp-spelling-corrected" id="SPELLING_ERROR_11"&gt;décidément&lt;/span&gt;, à couper au montage.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_12"&gt;Laurent&lt;/span&gt; regarde au fond du casier les ténèbres qui gigotent. Il attend quelques secondes comme si elles allaient lui pondre une lettre, une &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_13"&gt;brochure&lt;/span&gt; ou un prospectus. Non, rien. C'est définitif, la journée sera placée sous le signe de l'absence.&lt;br /&gt;Il en prend son parti. Pourquoi se prendrait-il la tête avec ce qui lui manque? Il se la prend déjà bien assez avec ce qu'il a. Derrière les vitres embuées, dehors, il aperçoit fugitivement un vide qui ondoie. La zone brouillée se déplace allègrement vers le &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_15"&gt;CEA&lt;/span&gt;, couronne un instant la fontaine et se fond dans les vapeurs de neige, de l'autre côté. Plus rien. Mais c'est bien plus que du rien!&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 0);font-family:arial;" &gt;— &lt;/span&gt;Putain, j'y crois pas!&lt;br /&gt;&lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_16"&gt;Laurent&lt;/span&gt; parle tout seul, il n'a pas pu se tromper. Sans rire... vous y croyez, vous, à cette apparition? ou plutôt, à ce vague brouillage de l'air, une seconde, l'instant d'un battement de cil? à ce balbutiement de la lumière, sans gêne, autour d'une silhouette humaine? Parce que &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_17"&gt;Laurent&lt;/span&gt; y croit, lui. Et que vous ne pourrez pas lui ôter l'idée de la tête. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Alors c'est donc cela, il aurait recommencé.&lt;/span&gt;..&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bon sang, c'est à croire que l'antique monstre du 45 l'empêche de penser en rond ! Une autre connaissance se profile dans l'escalier de la &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_18"&gt;K-fêt&lt;/span&gt;. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Merde...&lt;/span&gt; Mais enfin, pas d'inquiétude. L'esquive est toujours possible; il y a dans l'atmosphère cette liberté qui se faufile par les interstices du microcosme &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_20"&gt;ulmien&lt;/span&gt;, il y a les résolutions de début d'année qui piaillent encore un peu, et surtout, il y a les ressources dont &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_21"&gt;Laurent&lt;/span&gt; dispose, parce qu'il sait bien que si on a commencé par parler de lui, c'est qu'il aura un beau rôle, et peut-être même le droit de figurer au générique. C'est déjà bien. On ne peut donc pas se permettre de griller la cartouche de son personnage en l'obligeant à se confronter, dans le ring des dialogues blasés, à tous les individus circulant sur le Carré central.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Alors, forcément, la solution lui tombe tout cru dans le bec. C'est à croire qu'on veut faire de lui le héros de la farce...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans la cour où &lt;span class="blsp-spelling-corrected" id="SPELLING_ERROR_23"&gt;barbote&lt;/span&gt; le vaisseau en perdition du &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_24"&gt;NIR&lt;/span&gt;, &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_25"&gt;Laurent&lt;/span&gt; s'avance. Sa silhouette filiforme s'imprime sur l'onde ensoleillée qui baigne le bitume. Il appuie quatre de ses doigts près de l'encadrement d'une fenêtre, avance d'un pas. Les chaises chromés de la &lt;span class="blsp-spelling-corrected" id="SPELLING_ERROR_26"&gt;cafétéria&lt;/span&gt;, qui prennent leur bain de soleil, jettent des regards curieux vers sa chevelure sombre, sa chemise kai et sa veste noire. Elles se seraient frotté les yeux, si elles en avaient eu. Oh, bien sûr, personne d'autre n'a rien vu.&lt;br /&gt;Et de fait, il n'y a plus rien à voir. La chevelure sombre, la chemise kaki , et la veste noire, ont disparu sans laisser de traces. Ou plutôt, sans laisser d'&lt;span style="font-style: italic;"&gt;autres &lt;/span&gt;traces qu'une marque brune qui court sur la façade, et dessine autour des carreaux une porte de grande dimension, à la dégaine toute médiévale, presque invisible à l'oeil nu...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Invisible?&lt;br /&gt;Sauf pour ceux qui savent &lt;span style="font-style: italic;"&gt;déjà&lt;/span&gt; où la chercher.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5752254582634115856-8546086328884830614?l=lineyl.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lineyl.blogspot.com/feeds/8546086328884830614/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://lineyl.blogspot.com/2009/01/laurent.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5752254582634115856/posts/default/8546086328884830614'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5752254582634115856/posts/default/8546086328884830614'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lineyl.blogspot.com/2009/01/laurent.html' title='Chroniques ulmiennes, 1. LAURENT: &quot;L&apos;hypocrisie en dosettes, il a toujours du mal à avaler.&quot;'/><author><name>Lineyl</name><uri>http://www.blogger.com/profile/08702051490416808257</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='24' height='32' src='http://4.bp.blogspot.com/_bRhjJ6DG46M/SYtsm_bPGFI/AAAAAAAADPQ/wnVyeVb8bPY/S220/DSCF5997.JPG'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5752254582634115856.post-2536185027969009485</id><published>2009-01-19T21:12:00.003+01:00</published><updated>2009-01-19T21:34:50.986+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Vie et fantaisies de Thomas Lermand'/><title type='text'>Thomas Lermand, 3. "Les terribles aventures des héritiers Lermand virent le jour ce matin-là."</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify; color: rgb(51, 102, 102);"&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 255);font-family:arial;" &gt;Les heures passèrent. Leur douce exténuation acheva le jour qui se colorait en mourant sur l’horizon. Le bruissement des rues, le souffle court et rauque de Rodolphe et les battements de cœur de Thomas composaient la musique du soir. Suspendu au bord de l’existence, un rythme sourd accompagnait le ralentissement des choses. Il était temps de rentrer. Thomas releva la capuche de sa veste sur la masse sombre de ses cheveux bouclés et replia les doigts du vieux au creux de sa paume sèche. Il le bénit en silence et, s’éloignant, le laissa rejoindre, derrière le claquement de ses pas sur le pavé, le grand tic-tac du monde qui s’endort.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 255);font-family:arial;" &gt;Le lendemain matin, lundi vint au monde en nouveau-né aux joues roses et au parfum d’automne. Thomas se prépara rapidement. Au moment de franchir le seuil, il croisa vaguement, dans le miroir de la porte d’entrée, un visage pâle mangé par une barbe de quelques jours. Passant un doigt sur ses joues creuses, il se sentit étranger à cette peau qui fuyait le moindre contact. Il portait son visage comme on porte un vêtement, avec aussi peu d’intimité, mais sans autant de liberté.  Les rares sourires qui venaient parfois se poser sur ses lèvres fines, quand au travers d’une vitrine il croisait une beauté inconnue, quand au travers d’une foule il frôlait le bonheur d’un autre, quand au travers de son indifférence il se heurtait au monde, n’étaient pas les siens ; ils passaient sans s’arrêter, ils avaient l’éphémère d’un mouvement de surprise qui, au final, ne lui appartenait pas. Mais il continuait quand même à vivre comme ça, à côté de ses pompes, à côté de lui-même, sans pouvoir s’appartenir, sans pouvoir se fuir non plus. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 255);font-family:arial;" &gt;Une vibration ténue lui chatouilla le torse ; il dégaina son Samsung ™ antique. Anthéra, craignant qu’il ne soit resté dans les bras de ses oreillers, lui rappelait leur rendez-vous. Thomas sortit et, à grandes enjambées aériennes, tailla dans l’écume grise des débuts de semaine.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 255);font-family:arial;" &gt;— Salut, comment tu vas ? Je suis navrée de t’apprendre que ta légendaire non-ponctualité est en passe de devenir une rumeur mensongère. Tu es parfaitement à l’heure…&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 255);font-family:arial;" &gt;Anthéra. Son sourire si naturel, le pli moqueur de sa bouche au coin, là où toute la douceur du monde cherche à se lover. Anthéra, sa longue chevelure noire et argentée, et ses poignets menus, aux os saillants. Ses cils sombres où transparait le bleu délavé d’un regard rêveur, et ses joues creuses, aux angles brutaux, comme les siennes… Anthéra, sa cousine.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 255);font-family:arial;" &gt;— Salut Théra, content de te voir. Tu as été mal intentionnée, avec ton SMS matinal, ajouta Thomas en s’essayant à l’humour. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 255);font-family:arial;" &gt;Pour elle, il était prêt à faire des efforts.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 255);font-family:arial;" &gt;— Oncle Thomas ! Oncle Thomas !!&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 255);font-family:arial;" &gt;Un petit être hirsute de huit ans vint se jeter dans ses bras, agrippant son blouson de cuir brun du bout de ses ongles sales.  Benjamin, le fils d’Anthéra.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 255);font-family:arial;" &gt;— Ben ! Comment tu vas mon grand ? Bon, je vais pas te mentir… tu n’as pas vraiment grandi. Encore que… murmura Thomas en retenant un rire devant le désappointement qui se peignait sur la figure de son jeune interlocuteur. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 255);font-family:arial;" &gt;Lui ébouriffant la tête, il laissa aller sa joie de revoir son neveu.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 255);font-family:arial;" &gt;— Je plaisante, gamin, je plaisante. Tiens, laisse-moi rentrer quand même, il gèle dehors.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 255);font-family:arial;" &gt;— Oncle Thomas, j’ai quelque chose à te montrer, il faut que tu viennes voir, il faut que tu montes ! J’ai un nouveau déguisement !&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 255);font-family:arial;" &gt;— Mon chéri, demanda Anthéra, pourquoi ne viendrais-tu pas avec nous dans le salon ? Tu pourrais te déguiser et nous faire peur autour d’un chocolat bien chaud…&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 255);font-family:arial;" &gt;Intérieurement, Thomas remercia Anthéra de ne pas lui proposer d’Earl Grey. Tout ce qui approchait de près ou de loin la couleur bleue des sachets à l’odeur de bergamote lui rappelait la demeure maternelle. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 255);font-family:arial;" &gt;Une demi-heure plus tard, Anthéra et Thomas se trouvaient prisonniers d’un dangereux corsaire sur une île déserte &lt;span style="font-style: italic;"&gt;dont personne ne connaissait l’emplacement sauf ceux qui savaient déjà où elle était.&lt;/span&gt; Le capitaine Ben l’Affreux les avaient capturés après le naufrage du navire sur lequel ils faisaient la traversée depuis les Antilles jusqu’à Londres. Il ne leur avait laissé, pour survivre jusqu’à son retour, qu’un thermos de chocolat et un journal de bord qu’ils devaient tenir à jour pour livrer à la postérité les secrets de leur longue et terrible agonie. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 255);font-family:arial;" &gt;Ligotés au canapé de velours noir par un vieux foulard appartenant à la jeune femme, Anthéra et Thomas prirent leur situation très au sérieux. Ce dernier avait l’âme d’un poète, du moins c’est ce que décida sa cousine. Ce fut lui qui prit la plume.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 255);font-family:arial;" &gt;Les terribles aventures des héritiers Lermand virent le jour ce matin-là.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic; color: rgb(51, 51, 255);font-family:arial;" &gt;Lundi 13 *** : Cela fait trois jours que nous avons été abandonnés sur l’Île. Le naturel optimiste d’Anthéra, ma cousine, a été entamé ; et moi, Thomas Lermand, descendant d’une si longue et si fertile lignée, je crains de n’avoir plus que quelques jours pour achever ce que la vie m’avait promis, à la naissance, d’exploits et de réussites.  Ben l’Affreux n’a pas encore mis sa menace à exécution, mais il n’y a pas de doute qu’il sera de retour sous peu, à la tête de son armée de brigands ; aucun doute sur le terrible sort qui nous attend : la mort sur ce caillou désertique et brûlant, ou l’esclavage sur un navire revenu de l’Enfer lui-même. Je ne puis rien faire. Nous attendons, l’un contre l’autre, à l’abri des palmes immobiles, dans la chaleur étouffante, tâchant de ne songer ni à  la faim qui nous tord l’estomac, ni à la soif qui nous brûle les lèvres. Je voudrais rassurer Anthéra mais  je ne sais quoi lui dire.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 255);font-family:arial;" &gt;Contre son épaule, Thomas sent le menton de la jeune femme qui se penche sur la feuille pour y lire les quelques lignes qu’il vient de gribouiller. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 255);font-family:arial;" &gt;— Ajoute un peu de fantaisie… Après tout, tu as le droit d’écrire ce que tu veux.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 255);font-family:arial;" &gt;Thomas acquiesce en silence, respirant le parfum de ses cheveux. Lui qui n’aime pas qu’on le touche, ni même qu’on le frôle, il ressent un bien-être profond au contact de cette silhouette élancée, arquée sur la sienne pour s’y confondre le temps d’un amusement d’enfant. Au milieu du salon dont toutes les plages, c’est-à-dire les portes, sont gardées par un Benjamin hurlant, en costume de pirate, le sabre (en plastique) à la main, il imagine qu’il s’abandonne à une solitude autre que celle qui habite ses jours, une solitude qu’elle partagerait avec lui. Passant la main dans l’argent de ses cheveux, il reprend le récit de leurs misères. Le froufrou des vagues résonne à ses oreilles…&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic; color: rgb(51, 51, 255);font-family:arial;" &gt;Mardi 14 *** : Ce matin j’ai vu courir un poulet ; sa forme ocre se détachait difficilement sur le coloris sable des dunes, mais j’ai pu l’attraper. J’ignore d’où l’On nous envoie ce volatile ; je veux y voir un signe, peu mystique, mais qui a du moins l’incomparable atout de nous servir vraiment à quelque chose. Nous avons pu nous restaurer et reprendre des forces. Il a plu un peu la nuit dernière, ce qui a rempli nos gourdes. Même si nous gardons espoir, l’uniformité de chaque minute qui passe nous pèse horriblement. Nous sommes trop faibles pour partir en éclaireurs découvrir le pays inhumain qui désormais nous abrite.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic; color: rgb(51, 51, 255);font-family:arial;" &gt;Pourtant, je me souviens d’un instant magique ce matin où, bercés par les embruns, nous nous élançâmes d’un commun accord vers l’azur liquide de la mer. La baignade fut délicieuse. Les longs cheveux d’Anthéra étaient d’un noir luisant ; leur épaisseur attira mes doigts qui ne purent s’empêcher de s’y mêler, fascinés par leur matière soyeuse. Théra déposa un baiser sur ma joue ; seule une ombre de tristesse voilait l’insouciance de nos ébats marins. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic; color: rgb(51, 51, 255);font-family:arial;" &gt;Thomas embrassa le front de sa cousine qui respirait doucement au creux de son cou. Elle ne dit rien, mais son silence valait encouragement. Benjamin continuait de s’agiter, mais il semblait si loin… Leurs mains se lièrent, naturellement, au moment où une vague d’inspiration, plus puissante que les autres, éclaboussa les corps des naufragés qui attendaient sur la plage. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic; color: rgb(51, 51, 255);font-family:arial;" &gt;Jeudi 16*** : L’accomplissement de notre destin approche. A l’horizon se profile la silhouette du Fantôme, le navire de capitaine Ben. Il revient nous chercher. La proue fend fièrement les dentelles d’écume au sommet des vagues ; la brise s’est levée, la mer a pris des teintes sombres, comme si les éléments eux-mêmes nous poussaient vers notre sort. Je retiens mon souffle, j’empêche ma poitrine de trembler ; Anthéra, dans mes bras, a les yeux fixés sur l’horizon. Nous avons peur, mais au moins nous sommes ensemble. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic; color: rgb(51, 51, 255);font-family:arial;" &gt;Il se produit quelque chose, je ne sais pas. Je ne comprends pas. La coque du Fantôme tressaille sous la caresse des flots. Au milieu du pont, une immense crevasse vient d’apparaître. Les ombres des matelots y disparaissent, avalées par l’Océan. Le mat central se plie aussi aisément qu’une tige de blé ; le craquement qui suit sa chute est effroyable. La carcasse du navire est encore à des centaines de mètres de nous et pourtant l’ouragan qui s’abat sur elle semble faire rage au-dessus de nos têtes. Le vent fouette nos visage, le sable se lève, on ne voit plus rien, on n’entend plus que des râles horribles, au travers des amas de planches, d’algues et d’écume qui sombrent peu à peu au loin, tout près, autour…&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic; color: rgb(51, 51, 255);font-family:arial;" &gt;Il n’y a plus rien. L’Île a digéré les déformations du paysage ; plus de navire, plus de corsaires, plus de vagues. Rien qu’une mer à la peau lisse, à l’apparence tranquille, une mer traîtresse qui cache ses cadavres dans les plis de ses robes fluides. Anthéra n’a pas dit un mot depuis le naufrage. Nous nous enlaçons pour ne pas penser, pour ne pas comprendre… &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic; color: rgb(51, 51, 255);font-family:arial;" &gt;Nous n’avons plus aucun espoir de quitter cet endroit. Nous sommes abandonnés.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 255);font-family:arial;" &gt;Anthéra se recroqueville davantage contre le torse chaud de Thomas, où leurs deux cœurs s’emballent. On dirait qu’ils se resserrent pour affronter la sentence, s’abandonnant l’un à l’autre pour guérir de l’abandon.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5752254582634115856-2536185027969009485?l=lineyl.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lineyl.blogspot.com/feeds/2536185027969009485/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://lineyl.blogspot.com/2009/01/les-heures-passrent.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5752254582634115856/posts/default/2536185027969009485'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5752254582634115856/posts/default/2536185027969009485'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lineyl.blogspot.com/2009/01/les-heures-passrent.html' title='Thomas Lermand, 3. &quot;Les terribles aventures des héritiers Lermand virent le jour ce matin-là.&quot;'/><author><name>Lineyl</name><uri>http://www.blogger.com/profile/08702051490416808257</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='24' height='32' src='http://4.bp.blogspot.com/_bRhjJ6DG46M/SYtsm_bPGFI/AAAAAAAADPQ/wnVyeVb8bPY/S220/DSCF5997.JPG'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5752254582634115856.post-1173577631637067697</id><published>2009-01-19T20:58:00.004+01:00</published><updated>2009-01-20T00:20:49.954+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Vie et fantaisies de Thomas Lermand'/><title type='text'>Thomas Lermand, 2. "Contredire un fou, c'est s'exposer soi-même à perdre la raison."</title><content type='html'>&lt;div  style="text-align: justify; color: rgb(0, 0, 153);font-family:arial;"&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);font-size:100%;" &gt;Le monde est chiffonné par l’humidité ; sous l’averse, les contours des êtres et des lieux n’ont plus de rigidité, ils se plaisent à couler dans le flot d’une indifférence, se débarrassent de leurs carcans de perspective. Une silhouette bascule au balcon. Thomas sent la rambarde de fer mordre au creux de son ventre lorsqu’il s’appuie pour chercher une dernière résistance dans le réel dilué par la pluie du soir. Il souffre, ces derniers temps, des lacunes de son quotidien, qui, en plaies trop lâches, distendent le tissu des jours. Ce qu’il lui faudrait, c’est quelque chose de nouveau, une inspiration stupide, un acte gratuit et dérangé. Dérangeant. Comme un coup de poing inutile sur la table au velours rouge où la vie joue au poker et où nous jouons les cartes. Thomas sait qu’il doit tout miser, sans compromis, sans hésiter. L’ombre d’une folie qu’il ne se décide pas à faire l’obsède ; il la suit comme on marche derrière un spectre qu’on n’ose pas regarder en face.&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);font-size:100%;" &gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);font-size:100%;" &gt;Une larme, plus aventureuse que les autres, plus ignorante sans doute, dépasse le promontoire du nez, frémissant à peine au moment de basculer dans l’abîme. Thomas voudrait pouvoir se croire invincible comme elle. Serrant ses deux mains engourdies par le froid l’une contre l’autre, il se prend à espérer une étreinte, un contact tout au moins. Une blessure, un affront. Un combat de rue, sans règles, tout en impulsivité, avec sa propre vie. Mais la seule chose qui, autour de lui, s’apparente à une attaque, c’est la voix de sa mère qui soudain l’arrache à sa rêverie. Sa pensée, tendue comme un fil de soie qu’on déroule avec peine, se brise. Les éclats de sa conscience viennent joncher la rue, en bas, se heurtant dans leur chute aux corolles noires des parapluies.&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);font-size:100%;" &gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 255);font-family:arial;" &gt;—&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);font-size:100%;" &gt; Thomas, ta cousine au téléphone, elle voudrait te parler ! crie Raphaëlle Lermand.&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);font-size:100%;" &gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 255);font-family:arial;" &gt;—&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);font-size:100%;" &gt; J’arrive, deux minutes, répond Thomas.&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);font-size:100%;" &gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);font-size:100%;" &gt;Le son de sa propre voix le fait sursauter ; les mots sortent avec peine de ses lèvres, sont rauques et bossus, comme s’ils avaient été déformés par la réticence de Thomas à les prononcer. Ce dernier convient en lui-même qu’il n’a pas moralement le droit d’infliger pareille déformation au lexique. Silencieux et immobile, son regard dérive sans raison du côté du vieil escalier de service qui passe près du balcon. Avançant la main, Thomas frôle de l’index la rouille des ans, qui refuse de se détacher ; la pluie l’a amollie. Lui aussi se liquéfie dans cette atmosphère où pétillent les gouttes. Il saisit plus fermement la barre de fer, enjambe sans trop de mal la rambarde du balcon, et disparaît rapidement dans l’entrelacement des marches. Cela fait longtemps que ses jambes l’ont porté ailleurs lorsque Raphaëlle Lermand, qui a repris comme si de rien sa routine téléphonique, s’aperçoit qu’il a disparu. Notre héro a couru dans le flou du paysage pour y être englouti.&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);font-size:100%;" &gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);font-size:100%;" &gt;Près du domicile des Lermand, deux rues plus loin sur la droite quand on remonte vers la station M***, il y a un parc de taille honorable, assez grand pour permettre aux volatiles de toutes plumes et aux promeneurs de cohabiter sans grand embarras. Parmi les habitués, il y a un pigeon albinos, qui n’a pas de nom, et un vieil homme qui a troqué nos phrases gonflées de sens pratique pour la poésie des fous et des naïfs, et qui a pour nom Rodolphe. Cette rubrique n’ayant évidemment aucune visée ornithologique, on peut penser que le pigeon blanc n’a rien à faire ici, et qu’il est plus approprié de reporter notre attention, un peu désaxée par cette dernière phrase, sur la personne du vieux Rodolphe. Mais, chers lecteurs, c’est que votre logique imparable serait capable de détruire les ressorts romanesques que sont l’inconcevable, l’absurde, ou le non-sens ! Car c’est l’immaculé pigeon qu’a suivi Rodolphe quand il a décidé de faire du Parc sa nouvelle demeure…&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);font-size:100%;" &gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);font-size:100%;" &gt;Thomas marche sur un petit nuage, mais une telle marche est malaisée. Il serait plus exact de dire que Thomas se prend les pieds dans la brume vaporeuse qui gicle des égouts parisiens, trébuchant sur les bordures quand les deux extrémités de son propre pied, orteils et talons, n’arrivent pas à se mettre d’accord sur l’aire d’atterrissage : caniveau ou trottoir ? Thomas se dirige vers le Parc, sans le savoir ; seul le narrateur ici présent peut prévoir (avec orgueil ?) ce qu’il adviendra des personnages qu’il fait dériver le long des lignes et des pages. Mais ledit narrateur préfère encore être surpris…&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);font-size:100%;" &gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 0);font-size:100%;" &gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);"&gt;Sans prévenir, Thomas fait un écart. Sa trajectoire, qui prenait les allures souples et indéterminées des flâneries, marque cette fois-ci un angle brutal, sans cause apparente. Les pas de Thomas s’émancipent du tracé rectiligne des rues parisiennes ; ils viennent à danser au milieu de la route, zigzagant entre les voitures et les longues fissures du sol, sur lesquelles il ne faut surtout pas marcher. Cette démarche donne aux membres fins du jeune homme une autonomie étonnante, comme si leurs volontés multiples et discordantes parvenaient, tour à tour, à se faire entendre, pour disparaître immédiatement sous d’autres injonctions. La tête tourne à droite, le doigt se tend vers la gauche. Un quart de tour sur soi-même, quelques enjambées à reculons, un sourire à quelqu’un qu’on aperçoit de dos, très loin.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);font-size:100%;" &gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);font-size:100%;" &gt;Thomas trouve un réconfort dans cette invraisemblance des mouvements ; ça n’a pas de sens, et pas besoin d’en avoir. Pourtant, il lui manque encore quelque chose. Quoi ? Peu importe, il est arrivé. Plus besoin de mimer, désormais… Il devient disciple discipliné.&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);font-size:100%;" &gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);font-size:100%;" &gt;Il pousse la grille qui mène au Parc, et, tout naturellement, vient s’asseoir auprès de Rodolphe. Ce dernier lui sourit, comme s’il l’avait attendu. Thomas connaît Rodolphe depuis une dizaine de mois ; enfin, le connaître, c’est beaucoup dire. Simplement, il aime écouter ses mots qui fusent, sans retenue, un peu n’importe où ; il admire cet art de l’inconsistance, lui qui cherche tant à se dégager sans jamais entièrement y parvenir.&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);font-size:100%;" &gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 255);font-family:arial;" &gt;—&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);font-size:100%;" &gt; Alors, gamin, t’as pris la grande montée ? Fais gaffe à pas aller trop haut. C’est sous les nuages qu’on est le plus emmerdé, quand les franges de leurs bedaines nous grattent la tête… D’ailleurs, ajoute le vieux, y’en a qui peuvent plus se décoller de là, après. Gonflés de satisfaction, et grisâtres. Pas de quoi donner envie.&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);font-size:100%;" &gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);font-size:100%;" &gt;Personne ne passe plus dans le Parc. Plus personne ne sait la beauté du dépouillement d’automne, quand les arbres se déshabillent, quand les bancs sont délaissés par les familles pour accueillir les sans-abris et les poètes. Rodolphe n’a pas quitté le parc depuis trois ans. Il le connaît comme sa poche ; bien sûr me direz-vous, ce n’est pas si grand que ça. Oh que si, c’est immense… C’est l’espace infini de la liberté de penser, de rêver, d’inventer. Les doigts noirs des branches nues ne nous montrent pas le ciel, elles pointent au-delà. C’est vers ce supplément de foi que tend Thomas. Voilà pourquoi il rejoint Rodolphe, tous les dimanche soirs, dans son repère de courants d’airs.&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);font-size:100%;" &gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);font-size:100%;" &gt;Il saisit le bras du vieillard et murmure :&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);font-size:100%;" &gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 255);font-family:arial;" &gt;—&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);font-size:100%;" &gt; Je n’y arrive pas. Tout est trop simple autour de moi, trop défini, trop arrêté. Je ne m’y retrouve plus. J’envie les fous, vous savez… eux seuls peuvent tout créer et tout abandonner, ils font ce geste gratuit dont on n’a pas à rendre compte, dont on ne peut pas rendre compte. Je les envie. Leurs mots, leurs actes, nous échappent toujours. On ne peut pas les comprendre, ni même les contredire.&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);font-size:100%;" &gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 255);font-family:arial;" &gt;—&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);font-size:100%;" &gt; Contredire un fou, c’est s'exposer soi-même à perdre la raison. Ça secoue et ça casse.&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);font-size:100%;" &gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 255);font-family:arial;" &gt;—&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);font-size:100%;" &gt; Je sens que leur parole est… définitive. Une fois donnée, elle ne peut être reprise ; ni expliquée, ni justifiée, elle vogue libre. Je voudrais pouvoir abandonner, comme ça, mais il y a quelque chose qui résiste.&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);font-size:100%;" &gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);font-size:100%;" &gt;Les deux hommes regardent en l’air. Leurs silhouettes juxtaposées ont même taille.&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);font-size:100%;" &gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 255);font-family:arial;" &gt;—&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);font-size:100%;" &gt; Gamin, continue le vieux, sans vraiment répondre, frappe un bon coup à l’intérieur, et laisse résonner. On remet jamais les choses en place en prenant des gants. Le jour où tu sauras te surprendre toi-même, tu pourras rejoindre ce qui s’balade en haut.&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);font-size:100%;" &gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 255);font-family:arial;" &gt;—&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);font-size:100%;" &gt; Mais vous, vous y êtes déjà. Bien loin, en haut.&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);font-size:100%;" &gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);font-size:100%;" &gt;Le vieux se tourne vers Thomas et sourit à nouveau. Son regard est flou, absent, comme celui d’un aveugle, mais il y a en lui un tel bonheur que Thomas s’en sent transpercé. Les larmes lui viennent aux yeux. Rodolphe, pour lui-même, murmure :&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);font-size:100%;" &gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 255);font-family:arial;" &gt;—&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);font-size:100%;" &gt; Non… je suis en bas, tout en bas. Je suis un guide pour ceux d’ici.&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);font-size:100%;" &gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 255);font-family:arial;" &gt;—&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);font-size:100%;" &gt; Vous vous sacrifiez.&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);font-size:100%;" &gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 255);font-family:arial;" &gt;—&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);font-size:100%;" &gt; Je deviens à travers vous. Quand vous montez, je monte aussi. Je reste en bas, mais je domine tant de choses… C’est vous qui m’offrez le surplomb.&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);font-size:100%;" &gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);font-size:100%;" &gt;Rodolphe s’arrête de parler, Thomas a compris. Il peut partir, rejoindre ce qui ne compte pas, ce qui existe trop. Il choisit de rester là, dans le reflux de ses songes éveillés, à tenir la main du vieillard dans la sienne, pour l’emmener avec lui. &lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5752254582634115856-1173577631637067697?l=lineyl.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lineyl.blogspot.com/feeds/1173577631637067697/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://lineyl.blogspot.com/2009/01/thomas-lermand-2-contredire-un-fou-cest.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5752254582634115856/posts/default/1173577631637067697'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5752254582634115856/posts/default/1173577631637067697'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lineyl.blogspot.com/2009/01/thomas-lermand-2-contredire-un-fou-cest.html' title='Thomas Lermand, 2. &quot;Contredire un fou, c&apos;est s&apos;exposer soi-même à perdre la raison.&quot;'/><author><name>Lineyl</name><uri>http://www.blogger.com/profile/08702051490416808257</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='24' height='32' src='http://4.bp.blogspot.com/_bRhjJ6DG46M/SYtsm_bPGFI/AAAAAAAADPQ/wnVyeVb8bPY/S220/DSCF5997.JPG'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5752254582634115856.post-1340044608429253831</id><published>2009-01-19T20:22:00.004+01:00</published><updated>2009-01-20T00:20:05.373+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Vie et fantaisies de Thomas Lermand'/><title type='text'>Thomas Lermand, 1. "Au commencement était le Rien"</title><content type='html'>&lt;div  style="text-align: justify; color: rgb(204, 51, 204);font-family:arial;"&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 102);font-size:100%;" &gt;Au commencement était le Rien. Le Néant. Ce grand machin mollasson, aux oreilles pendantes et lèvres flasques. Et puis, comme un flottement dans l’air, le Sourire est venu, voilé de discrétion et de timidité. Cette crispation des mâchoires a connu de beaux jours sous l’ombre imposante du Panthéon ; Sylvain et Raphaëlle ont vu leurs amours évanescentes papillonner au sortir des bouches de métro et sur le parvis de l’Eglise Saint-Etienne-du-Mont. Dans le silence imperturbable du début de la création se sont fait entendre leurs pas impatients et inconscients, comme ils arpentaient les chemins passionnés des flirts d’adolescents, avec bonne humeur et innocence, la tête ébouriffée, le regard accroché au visage de l’Autre, perdu dans la glue rêveuse du sentiment. Dans la caverne du vide que formaient le Néant originel, leurs deux vies peu à peu mêlées ont semé ça et là les germes d’un futur possible, entrelaçant des fantasmes, des idéaux et des habitudes ; les échos de leurs rires trop vite devenus adultes ont résonné dans le ventre encore désert du monde, et lui ont donné forme. On pourrait dire, naïvement, que cela fut beau.&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 102);font-size:100%;" &gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 102);font-size:100%;" &gt;Ancêtres créateurs, Sylvain et Raphaëlle se retrouvèrent bientôt loin des commencements fragiles. Ils avaient balancé leurs batifolages à la face du monde tel une main, négligemment, jette à l’eau un caillou mouillé de terre ; les cercles concentriques de leurs ébats vinrent frapper les flancs du Néant, le submergeant d’amour. Tout ce qui n’était pas devint, et l’on put toucher du doigt, physiquement, le cocon de bonheur qu’ils habitaient.&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 102);font-size:100%;" &gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 102);font-size:100%;" &gt;Les années passèrent, il ne resta plus grand-chose à créer… Plus tellement d’espace à habiter, dans le trou noir du Rien-du-tout ou du avant-toute-chose. Pourtant, comme on enflamme une allumette, une autre silhouette vint crépiter sur les murs rugueux de ce monde au bord du remplissage. Ce fut Thomas, leur fils unique. Thomas… qui finit par prendre tellement de place.&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 102);font-size:100%;" &gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 102);font-size:100%;" &gt;Ceci est son histoire ; sa vie plutôt, c’est-à-dire le zigzag perpétuellement à la dérive de ses pensées parfois, souvent de ses actes. Notre héros sera-t-il bien peu héros ? Tout ce dont il faut se souvenir, c’est que si Thomas ne sait absolument pas où il va, nous savons d’où il vient. Ce qui n’aide pas vraiment, d’ailleurs. Nous connaissons sa genèse, mais elle est aussi aléatoire et bordélique que la mienne ou la vôtre ; délurée comme le froufrou des jupes ramenées trop haut sur les gambettes quand le train-train, l’amour et les gens dansent un immense cancan sur les hauteurs de l’univers.&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 102);font-size:100%;" &gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 102);font-size:100%;" &gt;Les jambes en tailleur, la tête appuyée sur un coussin aux couleurs passées, Thomas s’absorbait dans la contemplation d’une photographie plus toute jeune ; il la faisait miroiter dans son cadre de verre à la lumière blafarde du jour que filtrait, outre les nuages gris du soir, des rideaux couleur pamplemousse d’un goût douteux.&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 102);font-size:100%;" &gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 255);font-family:arial;" &gt;—&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 102);font-size:100%;" &gt; Tu regardes encore cette vieille photo, chéri ? C’est que ça fait si longtemps, hein mon Thomas !&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 102);font-size:100%;" &gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 102);font-size:100%;" &gt;Raphaëlle Lermand, née Valencia, avait une voix aiguë et désagréable. Chacun de ses mots semblait perché sur des talons démesurément hauts, toujours au bord de la dégringolade. Thomas répondit un vague :&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 102);font-size:100%;" &gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 255);font-family:arial;" &gt;—&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 102);font-size:100%;" &gt; Je sais, M’man.&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 102);font-size:100%;" &gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 102);font-size:100%;" &gt;Sur ladite photographie, il retraçait du doigt la courbe du ventre de sa mère, enceinte de lui quelques vingt-trois ans plus tôt. Ce qu’il pouvait être énorme, ce bide… A tel point que son père Sylvain, à côté, était presque poussé hors du cadre et se cramponnait avec peine à la robe à fleurs mauve de sa femme. Tous les deux souriaient, en tongues, sous le soleil d’un des rares étés de beau temps qu’avait connu la Normandie depuis trente ans. On aurait dit deux touristes baba-cool vivant le Hakuna Matata à la lettre, les doigts de pieds en bouquet de violettes… (Thomas n’avait jamais vraiment pu se représenter à quoi correspondait cette expression).&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 102);font-size:100%;" &gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 102);font-size:100%;" &gt;Thomas poursuivait son examen approfondi, cherchant quelque chose au-delà des masques souriants et figés dont étaient affublés les visages de ses géniteurs. Il les trouvait grotesques et ridicules, et pour tout dire, même pas drôle. Ca le faisait plutôt pleurer d’imaginer que sa petite individualité si pleine d’elle-même, orgueilleuse et suffisante, ait pu naître de ces deux corps bien en chairs déformés de sourires benêts.&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 102);font-size:100%;" &gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 102);font-size:100%;" &gt;Sa mère arrivait avec le thé. Elle posa un plateau sur la table basse. Dans les cercles sombres que formait l’Earl Grey au fond des tasses baignaient, sans aménité aucune, des sachets un peu gluants.&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 102);font-size:100%;" &gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 255);font-family:arial;" &gt;—&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 102);font-size:100%;" &gt; Tu te rappelles ces vacances, chéri ? demanda Raphaëlle à son mari, en attrapant d’une main le cadre que tenait Thomas, et de l’autre un biscuit sec.&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(204, 51, 204);font-size:100%;" &gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 102);font-size:100%;" &gt;Sylvain Lermand, au tout début de l’après-midi, s’était assis dans son fauteuil au cuir défraîchi. Imperceptiblement, il s’y était enfoncé au cours des heures qui avaient suivi le déjeuner. Et maintenant qu’il allait lui falloir tenir la conversation, chose pour laquelle il n’avait aucune disposition, il appréciait non sans malice de s’y trouver pour ainsi dire véritablement encastré, dissimulé de plus derrière les amples feuillets du journal du dimanche. Si bien que ni sa femme ni son fils ne pouvaient voir de lui davantage que ses deux genoux enserrés de plis graisseux et d’un pantalon de toile brune peinant à descendre jusqu’à ses charentaises. On doute d’ailleurs que Thomas eût voulu en voir davantage…&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 102);font-size:100%;" &gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 102);font-size:100%;" &gt;Du fait de sa situation assez favorable au retrait de la réunion familiale traditionnelle du week-end, le père de famille se crut en droit de jouer en touche et de répondre d’un vague grognement aux niaises questions de sa femme.&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 102);font-size:100%;" &gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 102);font-size:100%;" &gt;Thomas aurait-il prié que cela ne se serait pas produit : le téléphone sonna. Les escarpins de sa mère trottèrent vers la porte d’entrée. Il en profita pour s’éclipser provisoirement, trouvant refuge sur le balcon.&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 102);font-size:100%;" &gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 102);font-size:100%;" &gt;Le mauvais temps qui traînait depuis le début de la semaine, polluant le ciel parisien de crachats humides, n’avait pu tromper même nos météorologues les plus optimistes. Ils avaient annoncé de la pluie ; il pleuvait.&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 102);font-size:100%;" &gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 102);font-size:100%;" &gt;&lt;span style="color: rgb(204, 51, 204);"&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 102);"&gt;Thomas rabattit la porte fenêtre pour ne plus entendre les hystériques « Mais oui, absolument, Jess !! Exactement ce que je t’ai dit. Il a refusé de me rembourser, alors j’ai demandé à voir… » et les ronflements sonores qui émanaient de la pièce. Saisissant un parapluie noir qui traînait sur le balcon, il s’amusa à le faire pendre par-dessus la rambarde. Du quatrième, il pouvait observer les êtres emmitouflés qui parcouraient en toute hâte les rues. Seules variantes dans le paysage uniformément grisâtre des K-way et des pardessus : parfois quelque mèche blonde échappée d’un foulard, ou une paire de bottes rouge semblant déamb&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 102);"&gt;uler seules sur les pavés.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 102);font-size:100%;" &gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 102);font-size:100%;" &gt;Il laissa tomber le parapluie noir, ou plus exactement, il lui donna une légère impulsion, de manière à ce qu’il atterrît sur le trottoir, au milieu des gens, des gaz d’échappements et des gouttes de pluie. Pourquoi ? Pour voir comment allait réagir ce pauvre objet Made in China à l’événement absolument imprévisible qui venait de bouleverser sa vie.&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 102);font-size:100%;" &gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 102);font-size:100%;" &gt;L’objet couleur pompes funèbres se glissa lestement entre ses congénères déjà au boulot. A terre, il gisait près des gentes flambant neuf d’une Audi TT. Thomas crut que c’était la fin. Il se trompait ; un petit vieux se baissa avec difficulté, tirant la grimace, et se saisit du parapluie de Mme Lermand. Puis, sans prendre la peine de cacher le sourire de benoîte satisfaction qui se peignait sur ses joues mal rasées, il l’ouvrit, et Thomas ne vit plus qu’un cercle noir supplémentaire sur le trottoir déjà bien tacheté.&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 102);font-size:100%;" &gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 255);font-family:arial;" &gt;—&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 102);font-size:100%;" &gt; Pas mal… songea-t-il. Pas si con que ça, ce parapluie.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5752254582634115856-1340044608429253831?l=lineyl.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lineyl.blogspot.com/feeds/1340044608429253831/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://lineyl.blogspot.com/2009/01/dieu-tait-amoureux-et-cra-lhomme-son.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5752254582634115856/posts/default/1340044608429253831'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5752254582634115856/posts/default/1340044608429253831'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lineyl.blogspot.com/2009/01/dieu-tait-amoureux-et-cra-lhomme-son.html' title='Thomas Lermand, 1. &quot;Au commencement était le Rien&quot;'/><author><name>Lineyl</name><uri>http://www.blogger.com/profile/08702051490416808257</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='24' height='32' src='http://4.bp.blogspot.com/_bRhjJ6DG46M/SYtsm_bPGFI/AAAAAAAADPQ/wnVyeVb8bPY/S220/DSCF5997.JPG'/></author><thr:total>0</thr:total></entry></feed>
